UNE TAUPE MOSSADIENNE EN AUTRICHE

Publié le par Nikita Colonna-Santana

Autriche: 007 fait faux-Bond...

Stupeur à Vienne: Peter Sichrovsky, ancien bras droit de Jorg Haïder et ancien député européen, vient de confier au magazine Profil qu'il travaillait en sous-main pour le Mossad, les services secrets israéliens! Cet ex-secrétaire général du FPÖ, le parti néo-nazi autrichien, précise que son double-jeu aurait duré plus de cinq ans, couvrant les années allant de 1997 à 2002. Selon ses déclarations, il aurait utilisé les contacts de Jorg Haïder avec Saddam Hussein ou Kadhafi pour permettre à Israël de jeter des passerelles très discrètes vers la Libye ou l'Irak dans le cadre de négociations non-officielles. Interrogé sur les raisons qui le poussaient à éclairer les coulisses de la raison d'Etat, Peter Sichrovsky répond qu'il recevait des lettres anonymes depuis plusieurs semaines, qu'il refusait de vivre sous la menace, et qu'il avait décidé de parler à visage découvert devant les rédactions autrichiennes.

Quelques jours plus tard, le journal israélien Haaretz parvenait à joindre Peter Sichrovsky à Chicago où est basé le siège social de Sheridan Park Consulting, une entreprise qu'il dirige et qui oeuvre dans la coopération technique sur le plan militaire. Principaux clients: la République populaire de Chine et Israël.

Peter Sichrovsky apporte alors un démenti aux propos qui lui ont été attribués par Profil: "Je n'ai pas espionné pour le Mossad, je n'ai reçu aucun argent du Mossad, et je n'ai pas nui aux intérêts autrichiens". Selon lui, ces accusations sont nées d'une incompréhension. Profil l'aurait contacté après avoir reçu des lettres anonymes l'accusant d'être un espion du Mossad. Pour faire un mot d'esprit, il leur avait répondu qu'il rencontrait beaucoup de monde, qu'il ne savait pas si parmi eux il y avait des agents du Mossad, et qu'en tout cas ils ne lui avaient pas montré de badge à la James Bond!

Sichrovsky précisait ensuite qu'il était allé à Tel-Aviv en 2000, à la demande du FPÖ qui cherchait à améliorer l'image du parti en Israël après les prises de position de Haider en faveur du passé nazi autrichien. Il avait rencontré plusieurs hommes politiques, dont Roman Bronfman qui déclare à Haaretz que Sichrovsky, pour preuve de la bonne volonté du FPÖ, lui avait indiqué qu'il pouvait aider à la libération de trois soldats de Tsahal prisonniers du Hezbollah. Le chef du Mossad de l'époque, Ephraïm Halevy avait alors dépêché un collaborateur auprès de Sichrovsky. Ce dernier précise: "Sans hésitation, j'ai décidé de les aider, et j'ai informé le ministre de la Défense autrichien de mes démarches, ainsi que les chefs de mon parti, y compris Haider".

Sichrovsky avait alors suggéré à Haider d'agir comme un canal pour passer des messages secrets entre Israël, Khaddafi et Saddam Hussein, mais Haider s'y était refusé. Pour faire bonne mesure, Sichrovsky ajoute qu'il avait organisé une rencontre entre des responsables de "l'intelligence" israélienne et autrichienne et conclut: "Tout ce que j'ai fait l'a été à la lumière du jour, et non pas en secret, et j'ai agi comme un politicien faisant son travail. Tout ce que je voulais, c'était ouvrir des portes, aider Israël à avancer vers le processus de paix... Tout ce que j'ai dit à Israël, je l'ai dit avec l'accord de mes dirigeants de parti, et le ministre de la Défense autrichien était au courant".

Ainsi, dans un premier temps, Peter Sichrovski que l'opinion autrichienne avait oublié depuis son retrait de la vie politique en 2002, se remet-il au centre de l'attention en provoquant le scandale sur son appartenance supposée aux services secrets d'une puissance étrangère. Un crime de haute trahison, sanctionné lourdement par les tribunaux. D'ailleurs, une enquête préliminaire vient d'être ouverte par un juge autrichien à propos de ces déclarations. Et dans un deuxième temps, il rectifie le tir en se retranchant derrière son statut d'élu européen s'investissant dans une action humanitaire en faveur de prisonniers du Hezbollah. L'opération permet de mettre dans l'embarras les services et gouvernements tant autrichiens qu'israéliens, de redorer le blason du FPÖ et, surtout, de faire porter la suspicion sur toute nouvelle révélation touchant la personne de Peter Sichrovski. L'une des réponses les plus efficaces à la menace que fait porter la vérité étant, bien entendu, de jeter le trouble, de jouer sur la confusion.

Et dans le domaine de l'imposture, Peter Sichrovski est un maître. Roland Pfefferkorn avait consacré un dossier éclairant dans le Monde Diplomatique sur son itinéraire, en février 1997. Peter Sichrovski accède à une grande notoriété quand il fait paraître, en Autriche, deux livres consacrés aux enfants de victimes des nazis et aux enfants de responsables nazis. Ces deux livres seront réunis en un seul volume en France sous le titre de "Naître coupable, naître victime" aux éditions Maren Seel et Cie avec une préface enthousiaste de Gilles Perrault qui ne sera pas pour rien dans le lancement publicitaire parisien de Sichrovski. Pourtant, le scandale fait rage en Autriche. Les textes ont été portés à la scène, et les personnes interrogées par Sichrovski ne se reconnaissent pas dans les déclarations qui leur sont attribuées. Le journal Profil, déjà alerté sur la personnalité de Sichrovski, leur donne la parole:

"Les histoires ont été créées sur la base de données tirées de nos vies, mais, suite à des suppressions et des ajouts de déclarations, l'auteur aboutit à des mises en relations totalement arbitraires. La présentation qu'il en donne ne correspond donc ni à notre passé ni à notre présent".

Peter Sichrovski travaille en fait de la même manière que Jean-François Steiner, l'auteur du best-seller Treblinka (voir notre artice De Treblinka à Bordeaux): il s'appuie sur le réel puis l'habille pour le rendre plus présentable. L'un et l'autre sont issus de familles juives. L'un et l'autre ont rejoint leurs pires ennemis: Jean-François Steiner a témoigné en faveur de Maurice Papon, a organisé la fuite de l'ancien préfet en Suisse, Peter Sichrovski a co-dirigé un parti néo-nazi vecteur d'un combat négationniste!

La méthode de travail de Peter Sichrovski a failli faire d'autres dégâts. En 1996, quelque temps avant d'annoncer son ralliement à Jorg Haïder, Sichrovski avait démarché le responsable de la communauté juive allemande, Ignatz Bubis, lui proposant de rédiger sa biographie. Le résultat fut consternant, et le livre dû être réécrit aux trois-quarts. Ignatz Bubis ne pouvait se reconnaître dans le montage mensonger que lui présentait Sichrovski: "Il disait qu'il voulait une écriture fleurie et que cela ne devait pas forcément correspondre avec la réalité. Il avait une position absurde. Car je ne voulais pas proposer un roman".

On s'aperçut à ce moment-là que Sichrovski, qui bénéficiait d'une image d'écrivain anti-conformiste, d'une réputation d'extrême-gauche, avait, en réalité, fait ses premières armes à la tête d'un syndicat étudiant bien marqué à droite. Jörg Haider se chargea de dissiper les illusions de ceux qui ne pouvaient se résoudre à faire le deuil de leur héros: l'apprenti führer de Carinthie révéla qu'il fréquentait Sichrovski depuis près de dix ans et entretenait une correspondance régulière avec lui. L'auteur de "Naître coupable, naître victime", ne manqua pas de lui renvoyer l'ascenseur en déclarant que le FPÖ était à ses yeux le parti idéal parce qu'il développait: "une opposition radicale qui remet en question toutes les valeurs auxquelles nous nous sommes habitués ces dernières années".

 Les dernières péripéties de la carrière de Peter Sichrovski se situent incontestablement dans cette même perspective: le dynamitage des repères pour ouvrir la voie à une aventure dangereuse.

Sources : http://www.amnistia.net/news/articles/sichrov/sichrov_610.htm

 

Posté par Adriana EVANGELIZT

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