Sahnoune, l’agent algérien du Mossad

Publié le par Adriana Evangelizt

 

Sahnoune, l’agent algérien du Mossad

par Mouna Izddine

 

10 ans de prison ferme. C’est la peine dont a écopé l’Algérien Saïd Sahnoune pour espionnage au profit d’Israël. Un agent somme toute “ordinaire”, mais une première dans l’histoire de l’Algérie.

Une légère brise d’été souffle sur Tizi Ouzou. Immuable, le marabout de Sidi Belloua, du haut de sa montagne fleurie, veille sereinement sur la ville. Il se fait tard, mais la capitale culturelle de la Kabylie ne dort pas en ce samedi 7 juillet 2007. Et probablement Tizi Ouzou, à 110 kilomètres à l’Est d’Alger, est-elle la capitale tout court de l’Algérie ce soir-là. Probablement aussi que la cité du col des genêts n’avait jamais vu autant de caméras braquées sur elle depuis les sanglantes émeutes du Printemps Noir de 2001.

Non sans raison. Un procès à huis clos s’achève dans l’enceinte de son tribunal criminel. La Cour prononce finalement son verdict à l’encontre de l’espion du Mossad Saïd Sahnoune, 44 ans, originaire de la même ville. Dix ans de réclusion ferme pour « collecte et transmission au profit d’une puissance étrangère d'informations sensibles sensibles et confidentielles dont l’usage porte atteinte à l’économie et à la défense nationales ». Une première dans l’histoire de l'Algérie, qui n’avait jamais jusqu’alors condamné un de ses ressortissants pour espionnage en faveur d’Israël.

Des médias s’étonnent de l’acquittement du complice de Sahnoune, officier de la brigade judiciaire.

Le cas de ce “journaliste” entrera sans aucun doute dans les annales du pays. Mais pas forcément de la même façon pour tout le monde. Grand traître de la République et espion redoutable des services secrets israéliens pour les uns, petit agent ordinaire et aventurier sans intérêt pour les autres. Mais, dans sa majorité, la rue algérienne estime que la justice a été trop clémente envers Saïd Sahnoune. Quelques médias s’étonnent de l’acquittement du présumé complice de Saïd Sahnoune, Ali Touir, 31 ans, officier de la brigade judiciaire exerçant à la wilaya de Tizi Ouzou, soupçonné d’avoir fourni des informations d’ordre sécuritaire au premier accusé. Réactions divergentes mais sentiment commun d’un peuple blessé dans son orgueil...

Mais qui est véritablement Saïd Sahnoune? Force est d’admettre que beaucoup de pièces manquent au puzzle de son parcours, rajoutant à l’opacité du personnage.

Saïd Sahnoune dit avoir été journaliste dans différents pays africains, notamment la Côte d’Ivoire et le Bénin, pays où il aurait dirigé deux journaux, dont Le Matin, en Côte d’Ivoire. Pourtant, sa signature ne figure sur les archives d’aucune publication des pays précités, ni ailleurs. Introuvable également, le portrait de Yitzhak Rabin, chef du gouvernement israélien assassiné le 4 novembre 1995, qui aurait été, selon l’accusé, à l’origine de son premier contact avec l’ambassade israélienne à Abidjan. Ce qui porte à croire que Saïd Sahnoune usait davantage de cette profession comme couverture. Mais pourquoi et depuis quand?

Quoi qu’il en soit, Saïd Sahnoune affirme avoir conclu son contrat de travail effectif avec les services secrets israéliens à Bangkok, la capitale thaïlandaise, en 1996, avant d’effectuer une batterie de tests (détecteur de mensonges, contrôles psychologiques…) et deux stages de quinze jours à Tel-Aviv sur les techniques d'espionnage des secrets d’Etat. Sa mission: collecter des informations sur la sous-région du Maghreb et les pays africains plus globalement, moyennant une rémunération de 1.500 dollars par mois. C’est dans ce but qu’il s’est rendu à plusieurs reprises en Algérie et au Maroc notamment.

En 2001, Saïd Sahnoune rentre définitivement définitivement au bercail, où il soutient s’être fait recruter comme chargé de communication à l’ambassade d’Espagne à Alger tout en poursuivant ses missions sur commande pour le Mossad.

Comme exemple, Saïd Sahnoune rend compte de ses déplacements le long de la frontière algéro-marocaine pour observer le mouvement des troupes marocaines. Ou encore de sa filature réussie en Tunisie de Fayçal Farhat, un proche de l’ex-président palestinien, Yasser Arafat, décédé le 11 novembre 2004.

L’espion algérien a reconnu en outre avoir travaillé pour les renseignements espagnols, leur fournissant entre autres des informations sur des terroristes algériens, dont Arbadji, soupçonnés d’avoir participé aux attentats de Madrid du 11 mars 2004.

L’accusé a assuré qu’il faisait partie d’un vaste réseau d’espions arabes recrutés par le Mossad.

Décembre 2005, Saïd Sahnoune est finalement arrêté par les autorités marocaines à la frontière entre les deux pays alors qu’il ficelait un prétendu article sur l’immigration clandestine. En sa possession: des documents officiels sur la sécurité nationale algérienne, liées plus particulièrement à la situation en Kabylie. L’agent du Mossad est remis aux services de sécurité algériens, puis déféré devant le tribunal militaire de Blida (sud de l’Algérie).

Ce dernier, se déclarant incompétent en la matière, renvoie alors le dossier au tribunal criminel de Tizi Ouzou, le 17 janvier 2007. Lors de son interrogatoire, l'accusé a assuré qu’il faisait partie d’un vaste réseau d’espions arabes recrutés par le Mossad. Saïd Sahnoune serait-il l’arbre qui cache la forêt?❏

Sources Maroc Hebdo

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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