L’Etat hébreu rattrapé par ses crimes

Publié le par Adriana Evangelizt

Egypte-Israël. Un documentaire mettant en cause un ministre israélien dans un massacre de sang-froid de soldats égyptiens prisonniers durant l’agression israélienne de juin 1967, suscite des remous.



L’Etat hébreu rattrapé par ses crimes



Les militaires du commando Shaked, sous le commandement de Benyamin ben Eliezer, actuel ministre israélien des Infrastructures, ont liquidé de sang-froid 250 soldats égyptiens non armés à la fin des combats de la guerre de 1967 ... Un scoop ? Pas tellement, si l’on sait que la question des prisonniers égyptiens de 1967 et les carnages dont ils ont été victimes avaient défrayé la chronique à plus d’une fois et que des groupes et associations en Egypte avaient déjà exigé des enquêtes à leur sujet. Ce qu’il y a de nouveau, c’est que cette fois-ci c’est Israël qui le révèle, dans le cadre d’un documentaire diffusé, la semaine dernière, par la Télévision publique israélienne. Ce crime a eu lieu à Arich, dans la péninsule du Sinaï.

La réaction ne s’est pas fait attendre, quelque 300 manifestants se sont rassemblés en face du Syndicat des journalistes brandissant des banderoles exigeant la poursuite en justice des responsables de ce crime et le renvoi de l’ambassadeur israélien. Au Parlement, lors d’un débat mouvementé sur cette affaire, le président de la commission des affaires étrangères, Moustapha Al-Fiqi, a demandé l’ouverture d’une enquête du Tribunal Pénal International (TPI) à l’encontre de Ben Eliezer.

Une pression populaire qui a mené les Affaires étrangères à demander une « clarification » à Israël. Le ministère a convoqué l’ambassadeur d’Israël au Caire, Shalom Cohen, pour lui faire part de sa « profonde condamnation » de l’affaire relatée dans le documentaire. Le ministère a, en outre, souligné la « nécessité de l’ouverture d’une enquête à la lumière des nouvelles informations et déclarations de témoins contenues dans ce documentaire, en déférant les accusés devant les tribunaux ».

L’ambassadeur Hassan Issa, président du Club diplomatique, estime que les institutions internationales et les Organisations des droits de l’homme doivent discuter de cette affaire dans la mesure où le crime en question contredit les droits des prisonniers de guerre soulignés dans les conventions de Genève. « Le rôle du ministère c’est de porter l’affaire devant ces institutions », estime Issa. Une réaction jugée trop molle aussi bien par les parlementaires que par les activistes des droits de l’homme.

« C’est un épisode dans une série de pratiques qui dévoilent le visage hideux d’Israël. Il faut entreprendre les démarches légales pour que ce crime ne reste pas impuni, c’est ce qui peut nous calmer », lance Moustapha Bakri, député indépendant. Bakri avait demandé l’interrogation du ministre des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, lequel devra comparaître au Parlement dimanche prochain, lors d’une séance extraordinaire consacrée à cette affaire.

Quant à Benyamin ben Eliezer, il a formellement démenti ces accusations. Les soldats tués par le commando « appartenaient à un bataillon de fedayins palestiniens qui opérait depuis la bande de Gaza contre Israël », selon le ministre qui souligne qu’ils n’ont pas été liquidés mais tués au combat. Toutefois, vu la colère publique qu’a suscitée ce documentaire en Egypte, le ministre israélien a dû reporter sine die une visite qu’il devait effectuer jeudi au Caire portant sur l’importation par Israël de gaz naturel. Général de réserve et ancien ministre de la Défense, Benyamin ben Eliezer a commandé la « Sayeret Shaked » de 1967 à 1970.

« L’affaire est en train de prendre la dimension d’un important incident diplomatique », remarque un haut responsable israélien s’exprimant sous le couvert de l’anonymat. « Les relations entre les deux pays se retrouvent compromises (...). Du moins, à court terme, toutes les relations tissées par le ministre Ben Eliezer en Egypte sont coupées ou perdues », a-t-il souligné.

Une crise similaire avait éclaté en 1995. Le 16 août 1995, l’historien israélien Aryeh Yitzhaki, de l’Université Bar Ilan près de Tel-Aviv, avait affirmé que des centaines de soldats égyptiens qui avaient déposé les armes avaient été liquidés lors de la guerre de 1967. « Le massacre le plus important s’est déroulé dans la région de Arich, où quelque 300 soldats égyptiens ou palestiniens de l’armée de libération de la Palestine ont été liquidés par une unité d’élite », ainsi, le commando Shaked, alors sous les ordres de M. Ben Eliezer, avait-il déclaré à la radio israélienne. En 1995, le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, avait reconnu la responsabilité de son pays dans le meurtre de prisonniers de guerre égyptiens lors d’une rencontre avec le président Hosni Moubarak.

« Nous avons déjà soulevé cette affaire en 2003 devant une commission des droits de l’homme à Genève », affirme Bahieddine Hassan, secrétaire général du Centre du Caire pour les droits de l’homme. « Mais malheureusement, nous ne pouvons pas faire plus. C’est le gouvernement qui est supposé demander les informations nécessaires au gouvernement et au ministère de la Défense israéliens au lieu de compter sur des enquêtes israéliennes ou internationales », ajoute Hassan.

Emad Gad, spécialiste des affaires israéliennes au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, estime que ce n’est pas par hasard que la diffusion de ce documentaire est intervenue à ce moment précis. Il croit trouver derrière la relance de cette affaire une volonté d’embarrasser l’Egypte, dont les positions concernant les fouilles israéliennes au pied d’Al-Aqsa et le gouvernement d’union nationale palestinien ne sont pas en phase avec celles d’Israël. « Mais je ne crois pas qu’il existe une volonté politique chez le régime égyptien d’ouvrir ce dossier », estime-t-il .

Sources Al Ahram

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans MOSSAD EN EGYPTE

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