LE MAROC ET LE MOSSAD 4ème partie

Publié le par Nikita Colonna-Santana

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LE  MAROC ET LE MOSSAD - 4 -

"Hoche", l'agent du réseau de la Misgeret

« Faire partir les gens ». C'est avec sobriété qu'il décrit l'émigration clandestine des juifs du Maroc vers Israël. Il ne semble pas prendre la mesure de ce qui s'est passé, ni en évaluer l'importance. Il souhaite pourtant garder l'anonymat : une peur, ou plutôt une prudence héritées des années où il a travaillé comme agent actif de la branche du Mossad qui s'occupait de « l'évacuation ». Il accepte qu'on l'appelle « Hoche », l'un des nombreux noms de code qu'il a dû porter à cette époque.

Hoche est né à Fès en 1932. Fils d'un militaire français (« nous, on n'est pas des Français du décret Crémieux ») et d'une mère marocaine, il fait son service militaire pour « voir du pays ». De retour au Maroc après être passé par l'Indochine, l'Egypte et le Liban, il est recruté, par l'intermédiaire de l'un de ses amis, pour faire partie du Mossad et aider à évacuer les juifs du Maroc vers Israël. « Je devais garder le secret absolu. On devait jurer sur la Torah qu'on ne dévoilerait rien de nos activités ; c'était un véritable rituel, une cérémonie où l'on ne voyait pas le colonel de l'armée israélienne qui supervisait tout ça ». En 1955, il est envoyé un mois et demi en Israël pour participer à un stage de formation collectif. « On nous a mis dans des camps isolés et clandestins, dont personne ne connaissait l'existence. On nous apprenait à nous battre et à nous défendre, à mener les opérations sans jamais nous faire repérer par la police. Nous étions une cinquantaine en tout et nous ne devions pas nous parler, ni connaître nos vrais noms ». Il se souvient que Moshé Dayan et Isser Harel sont venus les voir pour leur parler et les encourager. De retour au Maroc, il est affecté à « l'Etat-major », à Casablanca, dont les réunions se déroulent dans un appartement de l'immeuble Liberté.


C'est là qu'il reçoit les premiers ordres : superviser les opérations d'évacuation toutes les deux semaines environ, sans intervenir lui-même, sauf en cas de problème. « Nous arrivions la nuit sur une plage isolée. Nous attendions que le bateau nous envoie des signaux lumineux pour lui renvoyer un message codé. Les gens qui voulaient partir venaient de partout, de Marrakech, d'Essaouira. On en a fait des choses… ». Mais l'événement dont il est le plus fier s'est déroulé une nuit où il a utilisé sa voiture personnelle et a refusé de la faire entrer trop avant vers la plage, de crainte que quelqu'un ne note le numéro de sa plaque d'immatriculation et ne découvre son identité. Cette nuit-là, le reste des voitures des agents du Mossad a été encerclé par des Marocains -« les Arabes », comme les appelle Hoche-qui avaient observé le va-et-vient des bateaux et des véhicules et qui pensaient qu'il s'agissait de contrebandiers. Ils avaient donc bloqué la sortie en l'obstruant à l'aide de gros rochers. Il se trouve que cette nuit est celle qu'a choisie Isser Harel, le chef du Mossad en Israël, pour voir comment se passait l'émigration clandestine au Maroc. Sans la voiture de Hoche à l'extérieur, Harel était découvert. Hoche et le chef du Mossad se sont donc faufilés jusqu'au véhicule et ont réussi à se diriger vers l'aéroport où Harel est parti pour la France, puis pour Israël.


Mais après le démantèlement du réseau de la Misgeret, Hoche décide de s'installer en Israël après un séjour de quelques mois en France. Il effectue un stage au ministère de la Défense israélien pendant deux ans mais est très vite confronté à la réalité de la société israélienne de l'époque : « J'étais suivi par une Polonaise, alors, moi évidemment, qui venais du Maroc… Aujourd'hui, il paraît que ça a changé. Mais je peux vous dire que pour les juifs d'Afrique du Nord, ce n'était pas facile. Un jour, on m'a même dit « Ici, on n'aime pas les Noirs ». C'est comme ça qu'ils appelaient les sépharades ». Hoche perd l'illusions d'une vie paisible en Israël et s'installe en France. Aujourd'hui, il nie avoir agi pour l'unique intérêt d'Israël : « On m'accuse d'avoir fait tout cela contre le Maroc ; mais à l'époque, on croyait vraiment qu'il était urgent de faire partir les gens parce qu'on craignait un danger futur ».

 

Sources : http://www.lejournal-hebdo.com/article.php3?id_article=1173

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