Rafiq Hariri : à qui profite le crime ?

Publié le par Adriana Evangelizt

Rafic Hariri: A qui profite le crime ?

par Frank Furet

 

A suivre les derniers déroulements de l'affaire (démission du gouvernement pro-syrien, retrait annoncé de la Syrie), de toute évidence, s'il y a un pays qui n'avait pas intérêt à assassiner Rafic Hariri, c'est bien la Syrie. Pourquoi les Syriens, très empêtrés dans le contexte international, jeteraient-ils de l'huile sur le feu? A moins de vouloir se suicider, le régime syrien avait-il intérêt à aggraver son cas ? Certains observateurs en viennent donc à se demander si la « trop évidente » culpabilité de la Syrie et ses intéressants effets sur l'opinion ne serait pas précisément le but recherché par les véritables coupables.

Eyal Zisser, spécialiste de la Syrie au Dayan Institute de l'université de Tel-Aviv, affirme : « C'est totalement illogique que la Syrie l'ait fait. Cela aurait été une décision stupide de sa part. Tout le monde la surveille, et elle n'a aucun intérêt à déstabiliser le Liban  » . D'autre part, quand il était aux affaires, Hariri était proche des Syriens et le camp sunnite qu'il représente n'a pas encore totalement rejoint l'opposition à la présence syrienne au Liban. Qu'on ait voulu l'y pousser et mettre fin au dialogue en cours entre Syriens pro-Syriens et opposition n'est pas à exclure.

Pour la ministre des affaires étrangères Syrienne, Bouthaina Shaaban , cet assassinat est un désastre tant pour la Syrie que pour le Liban. Ceux qui l'ont commis ont élaboré un scénario pour frapper au cour la relation libano-syrienne. La suite des événements montre que cet assassinat a servi d'argument à l'escalade des pressions auxquelles on assiste actuellement. Ce crime fournit un prétexte supplémentaire à Washington pour augmenter la pression sur Damas. L'ambassadeur des Etats-Unis en Syrie a été rappelé « pour consultations urgentes » . Et le secrétaire d'Etat adjoint américain pour le Proche-Orient, M. William Burns, présent à Beyrouth pour les obsèques de l'ancien premier ministre assassiné, en a profité pour déclarer à la presse : « La mort de Rafic Hariri devrait renforcer l'élan pour un Liban libre, indépendant et souverain. Cela veut dire une application immédiate de la résolution 1559 du Conseil de sécurité, et donc un retrait immédiat et complet syrien du Liban. »

Pistes et fausses pistes .

Comme d'habitude, on a accusé d'abord et tout de suite les islamistes et bien sûr les moyens mis en oeuvre. Or, la rue avait été fermée pour travaux depuis quelques jours. Pendant ses travaux tout a été organisé. Les explosifs ont été plantés sous l'asphalte. La voiture de Hariri étant équipée de mesures électroniques pour bloquer les signaux,   deux véhicules disposant de matériel électronique permettant de "renifler" les éventuelles bombes alentour. Force est de constater que ces appareils sont restés grippés. Parce que les auteurs avaient les moyens techniques de les neutraliser ? Dans cette hypothèse, il aurait fallu des moyens d'un Etat pour commettre un tel coup de maître.

La revendication de l'opération par un groupe inconnu appelé « La victoire et le Djihad en Grande Syrie » n'est pas crédible. On voit mal comment le Palestinien Ahmed Abou Adas aurait pu disposer des moyens logistiques et techniques nécessaires à sa réalisation, comment il aurait pu camoufler 300 kg d'explosif C4 dans un égout sans se faire remarquer et aurait su que l'ancien Premier ministre libanais allait passer par là.

Une autre théorie mène à des groupes islamistes affiliés à Al Qaïda. Ces extrémistes veulent faire disparaître les Etats-nations pour instaurer le califat. La première revendication, diffusée sur Al Jazira, qui stigmatise Hariri comme d'un "agent infidèle" au service de l'Arabie saoudite, semblerait le confirmer. Mais un communiqué attribué à Al-Qaida et diffusé sur Internet dément que des islamistes soient responsables de l'attentat contre Rafic Hariri. Le communiqué, diffusé sur un site fréquemment utilisé par Al-Qaida, est signé de l'"Organisation Al-Qaida au Levant", groupe aux ramifications jusque-là inconnues. Ce groupe affirme que ce sont soit les services de renseignement libanais - inféodés à la Syrie-, soit ceux de Damas, soit les services secrets israéliens qui sont les auteurs de l'assassinat.

Pour certains, la Syrie n' avait pas la capacité d'assassiner Rafic Hariri. De plus, quand il quittait un endroit, trois convois blindés partaient dans des directions différentes. Comment le commando pouvait-il être sûr de sa présence dans un véhicule autrement que par un système de surveillance aérien à haute altitude ? Dans la région, seuls les Etats-Unis et Israël seraient capables de mettre en branle de tels moyens.

Les USA et Israël ?

Les Etats-Unis et Israël n'auraient pas tenu à ce que Rafic Hariri dirige la campagne électorale aux prochaines élections législatives au Liban parce qu'il aurait ensuite gêné la mise en oeuvre de leurs projets dans la région. Si l'homme d'affaires libanais était considéré comme « pro - américain » par les islamistes du courant Ben Laden, il ne l'aurait pas assez été pour les néo - conservateurs américains, les likoudniks et leurs affidés du Comité US pour un Liban Libre. Pour les partisans du « Grand Moyen-Orient », Rafic Hariri était un « nationaliste arabe », tout simplement parce qu'il n'était prêt à accepter la partition du monde arabe en une multitude d'entités ethniques ou religieuses.

Un projet de partition du Liban circulerait dans les milieux néo - conservateurs américains et libanais et serait soutenu par Elliott Abrams, nouveau n°2 du Conseil national de sécurité, chargé de déstabiliser la Syrie. Ce document appelé « la voie modèle » projette de diviser le pays en deux Etats : un Etat chrétien créé pour devenir un « second Israël » et un Etat musulman où seraient implantés les Palestiniens réfugiés dans le pays depuis 1948.

Rafic Hariri ne voulant pas entendre parler de démembrement, il ne fallait surtout pas qu'il prenne la tête d'une opposition susceptible de gouverner le pays. Sa déclaration au quotidien libanais Daily Star (15/12/04) en faisait aux yeux des néo-conservateurs, un « pro- palestinien » indécrottable. « Un Etat palestinien avec Jérusalem comme capitale », avait-il dit, « est le droit du peuple palestinien ». Ses contacts avec des hommes politiques européens pour empêcher l'inscription du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes, ne leur avaient pas échappé. Il rencontrait discrètement Sayyed Hassan Nasrallah toutes les semaines pour le tenir au courant de ses démarches. Quelques jours avant l'attentat, il s'était entretenu à deux reprises avec le cheikh chiite et s'était dit « optimiste sur le résultat » (AFP - 15/2/05).

Le type de technologie permettant le brouillage est développée par l'industrie militaire israélienne comme en témoigna ce Boeing d'Arkia échappant à deux missiles à Mombasa grâce à elle. Selon la résistance irakienne, l'attentat de Beyrouth ressemble à ceux dont l'origine demeure inexpliquée à Bagdad. Pour Rime Allaf, de l'Institut royal des affaires internationales de Londres (Reuters - 14/2/05), il est « l'oeuvre de services secrets, pas d'une petite organisation ». Il a pour but, dit-elle, de « plonger le Liban dans le chaos » et de « faire accuser la Syrie ».

Mustafa Al-Naser, conseiller de Rafic Hariri, n'a pas hésité à accuser le Mossad (Les services secrets Israéliens) de l'assassinat (Iran News Agency - 15/2/05). Les services secrets israéliens ont tout intérêt à créer une déstabilisation politique du Liban. Il ne faut pas oublier qu'Israël est toujours de fait en état de guerre et avec le Liban et avec la Syrie . "Entretenir" la rivalité entre les deux pays pourrait servir Israël.

Israël a rejeté sur la Syrie la responsabilité de l'attentat commis vendredi à Tel-Aviv. Pour Bouthaina Shaaban c'est du chantage politique. La Syrie n'est pas en mesure d'exécuter quoi que ce soit à l'intérieur des territoires occupés et en Israël. Elle a annoncé à plusieurs reprises qu'elle n'autorise personne à effectuer de tels actes. Elle n'a eu de cesse d'appeler à une paix juste et globale au Proche-Orient. Nul ne demande à Israël pourquoi il ne répond pas favorablement à cet appel s'il veut réellement la paix. Ariel Sharon a menacé de frapper la Syrie. Au même moment où l'attentat de Tel-Aviv- était commis, Israël annonçait la construction de 6 000 unités d'habitations en Cisjordanie. Le Mossad est donc pointé du doigt. La presse Arabe, dans une belle synergie, a d'ailleurs désigné le Mossad, alors que la presse occidentale, dans son ensemble, ne daignait même pas évoquer la question.

Stratégie.

Dès le déclenchement de la guerre américaine contre l'Irak, le gouvernement Syrien a été convaincu que ses buts principaux était d'achever l'encerclement de l'ensemble Syrie-Liban-Palestine, encerclement amorcé par le partenariat stratégique conclu entre la Turquie et Israël, sous l'égide des Etats-Unis. Plus d'un an après, la même certitude demeure : la Syrie est encerclée. D'où la politique suivie par le président Bachar Al-Assad et son gouvernement, les décisions prises pour détourner le risque d'une épreuve de force imminente et la nécessité, en même temps, de préserver les positions jugées essentielles à l'indépendance même du pays.

Et avant même que la guerre d'Irak ne soit finie, les menaces se sont précisées. Le secrétaire américain à la défense, M. Donald Rumsfeld, a mis en cause, le 28 mars 2003, l'aide à l'armée irakienne qui sensée provenir de Syrie et d'Iran. Quelques jours plus tard Condoleezza Rice, renouvelait ces accusations et ces avertissements, mais, cette fois, en les adressant seulement à la Syrie. Et, le 3 mai, le secrétaire d'Etat Colin Powell venait en personne à Damas les exposer.

Le but serait alors de déstabiliser le Liban, et d' obliger la Syrie à retirer ses troupes, tout cela s'inscrivant dans un plan beaucoup plus vaste de redessiner la carte du Moyen Orient (le Grand Moyen Orient comme Americains et Israéliens l'appellent). Les bruits soutenant que la Syrie soutient le terrorisme et menace les forces américaines et celles de leurs alliés avec ses missiles, rappellent le coup médiatique des fameuses armes Irakiennes de destruction massive qui ont légitimé l'intervention en Irak.  Il devient alors difficile de ne pas concevoir que c'est à la théorie des dominos et aux grandes manouvres prévues depuis longtemps contre l'Iran et son alliée la Syrie, que nous assistons actuellement. 

 Sources Banc Public

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans MOSSAD AU LIBAN

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