Témoignages de Victor Ostrovsky sur le Mossad

Publié le par Adriana Evangelizt

Témoignages de Victor Ostrovsky sur le Mossad

Avant-propos d’Ostrovsky


{p. vii} REVELER LES FAITS tels que je les connais de mon point de vue de quatre années passées à l’intérieur du Mossad ne fut en aucune manière une tâche facile.

Venant d’un milieu sioniste ardent, je m’étais vu enseigner que l’Etat d’Israël était incapable de mauvaise conduite. Que nous étions le David dans l’éternel combat contre le Goliath toujours grandissant. Qu’il n’y avait personne pour nous protéger à part nous-mêmes – un sentiment renforcé par les survivants de l'Holocauste qui vivaient parmi nous.
Nous, la nouvelle génération des Israélites, la nation ressuscitée sur sa propre terre après plus de deux mille ans d’exil, étions en charge du sort de la nation toute entière.
Les commandants de notre armée étaient appelés champions, pas généraux. Nos dirigeants étaient les capitaines à la barre d’un grand navire. Je fus transporté de joie lorsque je fus sélectionné et que je reçus le privilège de rejoindre ce que je considérais comme l’équipe d’élite du Mossad.
Mais ce furent les idéaux pervertis et le pragmatisme autocentré que je rencontrai dans le Mossad, associés à l’avidité, la soif de pouvoir et le total manque de respect pour la vie humaine dans cette soi-disant équipe, qui me motivèrent à raconter cette histoire.

C’est par amour d’Israël en tant que pays libre et juste que je mets ma vie en danger en faisant cela, faisant face à
ceux qui se sont autorisés à transformer le rêve sioniste en cauchemar d’aujourd’hui.

Le Mossad, étant le corps de renseignement chargé de la responsabilité de reconnaître la route pour les dirigeants à la barre de la nation, a trahi cette confiance. En agissant en son nom propre, et pour des raisons étroites et égoïstes, il a
placé la nation sur la voie d’un choc avec une guerre totale.

{Avant-propos de Claire Hoy}
{p. ix} L’un des principaux thèmes de ce livre est la conviction de Victor que le Mossad est hors de contrôle, que même le Premier Ministre, bien qu’étant ostensiblement responsable, n’a pas d’autorité réelle sur ses actions…
[…] Le Mossad – croyez-le ou non – a seulement 30 à 35 officiers traitants, ou katsas, opérant dans le monde au même moment. La principale raison pour ce total extraordinairement faible, comme vous le lirez dans ce livre, est que, à la différence des autres pays, Israël peut exploiter le cadre important et loyal de la communauté juive mondiale en-dehors d’Israël. Cela est réalisé à travers un système unique de sayanim, auxiliaires juifs volontaires.
{p. 52} Mes six premières semaines furent vides d’événements. Je travaillai au bureau du centre-ville, essentiellement comme homme à tout faire et documentaliste. Mais un jour glacial de février 1984, je me retrouvai avec quatorze autres dans un petit bus. … Ce cours devait être connu sous le nom de Cadet 16, puisque c’était le seizième cours des cadets du Mossad.

{p. 53} Il marcha vivement vers le bout de la table pendant que les deux autres s’asseyaient au fond de la salle. « Mon nom est Aharon Sherf », dit-il. « Je suis le directeur de l’Académie. Bienvenue au Mossad. Son nom complet est Ha Mossad, le Modiyn ve le Tafkidim Mayuhadim [Institut pour le Renseignement et les Opérations Spéciales]. Notre devise est : « Au moyen de la tromperie, tu feras la guerre ».

{p. 86} Le jour suivant Ran S. donna un cours sur les sayanim, une partie unique et importante des opérations du Mossad. Les sayanim – assistants – doivent être juifs à 100%. Ils vivent à l’étranger, et bien qu’ils ne soient pas des citoyens israéliens, beaucoup sont contactés par l’intermédiaire de leurs parents en Israël. Un Israélien ayant un parent en Angleterre, par exemple, peut se voir demander d’écrire une lettre disant que la personne porteuse de la lettre représente une organisation dont le principal but est d’aider à sauver des Juifs de la diaspora. Le parent britannique pourrait-il aider d’une manière quelconque ?

Il y a des milliers de sayanim dans le monde. Rien qu’à Londres, il y en a environ 2.000 qui sont actifs, et 5.000 autres sur la liste. Ils remplissent beaucoup de rôles différents. Un sayan-voiture, par exemple, dirigeant une agence de location, pourrait aider le Mossad à louer une voiture sans avoir à remplir la documentation habituelle. Un sayan-appartement pourrait trouver un logement sans provoquer de suspicions, un sayan-banque pourrait vous trouver de l’argent si vous en aviez besoin au milieu de la nuit, un sayan-docteur traiterait une blessure par balle sans le dire à la police, et ainsi de suite. L’idée est d’avoir une réserve de gens disponibles si nécessaire, qui peuvent rendre des services mais qui n’en parleront pas, par loyauté à la cause. On leur rembourse seulement les coûts. Souvent la loyauté des sayanim est abusée par des katsas qui tirent avantage de l’aide disponible pour leur propre usage personnel.
Il n’y a aucun moyen pour le sayan de le vérifier.

Une chose dont vous pouvez être sûr, c’est que même si un Juif sait que c’est le Mossad, il n’est peut-être pas d’accord pour travailler avec vous – mais il ne vous dénoncera pas. Vous avez à votre disposition un système de recrutement sans risque qui vous donne en fait une réserve de millions de Juifs à exploiter en-dehors de vos propres frontières. Il est beaucoup plus facile d’opérer avec ce qui est disponible sur place, et les sayanim offrent un incroyable appui pratique partout. Mais ils ne sont jamais mis en danger – et ne sont
jamais mis au courant d’informations classifiées.

Supposez que pendant une opération un katsa ait soudain besoin d’un magasin d’électronique comme couverture. Un appel à un sayan dans ce secteur peut rapporter 50 téléviseurs, 200 magnétoscopes – tout ce qui est nécessaire – à votre projet, et en un rien de temps vous avez un magasin avec 3 ou 4 millions de dollars de matériel en stock.

Comme la plus grande part de l’activité du Mossad est en Europe, il peut être préférable d’avoir une adresse commerciale en Amérique du Nord. Ainsi, il y a des sayanim-adresses et des sayanim-téléphones. Si un katsa doit donner une adresse ou un numéro de téléphone, il peut utiliser celle/celui du sayan. Et si le sayan reçoit une lettre ou un coup de téléphone, il saura immédiatement comment procéder. Certains sayanim-commerciaux ont une équipe de 20 opérateurs pour répondre au téléphone, taper des lettres, faxer des messages, tout cela au nom du Mossad. Le plus drôle est que 60% du trafic de ces sociétés de service téléphonique en Europe vient du Mossad. Elles fermeraient autrement.

Le seul problème avec le système est que le Mossad ne semble pas réaliser à quel point cela pourrait être dévastateur pour le statut des Juifs de la diaspora si c'était connu. La réponse que vous obtenez si vous posez la question est : « Et qu’est-ce qui peut arriver de pire à ces Juifs ? Ils viendraient tous en Israël ? Génial ! ».

Les katsas des stations sont en charge des sayanim, et les sayanim les plus actifs recevront la visite d’un katsa une fois tous les trois mois à peu près, ce qui pour le katsa signifie entre deux et quatre rencontres face-à-face par jour avec les sayanim, en plus de nombreuses conversations téléphoniques. Le système permet au Mossad de travailler avec un personnel squelettique. C’est pourquoi, par exemple, une station du KGB emploierait environ cent personnes, alors qu’une station comparable du Mossad n’en nécessiterait que
six ou sept.

{p. 269} Pollard [célèbre espion pris la « main dans le sac » aux USA en 1985, NDT] n’était pas du Mossad, mais beaucoup d’autres qui espionnent, recrutent, organisent et mènent des activités secrètes – principalement à New York et Washington, qu’ils appellent leur « terrain de jeu » – appartiennent à une division spéciale et super-secrète du Mossad appelée simplement « Al », le mot hébreu pour « au-dessus » ou « au sommet ».
L’unité est si secrète et si séparée de l’organisation principale que la majorité des employés du Mossad ne sait même pas ce qu’elle fait et n’a et n’a pas accès à ses dossiers sur l’ordinateur.
Mais elle existe, et emploie entre 24 et 27 vétérans du terrain, trois en tant que katsas actifs. La plus grande partie de leur activité, mais pas toute, est à l'intérieur des frontières US. Leur tâche essentielle est de rassembler des informations sur le monde arabe et l’OLP, et non de rassembler des renseignements sur les activités US. Mais comme nous le verrons, la ligne de partage est souvent floue, et en cas de doute, Al n’hésite pas à la franchir.
Dire qu’elle ne rassemble pas d’informations sur les Américains revient à dire que la moutarde n’est pas l’essentiel, mais que vous en aimez un peu sur votre hot-dog. Supposons, par exemple, qu’il y ait un sénateur dans le comité des armes qui intéresse le Mossad. Al utilise rarement des sayanim, mais les papiers de ce sénateur, tout ce qui se passe dans son bureau, seraient des informations importantes, donc un assistant deviendrait une cible. Si l’assistant était juif, il (ou elle) serait approché en tant que sayan. Autrement, la personne serait recrutée comme agent, ou même seulement comme ami, pour infiltrer et écouter.
Le circuit de cocktails de Washington est très important pour cela. Certains attachés en suivent les progrès. Ce n’est pas un problème d’ajouter quelqu’un à ce circuit et de lui donner un groupe légitime.

Supposez, par exemple, que McDonnell Douglas veuille vendre des avions US à l’Arabie Saoudite. Est-ce une affaire US ou une affaire israélienne ? Eh bien, en ce qui concerne l’Institut, c’est l’affaire d’Israël. Quand vous avez quelque chose comme ça en place, c’est
très difficile de ne pas l’utiliser. Donc ils le font.

{p. 270} L’une des plus célèbres activités de Al a impliqué le vol de matériel de recherche à certaines grandes firmes aéronautiques US pour aider Israël à s'assurer un contrat de cinq ans de 25,8 millions de dollars en janvier 1986 pour équiper la marine US et le corps des Marines avec 21 drones de 4,87 mètres de long, ou Mazlat Pioneer 1 sans pilote, plus l’équipement de contrôle au sol, de lancement et de récupération. Les drones, qui ont un moniteur de télévision monté sous le ventre, sont utilisés dans le travail de reconnaissance militaire. Mazlat, une filiale des Israeli Aeronautical Industries and Tadiran, étatisées, « remporta » le contrat après avoir renchéri sur les firmes US dans un appel d’offre en 1985.
En réalité, Al avait volé la recherche. Israël avait travaillé sur un drone, mais n’avait pas encore assez avancé pour entrer dans cette compétition. Quand vous n’avez pas à inclure le coût des recherches dans votre offre, cela fait une différence substantielle.

Après avoir remporté le contrat, Mazlat entra dans un partenariat avec AAI Corp. de Baltimore dans le Maryland, pour le terminer.


Al est similaire au Tsomet, mais elle n’entre pas dans la juridiction du chef du Tsomet. Au contraire, elle fait ses rapports directement au chef du Mossad. A la différence des stations normales du Mossad, elle n’opère pas à l’intérieur de l’ambassade israélienne. Ses stations sont situées dans des maisons ou des appartements sûrs.


Les trois équipes de Al sont établies en station, ou unité. Supposons que pour une raison ou une autre, les relations entre Israël et la Grande-Bretagne s'effondrent demain et que le Mossad doive quitter le Royaume-Uni. Ils pourraient envoyer une équipe d’Al à Londres et avoir un réseau clandestin complet le jour suivant. Les katsas de Al sont parmi les plus expérimentés de l’Institut.
Les Etats-Unis sont un endroit où les conséquences de la négligence sont immenses. Mais le fait de ne pas travailler à travers l’ambassade crée des difficultés, spécialement pour les communications. Si les gens de Al se font attraper aux Etats-Unis, ils sont emprisonnés comme espions. Ils n’ont pas d'immunité diplomatique. Le pire qui puisse arriver à un katsa dans une station normale, parce qu’il a l’immunité diplomatique, est l’expulsion. Officiellement, le Mossad a une station de liaison à Washington, mais rien d’autre.

{p. 271} Les Américains ne réalisent pas combien d’informations nous sont données à travers l’OTAN, des informations qui peuvent être manipulées pour présenter une image beaucoup plus vivante…
Les stations de Al, bien qu’étant en-dehors de l’ambassade, opèrent néanmoins comme des stations pour la plus grande part. Elles communiquent directement avec le QG de Tel-Aviv par téléphone, télex ou modem d’ordinateur. Elles n’utilisent pas de système de brouillage de communications, parce que même si les Américains ne pouvaient pas décoder les messages, ils sauraient qu’il y a une activité clandestine dans le voisinage, ce que le Mossad veut éviter. La distance est aussi un facteur.

{p. 276} Dans un pays où tout le monde sert dans l’armée, le service militaire est important. C’est pourquoi vous vous retrouvez avec un gouvernement qui est composé à 70% de généraux. Les gens ne semblent pas comprendre que cela n’est pas bon – avec
des gens dont les narines se dilatent à l’odeur de la poudre.

{p. 277} Au milieu de tout cela, le Mossad avait eu son premier contact avec les producteurs d’opium en Thaïlande. Les Américains tentaient d’obliger les fermiers à cesser de produire de l’opium et à faire pousser du café à la place. L’idée du Mossad était d’entrer là-dedans, de les aider à faire pousser du café, mais en même temps
de les aider à exporter de l’opium comme moyen de récolter de l’argent pour les opérations du Mossad.

{p. 286} Le Mossad ne reconnaît toujours pas l’existence de Al. A l’intérieur de l’Institut, on dit que le Mossad ne travaille pas aux Etats-Unis. Mais la plupart des gens du Mossad savent que Al existe, même s’ils ne savent pas exactement ce qu’elle fait. Le plus drôle de tout cela est que quand le LAKAM éclata avec l'affaire Pollard, les gens du Mossad disaient toujours : « Une chose est sûre. Nous ne travaillons pas aux Etats-Unis ».
{fin des citations}

Victor Ostrovsky, The Other Side of Deception
Editions Harper & Collins, New York 1994.
{p. 24} Jeudi 13 février 1986, 07:45
{p. 31} Vendredi 21 février
{p. 32} Il semblait que tout l’immeuble devenait fou. Tout le monde était à la recherche d’informations qui pourraient stopper les efforts du roi Hussein de Jordanie pour une initiative de paix…


La communauté juive américaine était divisée en une équipe d’action à trois niveaux. D’abord il y avait les sayanim individuels (si la situation avait été l’inverse et si les Etats-Unis avaient convaincus des Américains travaillant en Israël de travailler secrètement pour le compte des Etats-Unis, ils auraient été traités comme des espions par le gouvernement israélien). Ensuite il y avait l’important lobby pro-israélien. Il mobiliserait la communauté juive dans un effort forcené dans la direction que le Mossad lui indiquerait. Et enfin il y avait la B’naï B’rith. On pouvait faire confiance aux membres de cette organisation pour se faire des amis parmi les non-juifs et dénoncer comme antisémites tous ceux qu’ils ne pouvaient pas gagner à la cause israélienne. Avec ce genre de tactique un-deux-trois, rien ne pouvait nous résister.

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans MOSSAD

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