Begin et l'attentat contre Adenauer en 1952

Publié le par Adriana Evangelizt

 

 

Begin et l'attentat contre Adenauer en 1952

 

par Adrien de Tricornot

Le mystère de l'attentat manqué contre le chancelier allemand Konrad Adenauer, le 27 mars 1952, vient sans doute d'être levé. Selon une enquête de la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), publiée mardi 13 juin, l'opération aurait été orchestrée par le futur premier ministre israélien et Prix Nobel de la paix Menahem Begin. Alors député et président du parti nationaliste Herout - issu de l'organisation terroriste dissoute Irgoun, dont il avait été commandant -, M. Begin s'opposait à un accord d'indemnisation des victimes de la Shoah que le chancelier négociait avec le gouvernement de David Ben Gourion. Le génocide ne pouvait être racheté par l'"argent ensanglanté" qu'offrait le "peuple meurtrier", dénonçait alors Begin dans ses discours.

La révélation de son implication dans la tentative d'attentat s'appuie sur les écrits du principal acteur de l'opération, Elieser Sudit. Cet ancien artificier de l'Irgoun avait fabriqué la bombe et l'avait dissimulée dans un livre. Il avait ensuite remis le colis à un complice, qui l'avait lui-même confié à deux gamins, à la gare de Munich, leur demandant de le poster. Mais ils s'étaient méfiés de ce paquet suspect adressé au chancelier Adenauer.

L'engin avait finalement explosé dans un commissariat de Munich, tuant un policier chargé de le désamorcer. Des lettres piégées avaient été aussi expédiées aux négociateurs de l'accord.

Ces actions avaient été revendiquées par une "organisation des partisans juifs" "pour venger le sang des millions de juifs tués par l'Allemagne". Quelques jours plus tard, Elieser Sudit était arrêté à Paris - où il avait fabriqué la bombe -, ainsi qu'un journaliste israélien et trois membres du Herout, dont le député Elieser Shostak. Faute de preuves, ils avaient été expulsés. Menahem Begin aurait défendu les membres de son parti auprès du chargé d'affaires français à Tel-Aviv.

Spécialiste de ce dossier, le journaliste berlinois Henning Sietz en avait déjà dévoilé de nombreux aspects dans son livre, publié en 2003, Attentat contre Adenauer. L'histoire secrète d'un attentat politique (éditions Siedler).

Pour compléter le puzzle dans la FAZ, M. Sietz a déniché un opuscule quasiment introuvable, publié à compte d'auteur par Elieser Sudit en 1994 : Mission de conscience. Elieser Sudit a attendu le décès de Menahem Begin pour coucher ses souvenirs sur 146 pages, sans publicité. Selon les extraits publiés par la FAZ, l'artificier a pris contact, au printemps 1952, avec le leader nationaliste, qui "était même prêt à une action symbolique dans le but d'exprimer notre colère, même si nous ne pouvions être en mesure d'empêcher l'accord", écrit Elieser Sudit. Menahem Begin aurait organisé une rencontre avec deux députés du Herout, Jochanan Bader et Chaim Landau, et un ancien chef des renseignements de l'Irgoun, Abba Scherzer. Il aurait été décidé d'envoyer Elieser Sudit à Paris, où il pouvait disposer d'appuis, afin de préparer la bombe-livre.

Les participants à la réunion pensaient que les envois n'atteindraient pas leurs buts, mais voulaient "réveiller la conscience du monde". Menahem Begin aurait proposé de mettre en vente sa montre en or pour financer l'opération.

Elieser Sudit aurait dissimulé son matériel explosif dans des étuis à cigares ou des bouteilles de médicaments contre l'asthme. Arrivé à Paris, il aurait acheté les composants manquants passage de l'Hôtel-de-Ville, ainsi qu'un volume de l'encyclopédie Brockhaus, lettres L à Z, pour dissimuler la bombe.

Après l'attentat manqué, Elieser Sudit n'a pas su rester discret, acceptant d'aider ses amis parisiens du Betar à déménager une cache d'armes et dissimulant des pistolets et des munitions sous le matelas de sa chambre d'hôtel. Finalement arrêté et expulsé, il sera condamné à quatre mois de prison à son retour en Israël.

Sources : Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

 

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