Le Mossad, le GSPC et Ould Taya

Publié le par Adriana Evangelizt

Le Mossad, le GSPC et Ould Taya

Le Quotidien d'Oran, 4 août 2005



Personne ne sait où se trouvent les bureaux du Mossad israélien à Nouakchott. Les services secrets israéliens étaient censés protéger, physiquement, le président mauritanien Ould Taya, conformément à des accords secrets avec Tel Aviv. Or, à trop vouloir ignorer la pénétration islamiste au sein de l’armée, Ould Taya s’est fait réellement piéger par le coup d’Etat d’hier.

Les putschistes du 3 août se revendiquent du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD). Certainement un euphémisme pour désigner le caractère islamiste de ce putsch tant les forces armées mauritaniennes sont travaillées par le courant salafiste. Malgré les nombreux avertissements (Coups d’Etat de juin 2003, septembre et octobre 2004), le président Ould Taya a négligé la capacité de noyautage des institutions militaires mauritaniennes par des éléments islamistes, au point que c’est sa propre garde présidentielle qui est à la tête de ce nouveau coup d’Etat.

Etant membre de la Ligue arabe et ayant des relations diplomatiques normalisées avec Israël, Ould Taya pouvait se targuer d’avoir été soutenu par les grandes puissances occidentales (Etats-Unis et France) du fait de son volontarisme affiché pour entretenir des liens actifs avec les Israéliens. Ayant trouvé un allié de choix dans la région du Maghreb/Sahel, les Israéliens n’ont pas fait les choses à moitié pour protéger le président mauritanien. Les Israéliens ont délégué leurs propres hommes, une trentaine, pour encadrer, dès 2002, la garde présidentielle, second cercle d’élite, après la protection rapprochée de Ould Taya, qui se trouvait en sa compagnie en Arabie Saoudite.

Le Mossad israélien avait demandé à Nouakchott de pouvoir disposer de locaux en Mauritanie avec d’importants moyens technologiques pour protéger Ould Taya. Le journal libanais El Nahar avait rapporté en 2001 que les services secrets israéliens fournissaient au président mauritanien l’essentiel des transcriptions téléphoniques des officiers de l’armée mauritanienne, notamment les éléments soupçonnés de complot, qui lui permettaient d’effectuer des purges au sein des forces armées.

Le journal israélien Haareetz avait rapporté, pour sa part, que l’antenne du Mossad en Mauritanie comportait pas moins de 100 agents chargés d’encadrer le président mauritanien. Ces éléments ont été renforcés après l’impression produite lors du coup d’Etat de juin 2003, lorsqu’une frange de l’armée avait tenté de déloger Ould Taya sans y parvenir, alors que ce dernier a gardé, intacte, sa capacité à communiquer avec l’extérieur.

La dernière visite du ministre israélien des Affaires étrangères, Silvyan Shalom, a indéniablement induit un processus de maturation dans ce coup d’Etat. Les observateurs avaient déjà noté que malgré le déploiement militaire mauritanien, supervisé par les agents israéliens qui craignaient un attentat spectaculaire contre leur MAE, les manifestants qui protestaient contre cette visite, durant trois jours, avaient pu exploiter des failles inhabituelles dans le dispositif.

Des murs proches du palais présidentiel ont été tagués par des inscriptions anti-israéliennes, et rien ne dit que la garde présidentielle qui avait ordre d’intervenir en cas de coup dur, n’a pas eu de ressentiment à l’égard d’un président qui a eu pour obsession ces derniers mois à faire la chasse, au Niger, Mali et Sénégal, à tous les membres des «Cavaliers du changement». Reste à savoir si les putschistes se réclament de ce mouvement.

La seconde erreur de Ould Taya est d’avoir focalisé sur les salafistes algériens pour accréditer la thèse d’un complot extérieur. En juin 2003, il n’avait pas hésité d’accuser le Burkinabé Blaise Compaore et le Libyen Muammar Al Kadhafi, d’avoir financé et aidé les putschistes à tenter de le renverser.

Depuis, la vague de répression qui s’est abattue sur les militaires putschistes, des opposants politiques et des membre d’ONG, Ould Taya a trouvé dans le GSPC la parfaite diversion au niveau international pour susciter une aide militaire et financière dans le cadre de la lutte antiterroriste, mais également élaguer le débat sur l’infiltration islamiste au sein de son armée.

L’attaque de la base de Lemghity en est d’ailleurs l’illustration la plus troublante. Trois mois après cette attaque, plusieurs détails démontrent que Nouakchott a voulu exagérer la menace salafiste algérienne au détriment de celle des «Cavaliers du changement» (mouvement militaro-islamiste) et occulter d’autres détails. Le ministère mauritanien de la Défense n’a, jusqu’à ce coup d’Etat, pas pipé mot des prisonniers qui auraient été enlevés par les assaillants de Lemghity.

La disparition simultanée d’officiers et hommes de troupes, que les autorités mauritaniennes supposent prisonniers, accrédite la thèse d’une complicité élaborée à l’intérieur de la caserne. Au-delà du fait que les témoins indiquaient tous que les terroristes parlaient assania ou l’ajimi tourague et non l’arabe, Nouakchott avait, lors des faits, oublié de préciser que cette attaque ressemblait fort à une opération de simulation qui servait d’entraînement, quasiment, aux forces mauritaniennes dissidentes.

En minimisant cette infiltration et tentant d’exploiter médiatiquement cette attaque, Ould taya a donné des idées aux putschistes qui étaient en première ligne pour observer les lacunes et cafouillage du clan présidentiel.

Le complot était prêt depuis un certain moment et sa rapidité d’exécution saute aux yeux. Comment les putschistes ont-ils réussi à prendre Nouakchott aussi rapidement, notamment les centres névralgiques, alors que Ould Taya n’était absent du pays que depuis 36 heures ? Cela suppose une préparation exceptionnelle et une projection de professionnels de l’armée du fait que les putschistes n’avaient pas de timing. La mort du roi Fahd n’étant pas programmable.

Les putschistes ont certainement tiré des enseignements du ratage du coup d’Etat de juin 2003. Grâce à l’apport des forces spéciales marocaines, notamment des unités de blindés mobiles et des parachutistes, et l’encadrement israélien, relayés par les moyens d’écoutes, de télécommunication et de localisation américaines, Ould Taya a réussi à protéger sa vie et sauvegarder son pouvoir. Le coup d’Etat du 3 août intervient alors que Ould Taya se trouvait à l’étranger, ce qui évite aux putschistes une effusion de sang et une condamnation unanime et rapide de la communauté internationale.

En évitant la mort à Ould Taya, atterri à Niamey au Niger, les putschistes voulaient également éviter une opération militaire internationale du type de juin 2003 qui les forcerait à des combats fratricides avec des forces mieux équipées qu’eux. Un calcul judicieux qui mettrait sur la touche Ould Taya et permettrait de ne pas se mettre à dos la communauté internationale. Exactement ce qu’a fait Ould Taya en 1984.

Mounir B.

Sources Algeria Watch

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Mossad Algérie

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