IRAËL AU COEUR DU SECRET

Publié le par Nikita Colonna-Santana

Israël, au coeur du secret

Etre "leader d'opinion" en matière de renseignement


S'il est une question que l'on évoque peu ou pas du tout, c'est celle des services de renseignements israéliens. L'Etat hébreu en a fait l'élément-clé de sa stratégie en temps de guerre et de paix. Cette culture du renseignement, unique en son genre, avait été mise au service, en partie, des agences de renseignements US, après les attentats du 11 septembre 2001. Le savoir-faire, l'expertise et la maîtrise de l'arabe et de ses différents dialectes ont placé Israël, particulièrement ces dernières années, en position de « leader d'opinion », sur toutes questions, auprès des Etasuniens.

Pour comprendre de l'intérieur les structures et le fonctionnement du Mossad, un service d'élite, il faut lire le témoignage - bien rare, il faut bien le dire - d'un ancien agent des services israéliens, Victor Ostrovsky, réfugié aujourd'hui au Canada [1]. Même s'il faut largement réactualiser les propos de l'ancien espion, ce que l'on apprend sur l'univers interne et les méthodes de travail de cette institution est extrêmement utile et éclairant.

Israël a fait des pays arabes ou islamiques une cible suprême de ses services. Au-delà de l'utilisation des technologies de pointe - écoutes, surveillance, brouillage, sabotage, etc. -, il s'appuie, dans cette guerre de l'ombre, sur le renseignement d'origine humain e : la présence sur place de « taupes » - des agents autochtones - dans les échelons décisionnaires arabes [2]. On est loin de la fiction ! De nombreuses sources attestent et confirment cette réalité. Autre terrain de déploiement : les Etats-Unis et l'Europe. Les communautés arabes ou islamiques constituent de vraies sources d'informations. Ces dernières années, sur le sol des Etats-Unis, plusieurs dizaines d'instituts de recherche sur le Moyen-Orient ont vu le jour, très souvent à l'initiative de Juifs américains. Un quadrillage et un maillage du territoire US qui se sont révélés éminemment utiles dans l'avant et l'après-11 septembre. Un autre témoignage, qui est passé presque inaperçu, révèle l'univers dans lequel évoluent ces nouveaux acteurs ; lesquels centrent leurs efforts sur les 98% de renseignements de « sources ouvertes » : documentations, décryptage, recoupement des informations, travail d'identification, etc. Ce livre est intitulé « L'infiltrée. Une femme au cœur des réseaux terroristes islamistes » [3]. L'auteur, qui vit aux Etats-Unis - une Juive d'origine irakienne, parlant et maîtrisant parfaitement l'arabe -, a préféré ne pas décliner son identité, car elle est toujours en activité.

Deux facteurs ont accéléré l'évolution de la stratégie israélienne, l'Intifadha II et les attentats du 11 septembre 2001.

L'Intifada II

Une fois Ariel Sharon au pouvoir, celui-ci avait vite compris l'effet dévastateur de la « guerre des pierres » sur l'image d'Israël dans le monde. Pour allumer le contre-feu, il a créé une cellule spéciale afin de mener une véritable bataille de l'information. Ses relais ? Ce sont d'abord les responsables communautaires de la diaspora, comme par exemple le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Objectif : impliquer et souder les Juifs du monde entier dans ce combat. Son argument de base : les critiques que suscitent l'Etat hébreu ne seraient que l'expression de la « haine d'Israël » et du sentiment « éternellement judéophobe » (une thèse caricaturallement développée par Pierre-André Taguieff, CNRS). Le point de vue israélien a été - et est - toujours dominant aux Etats-Unis, mais c'est la France qui sera au cœur de cette pression, et ses médias accusés d'être « pro-arabes ». Le premier ministre a été, à plusieurs reprises, en pointe sur cette question. Cette façon de vouloir brouiller les pistes, de cultiver le confusionnisme et d'être un allumeur de feu permanent montre les obsessions d'un homme, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il est d'une psycho-rigidité presque pathologique. On le reverra dans les prochains mois.

Les attentats du 11 septembre 2001

Pour Israël, cet événement est proprement « providentiel ». C'est l'occasion de faire valoir ses thèses et imposer ses vues à l'Amérique de Bush. Les néoconservateurs, dont l'attachement à Israël et ses combats est aujourd'hui mille fois vérifié, scellent cette alliance et poussent l'administration US à approfondir et pérenniser ce lien d'ordre, peut-on dire, « divin », puisque la religion vient mettre son nez dans cette histoire au goût messianique.

Au-delà de cette influence dans les sphères les plus influentes, des centaines de structures oeuvrent, d'une façon formelle ou informelle, dans cette bataille de conquête du cœur et des esprits. On connaît l'action de lobbying, notoire, de l'AIPAC, du travail de veille de la league anti-diffamation, mais il y a aussi bien d'autres officines, lesquels ont souvent le label fondations, qui conseillent, orientent et servent de relais au point de vue israélien. Il suffit de lire, par exemple, les études de la fondation Wexner (www.wexnerfoundation.com) sur « Les priorités de la communication israélienne en 2003 », pour juger de l'ampleur de l'action entreprise [4].

Tout cela apparaîtrait de bonne guerre s'il n'y avait pas cette dimension dévastatrice de la guerre psychologique, où l'on fabrique de l'Arabe et du Musulman le masque hideux de l'extrémiste permanent. Il est temps de sortir de cette logique néfaste, et d'entrer dans une pédagogie de la paix. Serait-ce trop tard ?

Hichem Ben Yaïche

benyaiche@hotmail.com

Post-scriptum :

[1] « Mossad. Un agent des services secrets israéliens parle », de Victor Ostrosvky, avec Claire Hoy, éditions Presses de la Cité. Au moment de sa sortie, aux Etats-Unis, l'Etat d'Israël avait demandé son interdiction, tellement les informations contenues dans l'ouvrage étaient une source de gêne pour ce pays. Le livre avait été réédité en Algérie, en 1996.

[2] La population d'Israël est composée de 105 origines ethniques. Le recrutement des espions dans ce vivier donne un avantage comparatif unique.

[3] « Terrorist Hunter, mai 2003. The extraordinary Story of a Woman Who Went Undercover to Infiltrate Radical Islamic Groups Living in America » ecco, harpercollins publishers. Un livre qui montre l'extraordinaire infiltration des réseaux israéliens aux Etats-Unis. Un exemple édifiant ! Traduction française : édition Grasset. « L'Infiltrée, une femme au cœur des réseaux islamistes », 2003.

[4] Document publié par Point d'information Palestine n°222, du 25 juin 2003. Il est possible d'obtenir un spécimen gratuit de cette étude en envoyant un email à cette adresse : lmomarseille@@wanadoo.fr

 


Sources : VIGIRAK

Posté par Adriana EVANGELIZT

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Drew 22/03/2008 10:36

Quand on fait de l'espionnage, on ne choisit pas la manière du combat, l'on profite des circonstances.
L'espionnage est une nécessité dans une guerre, connaître des informations sur l'ennemi, c'est mieux appréhender la situation pour remporter des victoires.
http://hermes001.skyrock.com