COMMENT FONCTIONNE LES SERVICES SECRETS

Publié le par Nikita Colonna-Santana

Espionnage . Le général Magdi Omar, ex-directeur du contre-espionnage égyptien, affirme qu'aujourd'hui les services de renseignement cherchent à influencer la prise de décision.
L'intelligence politique  avant l'information
Al-Ahram Hebdo : Est-ce que l'espionnage aujourd'hui est différent de celui qui prévalait il y a 20 ans ?

Magdi Omar : Les choses ont complètement changé parce que l'accès à l'information, c'est-à-dire l'objet même de l'espionnage classique, est beaucoup plus facile aujourd'hui. La circulation des informations se fait maintenant à travers les médias. L'agent qui trouve l'information et la transmet n'est plus aussi important. Ce rôle traditionnel continue à exister avec des nuances, pour confirmer certains renseignements ou trouver des documents pour les rendre plus crédibles. Cependant, l'agent qui joue maintenant un rôle clé est celui qui est proche des milieux de prise de décision et qui est capable de les influencer. Comme partout dans le monde, l'opinion publique est devenue un élément d'influence, y compris dans les pays du tiers-monde. Mais la différence c'est que dans ces pays, les médias ne reflètent pas forcément les réactions de la rue. Ils expriment plutôt la politique du régime. C'est pourquoi il est parfois important d'infiltrer un agent pour recueillir l'opinion de la population et l'utiliser à des fins politiques, peut-être même dans les médias pour mettre les gouvernements dans l'embarras.

— L'espionnage se limite-t-il toujours au domaine militaire ?

— La technologie militaire qui est le sujet le plus sensible est maintenant accessible à travers les exportateurs d'armes et des centres d'études, à l'exemple du SIPRI (Stockholm International Peace Researsh Institute) et l'Observatoire de l'armement qui publient arme par arme et pièce par pièce les détails des achats d'armes de chaque pays. Mais ce qui manque, c'est de pouvoir déterminer la capacité d'utiliser ces types d'armes, c'est-à-dire de savoir à quel point les militaires sont capables de traiter avec des armes et des moyens de communication sophistiqués. Cette capacité peut-être calculée cependant. Comment ? Soit à travers la performance dans des opérations précédentes soit à travers le système d'enseignement dans un pays donné. C'est-à-dire voir jusqu'où peut mener un système d'enseignement, et à quel point l'ordinateur et les systèmes informatiques sont utilisés. En Egypte, nous avons élevé le niveau des conscrits, notamment dans les corps des blindés, de l'artillerie et du signalement. Ceux-ci requièrent une certaine compétence. L'une des raisons de l'arrogance d'Israël est qu'il a beaucoup avancé sur le plan de la qualité et de la technologie. Pour ce, l'Etat hébreu s'imagine que l'Egypte, le plus grand pays arabe, ne peut lui faire face.

— Est-ce sur ce point que le Mossad a acquis sa réputation ?

— Le Mossad est un service très efficace. Il est plus ancien que l'Etat même d'Israël. Il a contribué à la création de celui-ci, tout comme l'armée. Son embryon était le service d'espionnage de l'organisation sioniste mondiale. Le fait que les membres de ces organisations juives se trouvaient partout dans le monde a fait qu'ils ont perfectionné différentes langues et connu les cultures des pays où ils se trouvaient. De quoi leur donner une marge très large pour utiliser l'espionnage comme arme. Le fait qu'ils étaient minoritaires dans leur société a fait qu'ils ont toujours cherché à se protéger, à travers l'argent, la connaissance des autres et à recruter des gens dans les sphères dirigeantes pour protéger leur commerce. Ceci s'accompagnait d'une très bonne connaissance de la technologie de l'espionnage. A la différence du Mossad, la CIA comptait toujours sur les acquisitions technologiques. La sécurité nationale américaine a des réseaux d'écoute partout dans le monde qui captent toutes les informations et les classe. Les Américains sont avancés dans l'espionnage électronique, mais ils ont des failles en matière d'espionnage humain. Ceci a été dévoilé après le 11 septembre 2001. Ceux qui étaient avancés sur le plan de l'espionnage humain étaient le Mossad et le M16 britannique. Les Israéliens ont devancé les Britanniques grâce à leur coopération avec les Américains, de sorte qu'ils disposent des deux types d'espionnage.

— Les services secrets égyptiens ont-ils marqué un certain recul par rapport aux années 1960 ?

— Il n'y a pas eu de recul, mais l'atmosphère qui existait à cette époque sous la présidence de Nasser, et qui a fait que ces services sont devenus très forts dans le monde arabe et bénéficiaient d'une grande estime, n'est plus. L'impression qui prévaut actuellement est que ces services opèrent de manière purement politique, surtout sur le dossier palestinien, c'est parce que celui-ci, historiquement et même avant la création de l'Autorité palestinienne, était entièrement entre les mains de cet organisme. Il existe aujourd'hui partout dans le monde l'intelligence politique. Les dossiers chauds qui ne peuvent attendre d'être gérés pas la bureaucratie des Affaires étrangères sont tenus par les services de renseignements. C'est comme George Tenet, directeur de la CIA, qui s'est montré très actif récemment au Proche-Orient. Les Etats-Unis ont des activités très importantes en Amérique latine, ils renversent des gouvernements et en créent d'autres. Les services égyptiens opèrent avec la même force. Nous avons la capacité d'agir à l'intérieur d'Israël comme on le veut, en tenant compte de leur très haut sens de la sécurité. Nous avons ce qu'on appelle l'intelligence scientifique. C'est-à-dire ce qui concerne la connaissance de la partie pratique de certaines sciences, notamment le système de communication qui pourrait servir à des fins d'intelligence et militaires. Une autre nouveauté, la coopération avec d'autres services amis, échanges d'informations, ou échanges d'informations contre du matériel. Les opérations conjointes sont le plus haut degré de cette coopération.

— Quelle est l'importance qu'Israël accorde aux affaires Pollard et Azzam ?

— L'affaire Pollard est importante parce qu'il a transmis à Israël de très importants renseignements, ce qui a fait que la commission de sécurité nationale du Congrès a refusé de le remettre à Tel-Aviv, comme le président Clinton l'avais promis à Netanyahu et Barak. Quant à Azzam, il n'est pas un agent aussi important. A mon avis, c'est le type d'agent qui recueille des informations témoignant du pouls de la population. L'objectif commun est qu'Israël veut montrer à ses agents actuels et futurs qu'il est prêt à les protéger de sorte qu'il lie leur destin aux grands dossiers politiques. C'est une ligne stratégique claire chez les Israéliens qui vise à forger une bonne réputation au Mossad. Tous les chefs de gouvernement israélien depuis l'affaire Azzam n'ont pas manqué de soulever la question à plusieurs reprises. C'est le Mossad même qui pousse le gouvernement à agir.

 

— Le fait que Sharon ait soulevé la question récemment obéit-il aux mêmes impératifs ?

— Les propos de Sharon sont plutôt destinés aux Palestiniens. C'est un message pour leur dire : demandez aux Egyptiens de libérer Azzam et nous libérerons en échange Marwane Barghouti. Lorsque la question de la libération des détenus palestiniens a été récemment soulevée, ils ont incité les Palestiniens à la soulever arguant du fait que l'Egypte pour être partenaire de la paix ne doit pas se contenter de faciliter les rencontres palestino-israéliennes, mais doit accompagner ces efforts d'une mesure politique : la grâce présidentielle pour Azzam. La position égyptienne est claire, le gouvernement n'intervient pas dans les affaires judiciaires.

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal

Sources : http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2003/8/13/doss2.htm

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