Révélation : Henri Paul, Diana et le Mossad

Publié le par Adriana Evangelizt

REVELATION : HENRI PAUL, DIANA, LE MOSSAD...

Maurice s'était vu confier une «approche froide », ce qui, dans le langage sibyllin du Mossad, signifiait qu'il avait pour mission de recruter un informateur non juif. Et après deux mois d'un labeur de fourmi, il pensait être sur le point de réussir.

Sa cible s'appelait Henri Paul : chef adjoint de la sécurité de l'hôtel Ritz, l'homme servait aussi, à l'occasion, de chauf­feur de luxe pour célébrités.

Parmi celles-ci, on aurait pu citer Jonathan Aitken, ministre du dernier gouvernement conservateur britan­nique. Jusqu'à une époque récente, Aitken avait exercé de hautes responsabilités de coordination en matière de vente d'armes, ce qui lui avait permis de se constituer un épais carnet d'adresses au Proche-Orient. Cet état de fait incita le magazine télévisé britannique World in Action et le jour­nal anglais The Guardian à publier des informations dommageables sur les liens d'Aitken avec des personnages troubles que n'aurait pas dû normalement fréquenter un ministre de Sa Majesté. Aitken intenta un procès en diffa­mation. La question de savoir qui avait payé sa note lors d'un séjour au Ritz, où il avait rencontré des contacts arabes, occupa très vite une place centrale dans les débats. Devant la cour, Aitken déclara sous serment que sa femme avait réglé l'addition.

Or, par l'intermédiaire d'une source indépendante, le Mossad informa les représentants de la Défense que Mme Aitken ne se trouvait pas à Paris au moment des faits. L'argumentation d'Aitken s'effondra alors comme un châ­teau de cartes. Le Mossad, qui depuis longtemps considé­rait les activités du ministre comme une menace pour Israël, venait de remporter une bataille importante. Mais l'hôtel Ritz n'en demeurait pas moins un lieu de rendez-vous pri­vilégié pour les acheteurs d'armes du Proche-Orient et leurs fournisseurs européens.

Le Mossad avait donc décidé de recruter un informateur permanent au Ritz. Ses analystes s'étaient d'abord procuré l'organigramme de l'hôtel en pénétrant dans son système informatique. Au sommet de la hiérarchie, personne ne semblait susceptible de se laisser suborner. Quant aux res­ponsables de second ordre, ils n'entretenaient pas suffisam­ment de contacts avec la clientèle pour être utiles. Henri Paul, lui, avait accès aux moindres recoins du palace, son passe-partout lui permettait d'ouvrir le coffre de n'importe quel client; personne ne se serait étonné de voir le chef adjoint de la sécurité réclamer le double de la note d'un visi­teur ou un relevé téléphonique pour obtenir le détail des appels passés par tel ou tel marchand de canons; Henri Paul n'aurait pas davantage de difficultés pour savoir quelle call­girl avait été discrètement engagée par un fournisseur, en vue d'amadouer l'un de ses clients. Et, dans son rôle inter­mittent de chauffeur, Henri Paul bénéficiait également d'une position unique pour saisir au vol les propos de ses hôtes, observer leurs attitudes, noter leurs allées et venues, et relever l'identité des personnes qu'ils fréquentaient.

Il fallut ensuite établir le psycho-profil de la cible de l'ap­proche froide. Pendant plusieurs semaines, un katsa rési­dent du Mossad à Paris récolta des informations sur sa per­sonnalité. En se faisant notamment passer pour un agent d'assurances et pour un télévendeur, il apprit que Paul était célibataire, qu'on ne lui connaissait aucune liaison stable, qu'il habitait un modeste appartement et qu'il conduisait une Mini noire, mais qu'il adorait la vitesse et qu'il était par­tiellement propriétaire d'une moto de course. Le personnel de l'hôtel mentionna aussi sans trop de difficulté un net pen­chant pour la bouteille. Enfin, Henri Paul semblait bénéfi­cier de temps à autre des services d'une poule de luxe habi­tuée de l'établissement.

Ces divers renseignements furent ensuite évalués par un psychologue du Mossad, qui conclut à l'existence d'une vul­nérabilité inhérente à la personnalité d'Henri Paul. Il ajouta qu'une pression progressivement augmentée, associée à la promesse d'une récompense financière substantielle, consti­tuait sans doute le meilleur moyen de le recruter. Ce genre d'opération demandait un certain temps, ainsi qu'une bonne dose de patience et d'habileté. Plutôt que de conti­nuer à mobiliser son résident de Paris, le Mossad décida de dépêcher Maurice sur place.

Comme dans toutes les missions de ce type, celui-ci res­pecta un schéma directeur qui avait fait ses preuves depuis longtemps. Pour commencer, plusieurs visites discrètes lui permirent de se familiariser avec le Ritz et ses alentours. Il eut tôt fait d'identifier la silhouette massive d'Henri Paul, solide gaillard caractérisé par une légère tendance à bomber le torse - sans doute une façon de prouver qu'il n'avait besoin de l'approbation de personne.

Maurice observa attentivement les curieuses relations que Paul entretenait avec les paparazzi agglutinés en perma­nence devant le Ritz pour mitrailler les prestigieux clients de l'établissement. De temps à autre, Henri Paul apparais­sait au-dehors pour leur ordonner de débarrasser le plan­cher. Dociles, ils enfourchaient leurs motos et faisaient le tour du pâté de maisons pour reprendre leur faction quelques minutes plus tard. Henri Paul jaillissait parfois de l'entrée de service située à l'arrière de l'hôtel, rue Cambon, pour lancer aux photographes
des plaisanteries amicales.

Par ailleurs, Maurice repéra plus d'une fois Henri Paul en train de boire un pot avec des paparazzi dans un bar voisin du Ritz, qu'il fréquentait avec d'autres membres du per­sonnel, après son service.

Dans ses rapports adressés à Tel-Aviv, Maurice ne man­qua pas de signaler la capacité de Paul à absorber des quan­tités considérables d'alcool, tout en faisant illusion. Il confirma aussi que Paul semblait jouir de la confiance totale de la direction, ce qui le rendait d'autant plus apte à tenir un rôle d'informateur.

A un moment donné de sa surveillance, Maurice s'aper­çut que Paul trahissait cette confiance : il recevait de l'ar­gent des paparazzi contre des informations sur les allées et venues des clients célèbres, ce qui permettait aux photo­graphes d'être toujours en position idéale pour obtenir de bons clichés.

L'échange avait lieu soit dans un bar, soit dans l'étroite rue Cambon, à proximité de l'entrée de service.

Vers la mi-août, ces transactions se focalisèrent sur l'ar­rivée prochaine au Ritz de Diana, princesse de Galles, et de son nouvel amant Dodi al-Fayed, fils du propriétaire de l'hôtel. Le couple devait occuper la somptueuse suite impé­riale.

Le personnel du Ritz avait reçu des consignes strictes concernant l'arrivée de Diana : discrétion absolue, sous peine de sanctions assorties d'un licenciement immédiat. Malgré tout, Paul continua de jouer avec le feu en fournis­sant des informations à plusieurs paparazzi sur la visite de la princesse, toujours contre une somme d'argent.

Maurice remarqua aussi qu'Henri Paul avait tendance à accroître sa consommation d'alcool et saisit au vol plusieurs remarques amères du petit personnel sur son caractère de plus en plus irascible. Tout récemment, Paul avait renvoyé une fille d'étage surprise en train de dérober un savon dans une chambre. Selon plusieurs employés, Paul prenait aussi des médicaments, peut-être pour atténuer ses sautes d'hu­meur. En tout cas, chacun s'accordait à dire qu'il devenait imprévisible : souriant à tel moment, il pouvait entrer dans une rage noire à la seconde suivante pour un motif parfai­tement futile. Maurice jugea que le moment était venu de pousser son pion.

Le contact inaugural fut établi au Harry's Bar, rue Dau­nou. Quand Paul entra dans la salle, Maurice s'y trouvait déjà, en train de siroter un cocktail. Le katsa engagea habi­lement la conversation, et le chef adjoint de la sécurité accepta son invitation à boire un verre quand Maurice lui expliqua que des amis à lui étaient récemment descendus au Ritz. Il ajouta qu'ils avaient été surpris par le nombre de riches Arabes parmi la clientèle.

Le résultat de cette remarque dépassa sans doute ses espé­rances. Paul s'empressa de répliquer que la plupart des Arabes étaient grossiers, arrogants, et qu'ils exigeaient de voir le personnel accourir au moindre claquement de doigts. Les pires de tous, précisa-t-il, étaient les Saoudiens. Mau­rice répondit qu'il avait entendu dire que les clients juifs étaient à peu près aussi difficiles à vivre. Paul se récria et affirma que les Juifs étaient de très bons clients.

La soirée s'acheva sur cette note prometteuse. Une invi­tation à dîner fut fixée à quelques soirs de là, dans un res­taurant proche de l'hôtel.

Lors du dîner en question, Henri Paul confirma à Mau­rice la plupart des informations que celui-ci avait déjà gla­nées par lui-même. Le chef adjoint de la sécurité du Ritz lui parla longuement de sa passion pour les voitures de course et les avions légers. Hélas! son salaire ne lui permettait que trop rarement de s'adonner à ces coûteux passe-temps.

Ici, peut-être, Maurice commença à lui mettre la pres­sion.

Ensuite, les deux hommes nouèrent une relation qui trouva vite son rythme de croisière : Maurice plaçait ses lignes, et Paul s'empressait de mordre à chaque hameçon. Une fois son poisson solidement ferré, il ne resta plus au katsa qu'à le sortir de l'eau, grâce aux techniques du Mossad.

A un moment donné, sans doute Maurice laissa-t-il ger­mer dans l'esprit de son ami l'idée qu'il pouvait lui venir en aide, par exemple en mentionnant qu'il travaillait pour une société désireuse de réactualiser sa banque de données et prête à payer un bon prix ceux qui l'y aideraient. C'était une des ouvertures favorites des recruteurs du Mossad dans les situations d'approche froide. Ensuite, il ajouterait que nombre de clients du Ritz détenaient des informations susceptibles d'intéresser cette société.

Il est possible que Paul, gêné par le tour nouveau de leur conversation, ait alors regimbé. Et que Maurice soit direc­tement passé au stade suivant, en remarquant que, bien sûr, il pouvait comprendre les réticences de son ami, mais qu'elles le surprenaient quand même un peu: tout le monde savait que Paul touchait de l'argent pour tuyauter les papa­razzi. Dans ces conditions, pourquoi laisser passer cette chance de toucher un pactole?

L'habileté de Maurice à formuler sa proposition tout en faisant sentir à Henri Paul qu'il en savait long à son sujet se manifesta probablement sous la forme d'un savant dosage de sympathie et d'insistance - pimenté d'une touche de menace sous-jacente.

Sans avoir besoin de poser la question, Paul comprit peut-­être à cet instant précis que son interlocuteur était un agent secret, ou du moins un espion recruteur.

Cela expliquerait la façon dont il réagit alors, selon une source autorisée de la communauté israélienne du rensei­gnement :

«Henri Paul est allé droit au but : lui demandait-on d'es­pionner? Et si oui, combien lui offrait-on? Directement, sans tourner autour du pot. Combien? Et pour qui? Mau­rice, à ce stade, a dû faire un choix. A-t-il révélé qu'il rou­lait pour le Mossad? Il n'existe pas de procédure standard en la matière. Chaque cible est différente. Mais Henri Paul avait bel et bien mordu à
l'hameçon.
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Si ce qui précède est vrai, Maurice expliqua sans doute dans la foulée à Paul ce qu'il attendait de lui : qu'il four­nisse des informations sur les clients de l'hôtel, peut-être même qu'il place des micros dans leurs chambres et qu'il surveille leurs visites. Une brève discussion sur les modali­tés de paiement dut s'ensuivre, assortie d'une offre d'ou­verture de compte dans une banque suisse - ou d'un ver­sement en espèces. Maurice fit certainement tout son possible pour donner à Paul l'impression que ce genre,de détail ne posait aucun problème. A ce stade, il se peut qu'il lui ait révélé qu'il s'agissait d'espionner pour le Mossad. Cela n'aurait rien eu d'anormal, ce terme d'une approche froide réussie.

Paul fut probablement effrayé par la gravité de ce qu'on lui demandait de faire. Ce n'était pas une question de loyauté envers ses patrons. Comme la plupart des employés de l'hôtel, il restait pour le salaire, relativement élevé, et surtout pour les pourboires. Mais Paul, de manière assez compréhensible, dut craindre de se retrouver en prison si on le surprenait à espionner la clientèle.

Que devait-il faire? Alerter la police? Elle savait peut-être déjà qu'il faisait l'objet d'une approche. D'un autre côté, s'il rejetait l'offre de Maurice, la direction de l'hôtel découvri­rait vite qu'il avait trahi le plus précieux service offert par le Ritz à sa clientèle - la confidentialité - en communiquant des informations aux paparazzi. Il risquait d'être renvoyé, voire poursuivi.

Pour Henri Paul, en ces derniers jours du mois d'août 1997, l'impasse paraissait totale. Il se mit à boire davantage, à prendre des cachets à la chaîne et à harceler de plus belle le personnel. Il dormait de moins en moins. C'était un homme au bord du gouffre.

Maurice ne relâcha pas sa pression. Il allait souvent dans le bar où Paul allait noyer son angoisse après son service. La seule présence du katsa, dans de telles conditions, suffi­sait à rappeler au chef adjoint de la sécurité ce qu'on exi­geait de lui. Maurice continua de fréquenter assidûment le Ritz, buvant un apéritif au bar de l'hôtel, déjeunant au res­taurant, prenant le café dans l'un des salons. Il semblait coller comme une ombre aux pas d'Henri Paul. Cette pré­sence constante ne pouvait qu'accentuer le fardeau qui pesait sur ses épaules et lui rappeler sans cesse qu'il était pris au piège.

Cette pression fut évidemment multipliée par l'annonce de l'arrivée de la princesse Diana et de Dodi al-Fayed : Paul avait été personnellement chargé de leur sécurité, avec pour consigne spécifique de maintenir les paparazzi à distance. Dans le même temps, les photographes l'appelaient sans cesse sur son portable en essayant de lui soutirer des infor­mations sur cette illustre visite; il se voyait offrir des sommes toujours plus importantes en échange de menus détails sur les faits et gestes de Diana. La tentation constituait une pression supplémentaire. Sa vie n'était plus qu'un carrousel de pressions.

Même s'il arrivait à peu près à le dissimuler, Henri Paul était en train de perdre pied sur le plan mental. Il se dopait à la fois aux antidépresseurs, aux somnifères et aux exci­tants. Ce cocktail détonant ne peut qu'avoir affecté sa capa­cité à prendre des décisions.

Le dimanche 31 août 1997 à 1 h 58 du matin, le voyant rouge du téléphone de chevet de Maurice se mit à cligno­ter, ce qui le réveilla et déclencha l'appareil enregistreur. L'appel émanait d'un fonctionnaire de la Gendarmerie nationale française, recruté en tant qu'informateur par les services secrets israéliens des années auparavant : un mabuah, c'est-à-dire un collaborateur non juif. Dans la hiérarchie des contacts parisiens de Maurice, il figurait certainement en bas de l'échelle.

N'empêche. Il était porteur d'une nouvelle qui stupéfia le katsa : un accident de voiture s'était produit moins d'une heure plus tôt dans le tunnel de l'Alma, quand une Mer­cedes roulant à très grande vitesse avait percuté un pilier de béton armé.

Les morts, au nombre de trois, n'étaient autres que la princesse Diana, mère du futur roi d'Angleterre; Dodi al­ Fayed, fils de Mohammed al-Fayed, le propriétaire égyptien des magasins Harrod's et du Ritz; et le chauffeur de la Mercedes, Henri Paul. Quant au garde du corps, il était grièvement blessé.

Quelques heures après l'accident, Maurice s'envola pour Tel-Aviv, laissant dans son sillage une série de questions sans réponse.

Sa tentative de recrutement d'Henri Paul avait-elle joué un rôle dans l'accident? Le chauffeur pouvait-il avoir pré­cipité sa Mercedes contre le treizième pilier du tunnel de l'Alma parce qu'il se sentait incapable d'échapper aux griffes du Mossad? A moins qu'il n'ait perdu le contrôle de son véhicule à cause du taux élevé d'alcool et de médicaments constaté dans son sang? Quand il avait quitté le Ritz avec ses trois passagers, son esprit était-il habité par les insoute­nables pressions dont il était l'objet? Plutôt que le respon­sable d'une tragédie, ne devait-il pas être davantage consi­déré comme la victime d'une impitoyable manipulation ourdie par un service secret, célèbre pour son absence de scrupules ?

Ces questions devaient longtemps continuer à hanter l'esprit de Mohammed al-Fayed. En février 1998, le mil­liardaire déclara : « Ce n'était pas un accident. J'en suis convaincu au plus profond de mon coeur. La vérité ne doit pas rester cachée. » Cinq mois plus tard, la chaîne de télévision britannique ITV diffusa un documentaire affirmant qu'Henri Paul avait partie liée avec les services français. C'était inexact. Le reportage laissa aussi entendre qu'une centrale secrète non nommée était impliquée dans l'accident; selon certaines insinuations, elle serait passée à l'acte parce que l'establish­ment britannique craignait les (• conséquences politiques» de l'amour de Diana pour l'Egyptien Dodi.

A ce jour, les liens entre le Mossad et Henri Paul demeu­rent un mystère bien gardé, selon le voeu de la centrale israé­lienne. Le Mossad estime n'avoir de comptes à rendre à per­sonne au-delà des frontières d'Israël.

Sources Phase com

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans LES COUPS DU MOSSAD

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Commenter cet article

nabil 10/01/2008 20:15

di donc ta recopié HISTOIRE SECRETE DU MOSSAD , de gordon thomas