Vanunu : Le terrible secret

Publié le par Adriana Evangelizt

Vanunu : Le Terrible Secret

par Uri Avnery

Le texte anglais de cet article, Vanunu : The Terrible Secret, peut être consulté sur le site de Gush Shalom : http://www.gush-shalom.org/

Dans l’obscurité d’une salle de cinéma, on entend une voix de femme : « Eh ! Enlevez vos mains de là ! Pas vous ! VOUS ! »

Cette vieille plaisanterie illustre la politique américaine concernant les armements nucléaires au Moyen-Orient. « Eh, vous là, Irak et Iran et Libye, arrêtez ! Pas VOUS, Israël ! »

Le danger des armes nucléaires a été le principal prétexte à l’invasion de l’Irak. L’Iran fait l’objet de menaces pour qu’il cesse ses activités nucléaires. La Libye a cédé et démantèle ses installations nucléaires.

Et qu’en est-il pour Israël ?

Cette semaine, il est devenu évident que les Américains sont totalement impliqués dans « l’option nucléaire » d’Israël.

Comment l’a-t-on appris ? Grâce à Mordechaï Vanunu, bien sûr.

Toute la semaine, on a assisté à un véritable festival autour du prisonnier libéré mercredi.

L’establishment sécuritaire n’a pas cessé de le harceler, même après ses 18 ans de prison dont 11 en isolement total - un traitement qu’il a lui-même qualifié à sa sortie de prison de « cruel et barbare ».

Après sa « libération », d’importantes restrictions lui ont été imposées (par exemple : il lui est interdit de quitter le pays, il est assigné à résidence dans une seule ville, il ne peut se rendre ni dans une ambassade ni dans un consulat, il ne peut pas parler à des citoyens étrangers). Tout cela aux termes des mesures d’urgence sous le mandat colonial britannique, mesures condamnées à l’époque par les dirigeants de la communauté juive en Palestine comme étant « pires que les lois nazies ».

Bien sûr, il n’y a là aucun désir de vengeance !

Les gens de la sécurité ont déclaré tous azimuts qu’il ne s’agit pas de se venger de la honte que Vanunu a infligée aux services de sécurité, qu’en aucun cas ce ne serait une persécution supplémentaire, mais qu’il s’agit seulement d’une exigence essentielle de sécurité. Vanunu ne doit pas quitter le pays ni parler à des étrangers et des journalistes, parce qu’il est en possession de secrets vitaux pour la sécurité de l’État.

Tout le monde sait bien qu’il n’a plus de secrets à révéler. Qu’est-ce qu’un technicien peut savoir après 18 ans de prison, années au cours desquelles la technologie a progressé à pas de géant ?

Mais, peu à peu, ce dont l’establishment sécuritaire a réellement peur devient clair. Vanunu est en mesure de mettre en lumière le partenariat étroit entre les États-Unis et Israël dans le développement des armements nucléaires de ce dernier.

Cela contrarie tellement Washington que l’homme responsable du « contrôle des armes » au Département d’État, le sous-secrétaire d’État John Bolton, est venu en personne en Israël à cette occasion. Vanunu, semble-t-il, peut faire un grand tort à la superpuissance. Les Américains ont peur d’apparaître comme la dame dans l’obscurité de la salle de cinéma.

(Au fait, le John Bolton en question est un fervent supporter du groupe de néo-cons sionistes qui joue un rôle central dans le théâtre de Bush. Il s’oppose au contrôle des armes aux États-Unis et dans ses satellites et a été installé au Département d’État contre l’avis du secrétaire d’État lui-même.)

Dans une brève intervention que Vanunu a pu faire aux médias juste à sa libération, il a fait une étrange déclaration : que la jeune femme qui a servi d’appât pour son enlèvement il y a 18 ans n’était pas un agent du Mossad comme on l’a dit en général, mais un agent du FBI ou de la CIA. Pourquoi était-il si urgent pour lui de divulguer cela ?

Dès le début, il y a eu quelque chose de bizarre dans l’affaire Vanunu.

J’ai d’abord pensé qu’il était un agent du Mossad. Tout convergeait dans cette direction. Comment peut-on expliquer autrement qu’un simple technicien ait pu introduire une caméra dans l’installation la plus secrète et la mieux gardée d’Israël ? Et prendre des photos apparemment sans difficultés ? Comment expliquer autrement la carrière de cette personne qui, étudiant à l’Université de Beer-Sheva, était bien connue comme appartenant à l’extrême gauche et passant son temps en compagnie de ses condisciples arabes ? Comment aurait-il pu autrement quitter le pays avec des centaines de photos ? Approcher un journal britannique et faire passer aux savants britanniques du matériel qui les a convaincus qu’Israël possédait 200 bombes nucléaires ?

Absurde, n’est-ce pas ? Mais tout s’explique si on admet que Vanunu a agi depuis le début pour le Mossad. Ses révélations au journal britannique non seulement n’ont causé aucun tort au gouvernement israélien, mais au contraire elles ont renforcé la dissuasion israélienne sans impliquer le gouvernement qui avait la possibilité de tout nier.

Ce qui est arrivé ensuite n’a fait que renforcer cette hypothèse. Alors qu’il est à Londres en train de faire ses révélations, sachant qu’une demi-douzaine de services secrets surveillent chacun de ses faits et gestes, Vanunu entame une relation avec une femme étrange, est séduit au point de la suivre à Rome, où il est enlevé et ramené en bateau en Israël. Comment peut-on être naïf à ce point ? Est-il croyable qu’une personne raisonnable tombe dans un piège aussi grossier ? C’est impensable. Cela veut dire que toute l’affaire n’était qu’une histoire bidon classique.

Mais par la suite, quand les détails sur les mauvais traitements quotidiens infligés à l’homme au cours des années sont devenus publics, j’ai dû abandonner cette théorie. Je me suis trouvé confronté au fait que nos services de sécurité étaient encore plus stupides que je ne le pensais (ce que je n’aurais pas cru possible) et que tout avait réellement eu lieu, que Mordechaï Vanunu était une personne honnête et idéaliste, bien qu’extrêmement naïve.

Je ne doute pas que sa personnalité ait été façonnée par son histoire personnelle. Il est le fils d’une famille nombreuse qui vivait bien au Maroc mais s’est retrouvée dans un « camp de transit » rudimentaire en Israël, avant de déménager à Beer-Sheva où elle a vécu dans la pauvreté. Malgré cela, Mordechaï a réussi à entrer à l’université et à obtenir une maîtrise - une grande réussite - mais il semble avoir souffert de l’attitude dominatrice et des préjugés de ses pairs ashkénazes. Sans aucun doute, cela l’a poussé vers l’extrême gauche, où de tels préjugés n’avaient pas cours.

Le groupe des « correspondants des services de sécurité » et autres commentateurs qui sont accrochés aux basques de l’establishment de la sécurité ont déjà répandu des histoires selon lesquelles Vanunu « imagine des choses », ses longues périodes d’isolement l’ayant conduit à « se convaincre de toutes sortes de fantaisies » et à « inventer toutes sortes d’histoires ». C’est-à-dire : l’American connection.

Sur cette toile de fond, on peut alors comprendre toutes ces restrictions qui, à première vue, ont l’air tellement stupides. Les Américains, semble-t-il, sont très ennuyés. Les services de sécurité israéliens doivent en tenir compte. Il faut empêcher par tous les moyens possibles que le monde entende de la bouche d’un témoin crédible que les Américains sont totalement impliqués dans le programme d’armes nucléaires d’Israël, alors qu’ils prétendent être le gendarme du monde pour la prévention de la prolifération nucléaire.

Et la dame a crié : « Pas vous ! VOUS ! »

Sources Confidentiel net

Posté par Adriana Evangelizt

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