MOSSAD EN IRAK

Publié le par Nikita Colonna-Santana

MISSION IMPOSSIBLE A KIRKOUK

Votre mission, si vous l'acceptez, infiltrez le Kurdistan irakien. Là-bas vous formerez des troupes d'élite kurdes et munis de passeport non israéliens investirez des endroits stratégiques en Irak, Syrie et Iran. Votre couverture : hommes d'affaire intéressés par la reconstruction irakienne ; vos contacts : les peshmergas de Kirkouk. Si vous ou l'un de vos agents étaient arrêtés, le gouvernement israélien niera toute implication dans cette affaire : bonne chance.

Lassée de la bêtise de l'ami américain, depuis un an Israël prend les choses en main et envoie sa bombe de destruction massive en Irak. Des agents du Mossad infiltre le Kurdistan irakien et forme des commandos kurdes. Se faisant passer pour des hommes d'affaire, les agents auraient même fait des incursions en Iran autour d'installations nucléaires. Israël reprend à sa façon le précepte américain : non pas frapper fort, mais là où ça fait mal. Affirmation pourtant démentie par le représentant de l'ambassade israélienne à Washington, Mark Regev et le leader kurde irakien, Jalal Talabani. Mais l'histoire raffole des coïncidences :

Le 20 mars dernier des membres du Mossad sont tués à Kirkourk.

Au même moment des émeutes kurdes éclatent en Syrie, mettant à mal le président syrien : le gouvernement soupçonne une ingérence des services secrets israéliens. Le 21 juin, Seymour Hersh, un journaliste au New Yorker, spécialiste des services secrets affirme dans un article sulfureux que des agents israéliens entraînent des commandos kurdes au Kurdistan irakien. D'après Hersh, des membres de la C.I.A accrédite cette hypothèse et, début juin, une circulaire secrète, Intel brief, souligne l'inquiétude des services secrets turcs face à la présence israélienne dans le nord de l'Irak. L'aide israélienne aux kurdes n'est pas nouvelle, dans les années 60 et 70 déjà elle les avait activement soutenus contre l'Irak. Aujourd'hui Israël passe à la vitesse supérieure et déclenche le plan " B ", au risque de se brouiller avec son partenaire turc. Mais qu'est ce qui fait donc vibrer Sharon dans le no man's land kurde ? la compassion envers un peuple opprimé à la recherche de sa terre promise ? Ou plutôt un véritable plan machiavélique, destiné à pallier l'inefficacité des forces alliées. Quand les Américains s'embourbent, il faut bien que quelqu'un ramasse leur merde...

Quand Israel s'emmèle

"Plusieurs responsables en Europe, au Moyen-Orient et aux Etats-Unis m'ont confié dans plusieurs interviews qu'à la fin de l'année dernière (2003) Israël était arrivé à la conclusion que l'administration Bush ne serait pas capable d'apporter la stabilité et la démocratie en Irak. Israël avait besoin d'autres options", déclare Hersh. En d'autres termes : 75 000 peshmergas (combattants kurdes), armés jusqu'aux dents, prêts à casser du chiite et à faire ce que les couilles molles d'Américains ne se sont pas résolus à faire : tuer le leader chiite Moqtada al-Sadr, véritable menace pour le futur état irakien. Ce bon musulman entretient des relations intenses et constructives avec ses frères iraniens. On comprend mieux : la bête noire c'est l'Iran.

Dès l'automne 2003 Israël avait vivement conseillé aux Américains de fermer les frontières entre l'Iran et l'Irak, et ce à n'importe quel prix. Les Américains, charitables n'avaient pas voulu empêcher les frères musulmans de se retrouver et découvrent aujourd'hui avec naïveté l'ampleur du désastre et les conséquences de ces innocents pèlerinages. Et, toujours selon le rapport "l 'objectif des Israéliens est de mettre sur pied des unités de commandos kurdes capables de contrebalancer les milices chiites après le transfert du pouvoir aux Irakiens ". Israël se cherche donc dans la région de nouvelles alliances non-arabes pour contrecarrer le danger sunnite et chiite, soutenu par l'Iran. Israël voit d'un mauvais oeil l'influence iranienne grandir dans la région, elle est convaincue que l'Iran, travaille secrètement sur la bombe atomique et elle craint la prolifération d'armes nucléaires prêtes à exploser sur son territoire.

Un rapport de l'International Atomic Energy Agency abonde en ce sens, d'où la muette complaisance des Américains, soulagés qu'Israël se mouille une fois de plus, tandis qu'ils cherchent à se refaire une crédibilité.

Désavouée par l'opinion internationale, abandonnée par l'allié américain, Israël ne peut compter que sur elle-même et ne craint plus d'être honnie par le monde entier, elle craint surtout les représailles iraniennes et syriennes. L'allié kurde reste un choix acceptable, il lui permet d'avoir des yeux et des oreilles en Irak, Iran et Syrie. D'ailleurs pour Israël la création d'un état kurde ami autour de Kirkourk ne serait pas une mauvaise affaire, est-il besoin de rappeler la richesse pétrolière de cette région ? Conséquence de cette entente cordiale : une instabilité accrue au Moyen-Orient et le risque de voir se créer dans la zone un nouvel Israël.

Apocalypse maintenant

Des hommes politiques Américains et Israéliens ont mis en garde Sharon, ce soutien aux Kurdes ne peut  qu'entraîner plus de chaos et de violence en Irak et accroître les tensions au Moyen-Orient. L'allié turc est de même fort irrité : " nous n'avons pas peur de vous mais ayez peur de nous ", menace t-il explicitement les kurdes, (et à travers eux Israël). des velléités d'indépendance kurdes en Turquie seraient la cause d'un rapprochement avec les autres pays arabes, et la possibilité d'une nouvelle guerre. Un Kurdistan enclavé dans un monde arabe aurait d'ailleurs un je-ne-sais-quoi de déjà vu. Mais Israël n'en fait qu'à sa tête et reste fidèle à sa ligne dure d'action contre le terrorisme. Elle tente surtout d'assurer sa survie. Elle paie le prix fort de la défaite politique américaine en Irak et craint de se voir accuser comme responsable de la guerre.

Aussi, comme un condamné, elle joue ses dernières cartes, elle n'en est plus à une guerre près. Bien sûr le gouvernement n'a rien à voir avec ses patriotes partis spontanément aider les frères Kurdes. De toute manière, dès la fin juin, Yavhé ou Allah, il reconnaîtra les siens.

Lisa Bodrov

Sources : Courrier international

The New Yorker

Sources : http://www.surlering.com/pdf.php/id/4417

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