TEMPS MAUSSADE POUR LES TAUPES

Publié le par Adriana Evangelizt


L'affaire de l'espion israëlien trop zélé

TEMPS MAUSSADE POUR LES TAUPES

Par Karim BENDAOUD



Un espion qui réussit à blouser ses propres services secrets, surtout quand ceux-ci ont pour dénomination Mossad, voilà qui n'est pas banal. C'est pourtant le résumé de l'affaire dont le jugement a commencé le 17 décembre. Yéhuda Gil, appelé désormais "l'espion qui mentait", a failli provoquer une guerre entre son Israël, son pays, et la Syrie en lançant de fausses informations. Un fou mythomane ? L'histoire pourrait faire sourire si après enquête, certaines révélations ne démontraient pas une folie finalement assez organisée. Et surtout une haine caractérisée de l'Arabe qui n'admet, on le voit, aucune limite. D'autant que cette affaire ne sert ni à la réputation d'efficacité du Mossad ni au bon déroulement du processus de paix.

"Je ne fais aucune confiance aux Arabes", répétait-il à l'envi. Lui, c'est Yéhuda Gil, le maître-espion israélien qui, à l'ouverture de son procès, en ce mercredi 17 décembre, plaidait non coupable dans l'affaire qui a mis à mal l'image des services secrets israéliens, plus connus sous le nom de Mossad. Gil, qui risque une peine de 15 ans, est notamment accusé d'avoir porté atteinte à la sécurité de l'État et d'avoir failli provoquer une guerre entre Israël et la Syrie. Rien que ça.


Une histoire compliquée et pleine de répercussions. Pour ses qualités de parfait polyglotte, Yehuda Gil, aujourd'hui âgé de 63 ans, avait été embauché, en 1970, par le Mossad. Connu pour être un excellent sergent recruteur, il avait également réussi, comme on dit, de  "jolis coups".

"Coup de bluff"

Mais, depuis la fin des années quatre-vingt, Gil rédigeait des rapports complètement fantaisistes, relevant même de la mythomanie, sur de prétendues intentions belliqueuses de la Syrie à l'égard d'Israël. L'affaire éclate le jour où, en août 1996, il annonce une attaque surprise de cette même Syrie contre le Golan, risquant ainsi de déclencher un conflit armé entre les deux voisins. Heureusement, une contre-expertise est venue des renseignements militaires, qui commençaient à se méfier de Gil. Contre l'avis de son état-major, le ministre israélien de la Défense, Yitzhak Mordechai, refuse de placer l'armée en état d'alerte. Toutes les informations collectées sur le terrain ont confirmé les soupçons des Renseignements Militaires. Le Mossad se décide alors à ouvrir une enquête interne. Celle-ci est stoppée net par son nouveau patron, Danny Yatom, qui n'en voyait sans doute pas la nécessité. Pourtant, quand ses officiers lui révèlent que certaines rencontres évoquées par Yéhuda Gil dans ses rapports n'avaient jamais eu lieu, Yatom accepte la réouverture de l'enquête. Le Shin Beth, la sécurité intérieure, prend le relais, après le cumul des éléments à charge. Soumis à un interrogatoire serré, l'espion finit par craquer et avouer la supercherie. Il reconnaît avoir communiqué de fausses informations mais nie avoir eu l'intention de mettre en danger la sécurité d'Israël.


Prétendant avoir infiltré au plus haut niveau le régime de ce pays, il a toujours refusé de partager sa taupe avec quiconque. En fait de taupe, il s'agissait d'un général syrien qui a été neutralisé depuis belle lurette. Mettant systématiquement en doute les intentions pacifiques du président Hafed El Assad, intentions qu'il qualifiait de "coup de bluff" destiné uniquement à tromper la vigilance militaire d'Israël, il étayait ses dires par les prétendus renseignements que lui fournissait sa "source" syrienne.

La haine de l'Arabe

Certes, des évaluations contraires, favorables au président El Assad, avaient également cours et l'emportaient généralement sur le courant négatif. Mais celui-ci, fruit de la désinformation, n'en aurait pas moins renforcé le camp des "faucons" et influencé certaines décisions politico-militaires d'Israël. On apprendra, plus tard, que, rejetant tout compromis territorial, Gil avait milité pendant quelque temps au sein d'un petit parti d'extrême-droite prônant l'expulsion pure et simple des Palestiniens. Après l'arrestation de l'espion-menteur, plusieurs dizaines de milliers de dollars ont été retrouvés par la police dans sa villa. Mais nulle trace des 150.000 autres billets verts destinés à son prétendu informateur. Mais, on l'aura compris, l'argent n'était pas la seule motivation de Gil. La haine des Arabes est également un bon facteur de motivation.


Les services secrets israéliens n'avaient pas besoin de cette nouvelle affaire. Objet d'un véritable culte en Israël, leur image avait déjà souffert de la désormais tristement célèbre affaire Khaled Mechâal, qui en avait fait la risée de toutes les chancelleries. Cette histoire avait failli être fatale aux relations entre Tel-Aviv et Amman. L'affaire Yéhuda Gil, qualifiée de "tremblement de terre" par Ze'ev Schiff, l'expert militaire du quotidien "Ha'aretz", qui l'a révélée au grand jour, a pris des proportions qui dépassent le cadre israélo-israélien. "C'est le plus grand scandale de l'histoire du renseignement israélien", commente Schiff, ajoutant que "c'est toute la réputation des renseignements israéliens qui est en jeu. Une gangrène dont nous aurons du mal à nous remettre". Petite cause, grands effets, l'histoire, ou plutôt les histoires de Yéhuda ont peut-être eu un impact direct sur le processus de paix au Proche-Orient. À cause de l'espion qui mentait, le processus de paix dans la région est peut-être passé à côté d'une grande occasion de faire des progrès.


Reste tout de même à délimiter, maintenant que Gil est hors d'état de nuire, les responsabilités exactes de chacun. Comment, en effet, ne s'est-on pas aperçu plus tôt des dépassements de Yéhuda Gil ? Est-il réellement mythomane ou alors agissait-il en connaissance de cause ? Et pour le compte de qui ? Se faisait-il manipuler ? Et si oui, par qui ? Autant de questions qui ne connaîtront de réponses qu'à la reprise du procès, dans le milieu de ce mois de janvier. En connaîtra-t-on tous les détails ? Rien n'est moins sûr, étant donné qu'il se déroulera à huis-clos. Encore une occasion pour lui de raconter des histoires. Dans l'ombre de son cachot, il pourra continuer à narrer à ses codétenus comment il a réussi à blouser les services secrets israéliens réputés parmi les meilleurs au monde. Yéhuda Gil, qui, entre deux missions, enseignait à ses hommes "l'art du mensonge", avait fini par se prendre à son propre jeu, réussissant, par la même occasion, à jeter l'opprobre sur le Mossad. Entreprise qui s'est toujours avérée difficile, voire impossible pour nombre de services étrangers.

Sources Maroc Hebdo

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans LES BAVURES DU MOSSAD

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