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Les Espions et le nucléaire

Dimanche 11 mars 2007 7 11 /03 /2007 22:52

Vanunu : Le Terrible Secret

par Uri Avnery

Le texte anglais de cet article, Vanunu : The Terrible Secret, peut être consulté sur le site de Gush Shalom : http://www.gush-shalom.org/

Dans l’obscurité d’une salle de cinéma, on entend une voix de femme : « Eh ! Enlevez vos mains de là ! Pas vous ! VOUS ! »

Cette vieille plaisanterie illustre la politique américaine concernant les armements nucléaires au Moyen-Orient. « Eh, vous là, Irak et Iran et Libye, arrêtez ! Pas VOUS, Israël ! »

Le danger des armes nucléaires a été le principal prétexte à l’invasion de l’Irak. L’Iran fait l’objet de menaces pour qu’il cesse ses activités nucléaires. La Libye a cédé et démantèle ses installations nucléaires.

Et qu’en est-il pour Israël ?

Cette semaine, il est devenu évident que les Américains sont totalement impliqués dans « l’option nucléaire » d’Israël.

Comment l’a-t-on appris ? Grâce à Mordechaï Vanunu, bien sûr.

Toute la semaine, on a assisté à un véritable festival autour du prisonnier libéré mercredi.

L’establishment sécuritaire n’a pas cessé de le harceler, même après ses 18 ans de prison dont 11 en isolement total - un traitement qu’il a lui-même qualifié à sa sortie de prison de « cruel et barbare ».

Après sa « libération », d’importantes restrictions lui ont été imposées (par exemple : il lui est interdit de quitter le pays, il est assigné à résidence dans une seule ville, il ne peut se rendre ni dans une ambassade ni dans un consulat, il ne peut pas parler à des citoyens étrangers). Tout cela aux termes des mesures d’urgence sous le mandat colonial britannique, mesures condamnées à l’époque par les dirigeants de la communauté juive en Palestine comme étant « pires que les lois nazies ».

Bien sûr, il n’y a là aucun désir de vengeance !

Les gens de la sécurité ont déclaré tous azimuts qu’il ne s’agit pas de se venger de la honte que Vanunu a infligée aux services de sécurité, qu’en aucun cas ce ne serait une persécution supplémentaire, mais qu’il s’agit seulement d’une exigence essentielle de sécurité. Vanunu ne doit pas quitter le pays ni parler à des étrangers et des journalistes, parce qu’il est en possession de secrets vitaux pour la sécurité de l’État.

Tout le monde sait bien qu’il n’a plus de secrets à révéler. Qu’est-ce qu’un technicien peut savoir après 18 ans de prison, années au cours desquelles la technologie a progressé à pas de géant ?

Mais, peu à peu, ce dont l’establishment sécuritaire a réellement peur devient clair. Vanunu est en mesure de mettre en lumière le partenariat étroit entre les États-Unis et Israël dans le développement des armements nucléaires de ce dernier.

Cela contrarie tellement Washington que l’homme responsable du « contrôle des armes » au Département d’État, le sous-secrétaire d’État John Bolton, est venu en personne en Israël à cette occasion. Vanunu, semble-t-il, peut faire un grand tort à la superpuissance. Les Américains ont peur d’apparaître comme la dame dans l’obscurité de la salle de cinéma.

(Au fait, le John Bolton en question est un fervent supporter du groupe de néo-cons sionistes qui joue un rôle central dans le théâtre de Bush. Il s’oppose au contrôle des armes aux États-Unis et dans ses satellites et a été installé au Département d’État contre l’avis du secrétaire d’État lui-même.)

Dans une brève intervention que Vanunu a pu faire aux médias juste à sa libération, il a fait une étrange déclaration : que la jeune femme qui a servi d’appât pour son enlèvement il y a 18 ans n’était pas un agent du Mossad comme on l’a dit en général, mais un agent du FBI ou de la CIA. Pourquoi était-il si urgent pour lui de divulguer cela ?

Dès le début, il y a eu quelque chose de bizarre dans l’affaire Vanunu.

J’ai d’abord pensé qu’il était un agent du Mossad. Tout convergeait dans cette direction. Comment peut-on expliquer autrement qu’un simple technicien ait pu introduire une caméra dans l’installation la plus secrète et la mieux gardée d’Israël ? Et prendre des photos apparemment sans difficultés ? Comment expliquer autrement la carrière de cette personne qui, étudiant à l’Université de Beer-Sheva, était bien connue comme appartenant à l’extrême gauche et passant son temps en compagnie de ses condisciples arabes ? Comment aurait-il pu autrement quitter le pays avec des centaines de photos ? Approcher un journal britannique et faire passer aux savants britanniques du matériel qui les a convaincus qu’Israël possédait 200 bombes nucléaires ?

Absurde, n’est-ce pas ? Mais tout s’explique si on admet que Vanunu a agi depuis le début pour le Mossad. Ses révélations au journal britannique non seulement n’ont causé aucun tort au gouvernement israélien, mais au contraire elles ont renforcé la dissuasion israélienne sans impliquer le gouvernement qui avait la possibilité de tout nier.

Ce qui est arrivé ensuite n’a fait que renforcer cette hypothèse. Alors qu’il est à Londres en train de faire ses révélations, sachant qu’une demi-douzaine de services secrets surveillent chacun de ses faits et gestes, Vanunu entame une relation avec une femme étrange, est séduit au point de la suivre à Rome, où il est enlevé et ramené en bateau en Israël. Comment peut-on être naïf à ce point ? Est-il croyable qu’une personne raisonnable tombe dans un piège aussi grossier ? C’est impensable. Cela veut dire que toute l’affaire n’était qu’une histoire bidon classique.

Mais par la suite, quand les détails sur les mauvais traitements quotidiens infligés à l’homme au cours des années sont devenus publics, j’ai dû abandonner cette théorie. Je me suis trouvé confronté au fait que nos services de sécurité étaient encore plus stupides que je ne le pensais (ce que je n’aurais pas cru possible) et que tout avait réellement eu lieu, que Mordechaï Vanunu était une personne honnête et idéaliste, bien qu’extrêmement naïve.

Je ne doute pas que sa personnalité ait été façonnée par son histoire personnelle. Il est le fils d’une famille nombreuse qui vivait bien au Maroc mais s’est retrouvée dans un « camp de transit » rudimentaire en Israël, avant de déménager à Beer-Sheva où elle a vécu dans la pauvreté. Malgré cela, Mordechaï a réussi à entrer à l’université et à obtenir une maîtrise - une grande réussite - mais il semble avoir souffert de l’attitude dominatrice et des préjugés de ses pairs ashkénazes. Sans aucun doute, cela l’a poussé vers l’extrême gauche, où de tels préjugés n’avaient pas cours.

Le groupe des « correspondants des services de sécurité » et autres commentateurs qui sont accrochés aux basques de l’establishment de la sécurité ont déjà répandu des histoires selon lesquelles Vanunu « imagine des choses », ses longues périodes d’isolement l’ayant conduit à « se convaincre de toutes sortes de fantaisies » et à « inventer toutes sortes d’histoires ». C’est-à-dire : l’American connection.

Sur cette toile de fond, on peut alors comprendre toutes ces restrictions qui, à première vue, ont l’air tellement stupides. Les Américains, semble-t-il, sont très ennuyés. Les services de sécurité israéliens doivent en tenir compte. Il faut empêcher par tous les moyens possibles que le monde entende de la bouche d’un témoin crédible que les Américains sont totalement impliqués dans le programme d’armes nucléaires d’Israël, alors qu’ils prétendent être le gendarme du monde pour la prévention de la prolifération nucléaire.

Et la dame a crié : « Pas vous ! VOUS ! »

Sources Confidentiel net

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt - Publié dans : Les Espions et le nucléaire
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Vendredi 13 juillet 2007 5 13 /07 /2007 16:23

ON sait à peu près ce qui se trame à Nès Tsiona, rien de propre. Un article suit pour éclairer la chose...


L'espion Klingberg autorisé à publier ses mémoires


par David Geller

Une nouvelle page méconnue des relations tumultueuses entre Israël et l'Union soviétique sera bientôt dévoilée au grand public. La censure israélienne a décidé d'autoriser la publication du livre autobiographique du plus célèbre espion soviétique arrêté en Israël, Marcus Klingberg.


La commission ministérielle chargée d'examiner la publication des mémoires des hauts fonctionnaires a entériné cette décision à l'issue d'un long débat sur ce dossier sensible. Parmi les personnes présentes à cette séance se trouvaient le ministre de la Justice Daniel Friedman, la directrice de la censure militaire ainsi que des délégués de Tsahal et du département chargé de la sécurité des informations au ministère de la Défense.


Le professeur Marcus Klingberg est monté en Israël en 1948 et s'est enrôlé peu après dans les services médicaux de Tsahal. En 1952 il commença à travailler au Centre de recherches biologiques de Nès Tsiona, chargé selon des sources étrangères de développer des armes biologiques et chimiques secrètes. Klingberg fut employé par dans ce centre jusqu'en 1975 et devint rapidement son directeur-adjoint. Durant toute cette période il collabora étroitement avec les services secrets soviétiques.


Le Mossad et le Shin Bet le soupçonnaient depuis les années 1960 d'être un espion russe mais ce n'est qu'en 1983 qu'ils parvinrent à trouver les preuves de ses agissements pour le compte du KGB. Après un long procès à huit clos Klingberg fut condamné à 20 ans de prison ferme. Les premiers détails de cette affaire ne furent néanmoins publiés pour la première fois qu'en 1991 suite aux requêtes répétées du quotidien Haaretz.


Aujourd'hui âgé de 89 ans Marcus Klingberg a écrit ses mémoires à Paris où il vit depuis sa libération en janvier 2003. L'ancien espion soviétique révèle dans cet ouvrage des faits inconnus ou niés au cours son interrogatoire. Klingberg raconte notamment que sa femme était au courant de sa mission pour le KGB et que sa collaboration avec les services soviétiques débuta dès son arrivée en Israël, en 1948, et non dès 1957 contrairement à ce qu'il avait affirmé à ses enquêteurs. La censure exige toutefois la suppression de quelques détails mentionnés dans ce livre avant d'autoriser définitivement sa publication.

Sources Arouts 7

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt - Publié dans : Les Espions et le nucléaire
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Vendredi 13 juillet 2007 5 13 /07 /2007 16:50

Alors quand on lit cet article, les choses sont plus claires et Klingberg aurait beaucoup à dire... vraiment.

 

Les mystères de Nes Ziona

Officiellement, l'Institut israélien de recherches biologiques de Nes Ziona n'existe pas. Officiellement, pendant dix longues années, Avraham Marcus Klingberg, son directeur adjoint, n'existait pas non plus. Le scientifique de renommée internationale, auteur de savants ouvrages et conférencier courtisé, s'était volatilisé, un matin de janvier 1983.

Il fallut attendre 1993 pour apprendre ce qui lui était arrivé. Arrêté pour espionnage au profit de l'ex-URSS, Marcus Klingberg fut jugé à huis clos, secrètement condamné à vingt ans d'enfermement et embastillé au pénitencier d'Ashkelon sous une fausse identité. Il fallut plusieurs appels de la presse israélienne auprès de la Cour suprême de l'Etat juif pour que le secret soit partiellement levé et que commence l' "affaire Nes-Ziona".

C'est une petite ville de banlieue, à 18 km au sud-est de Tel-Aviv. Lorsque Israël décide, quatre ans après sa fondation, en 1952, de se doter d'un centre de recherches sur les armes chimiques et biologiques, Nes-Ziona n'est encore qu'un gros bourg de quatre mille habitants. Aujourd'hui, c'est un faubourg, avec trente mille résidents. En 1998, inquiet pour la santé de ses concitoyens, le maire s'est opposé à l'agrandissement du complexe. Sans succès. Le complexe est placé depuis toujours sous le contrôle direct du premier ministre.

Que fabrique-t-on derrière les hauts murs parsemés de projecteurs et de censeurs électroniques qui cernent l'endroit ? Mystère. " Au moins quarante-trois types d'armements non conventionnels, des virus aux toxines de champignons en passant par les bactéries et les poisons de synthèse ", affirmait une enquête du Nouvel Observateur en janvier 1994.

Signataire, en 1993, de la convention internationale bannissant les armes chimiques, Israël – qui se refuse également à adhérer au traité de non-prolifération nucléaire – ne l'a finalement jamais ratifiée. Le contraire l'obligerait à révéler tous ses programmes et à détruire les armes. Pas question.

Les révélations en 1998 du quotidien israélien Ma’ariv, selon lesquelles au moins quatre personnes ont été tuées et vingt-cinq blessées dans des accidents de manipulation à Nes Ziona, sont niées. Il est pourtant une population qui n'ignore plus, elle, les dangers mortels que recèle Nes-Ziona. C'est celle de Bijlmer, un faubourg d'Amsterdam.

Au soir du 4 octobre 1992, un avion-cargo de la compagnie israélienne El-Al s'écrase sur la ville. Bilan : au moins 42 morts et des centaines de blessés. Israël s'excuse, paie les dommages, jure que l'avion ne contenait que des magnétoscopes et des parfums. Mais plus de 800 survivants de Bijlmer sont malades, certains perdent leurs cheveux, développent des cancers. Il faudra sept ans d'enquête et l'acharnement de la presse locale pour approcher la vérité. Le vol El-Al LY1862 transportait dix tonnes de produits chimiques divers, dont du diméthyl méthylphosphonate (DMPP), l'un des composants-clefs du gaz sarin. Fourni par une société américaine de Pennsylvanie (Solkatronic Chemicals Inc.), le produit était destiné au complexe de Nes-Ziona...

Article paru dans le Monde le 28 octobre 2002

Sources : GEOSTRATEGIE

Posté par Adriana Evangelizt

 
Par Adriana Evangelizt - Publié dans : Les Espions et le nucléaire
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Vendredi 13 juillet 2007 5 13 /07 /2007 18:37

C'est ce qui s'appelle de la désinformation pure de la part des renseignements de l'armée israélien. De la pure propagande sioniste. Déjà, l'Iran n'aura la bombe que dans 10 ans et tout le reste est à l'avenant. La seule chose dont on peut être sûr bien que ces menteurs disent le contraire c'est qu'ils ont l'intention d'attaquer et l'Iran et la Syrie.

Quelles prévisions de Guerre avec la SYRIE et l'IRAN

selon les services d'espionnage de TSAHAL ?

Prévisions des renseignements militaires. La presse publie ce matin plusieurs prévisions élaborées par les renseignements militaires israéliens. Pour les renseignements militaires, écrit le Haaretz, le programme nucléaire iranien est la principale menace qui pèse sur Israël à l’heure actuelle. Selon leurs prévisions, Téhéran pourrait obtenir l’arme nucléaire dès 2009, même s’il est plus probable que cela n’ait pas lieu avant 2010. De même, estiment-ils, le régime iranien est stable et ne devrait pas subir de bouleversement dans un avenir proche.

En ce qui concerne la Syrie, ajoute le Yediot Aharonot, Tsahal estime que, d’une part, elle est prête et continue à se préparer à la guerre, mais que, d’autre part, elle n’a pas l’intention de prendre une telle initiative. Bien que les deux camps ne désirent pas la guerre, on craint que des éléments extérieurs ne mènent à l’escalade et c’est pourquoi, Israël suit jour après jour l’état de préparatifs en Syrie. Quoi qu’il en soit, les renseignements militaires estiment que même si une guerre éclate, il n’y aura pas de divisions syriennes sur le plateau du Golan mais ce sera une guerre semblable à celle de l’été dernier au Liban, avec cependant dix fois plus de missiles tirés vers des sites sensibles et stratégiques en Israël.

Parallèlement, affirment les renseignements militaires, la Syrie continue à fournir des armes au Hezbollah. Au cours de l’année passée, des dizaines, voire des centaines de missiles, ont été remis à l’organisation. En outre, la collaboration entre les Iraniens, les Syriens et le Hezbollah s’est faite plus étroite durant cette année. En effet, les réserves pétrolières syriennes seraient en train de se vider, ce qui accroît sa dépendance vis-à-vis de l’Iran. On estime par conséquent qu’il sera plus difficile à l’avenir de défaire le lien entre les deux pays.

Concernant le Hezbollah, l’armée estime que l’organisation ne cherche pas pour l’heure de nouvel affrontement avec Israël et qu’elle est encore en train de remettre ses forces sur pied au nord du Litani, dans la Bekaa, où se trouve le soutien logistique, et à Beyrouth, où siège le commandement de l’organisation. Le Hezbollah, qui a perdu près de six cents combattants durant la guerre (près d’un dixième de ses effectifs), aurait du mal à recruter et se verrait obligé de faire appel à des enfants de quatorze ou quinze ans. Les renseignements militaires estiment aussi qu’au sud du Litani, là où se trouvent les forces de la FINUL et de l’armée libanaise, sont également présents des combattants du Hezbollah, mais qu’ils ne circulent pas en uniforme et ont beaucoup de difficultés à agir.

Source: Revue de Presse Amb. de France

Sources
Israel Valley

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt - Publié dans : Les Espions et le nucléaire
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Dimanche 28 octobre 2007 7 28 /10 /2007 14:54

Il y a quarante ans, la guerre des six jours

Erreurs tactiques, choc de stratégies

par Henry Laurens

Juin 2007


Professeur au Collège de France, auteur, notamment, de La Question de Palestine. Le troisième tome, L’Accomplissement des prophéties, 1947-1967, paraît en juin chez Fayard, Paris.

Au début de l’année 1967, les observateurs et un certain nombre d’« experts » – catégorie si mal définie – ne prévoient pas de risque majeur de reprise d’un conflit armé entre Arabes et Israéliens. Certes, depuis 1964, la tension n’a cessé de monter en raison du « détournement » du Jourdain par Israël et du « contre-détournement » des affluents du fleuve par la Syrie, théoriquement soutenue par le Liban et par la Jordanie. Mais ces derniers n’avaient fourni qu’un appui verbal, et des bombardements israéliens ont contraint Damas à suspendre ses travaux préliminaires.

Il est vrai aussi que la République arabe unie (RAU) (1) de Gamal Abdel Nasser et Israël se livrent à une course aux armements qui pèse très lourdement sur leurs économies. Mais tout laisse à penser que les Israéliens surestiment publiquement la menace égyptienne afin d’obtenir leurs premières livraisons importantes de matériel de guerre américain et une garantie de sécurité en cas d’attaque arabe.

La supériorité militaire évidente d’Israël et la division régnant dans le monde arabe en pleine guerre froide entre « progressistes » et « conservateurs » (réactionnaires, selon les termes des premiers) amènent les experts à juger que, si la paix est impossible, la guerre semble improbable, selon la formule consacrée.

Trois grandes explications vont être apportées à la crise – fort courte, puisqu’elle se déploie entre le 13 mai et le 4 juin 1967 – qui conduira au conflit armé. Selon la première, presque universelle à l’époque, l’Egypte aurait la volonté de détruire l’Etat d’Israël, conduite irrationnelle étant donné le rapport de forces. Selon la deuxième, quasi symétrique, le gouvernement israélien aurait tendu un piège et aurait réussi à manipuler tout aussi bien les Etats occidentaux que les régimes arabes afin de se trouver dans la meilleure situation diplomatique possible pour se lancer dans la seconde phase de l’expansion sioniste. Comme toute interprétation en termes de complot, celle-ci présuppose une formidable intelligence chez un acteur, le manipulateur, et un déficit équivalent chez tous les autres. La troisième explication évoque plutôt une responsabilité partagée à la suite de toute une série d’erreurs de calcul de la part des protagonistes.

La renaissance politique palestinienne, consacrée par la création de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1964, et les premières opérations militaires du Fatah en 1965 constituent alors des facteurs nouveaux. Prenant au pied de la lettre les déclarations bellicistes des gouvernements arabes, les responsables palestiniens veulent visiblement les forcer à entrer en guerre.

Le début de la lutte armée palestinienne, même si ses résultats peuvent paraître minimes – une quinzaine de tués israéliens, pour la plus grande part des militaires, entre le 1er janvier 1965, date de la première opération du Fatah, et le 5 juin 1967 –, marque la première remise en cause de la victoire de 1948-1949, définie par les responsables israéliens comme un casus belli. Dans sa dérive activiste et gauchisante, le Baas syrien, arrivé au pouvoir en 1963, apporte son aide aux Palestiniens et conteste à son tour le fait accompli le plus fragile, parce que le moins admis par la communauté internationale : celui de la souveraineté israélienne sur la zone démilitarisée entre les deux pays (2). En est résulté ce que les historiens ont appelé postérieurement le « syndrome syrien » de la politique militaire d’Itzhak Rabin, alors chef d’état-major de l’armée, c’est-à-dire une politique agressive destinée à consacrer les avancées israéliennes dans la zone démilitarisée et à forcer Damas à abandonner son soutien à la lutte armée palestinienne.

La propagande de la radio de Nasser
se retourne contre l’Egypte

Rabin ne cherche pas alors une nouvelle guerre israélo-arabe. Il pense qu’une simple démonstration de force, accompagnée d’un accord tacite de Washington, suffira à imposer sa volonté à une Syrie abandonnée par l’Egypte. Les plans de son état-major sont fondés sur une doctrine qui consiste à porter immédiatement la bataille sur le territoire de l’ennemi. La vision se veut purement « technique », le territoire israélien se prêtant mal à une action défensive. Il en découle qu’en cas de capture de territoires arabes il n’y aura pas de rétrocession sans paix complète et que, de toute façon, les lignes d’armistice devront être modifiées (on devine dans quel sens). Rabin et l’état-major ont défini, devant le premier ministre Levi Eshkol, le périmètre idéal assurant définitivement la sécurité d’Israël : le Litani, la vallée du Jourdain, le canal de Suez. Eshkol n’a pas manifesté d’enthousiasme, sauf pour le Litani en raison de la question, déjà urgente, des ressources en eau. Tous sont convenus qu’un tel programme était irréalisable en l’absence d’un soutien international.

En 1956 en effet, lors de la crise qui a suivi la nationalisation de la Compagnie du canal de Suez par Nasser, les Etats-Unis s’étaient montré des protecteurs vigilants du statu quo territorial et avaient exigé que l’armée israélienne évacue Gaza. Depuis, ils n’ont accordé leur aide grandissante qu’en fonction du respect de ce statu quo. Le problème ne réside donc pas dans la capacité de l’armée de conquérir de nouveaux territoires, mais dans celle de l’Etat de les conserver.

Deux actions militaires israéliennes précèdent directement la crise de mai-juin 1967 : le raid sur le village cisjordanien de Samu, le 13 novembre 1966, destiné à « punir » des villageois pour l’aide accordée au Fatah ; et le combat aérien entre Israéliens et Syriens du 7 avril 1967 (six chasseurs Mig sont abattus par des Mirage), qui avait pour but d’humilier le régime de Damas. La première persuade le roi Hussein qu’Israël a la volonté de détruire son royaume afin de s’emparer de la Cisjordanie, et la seconde met en lumière l’inaction de l’Egypte nassérienne.

Avec un soutien plus ou moins ouvert de leur gouvernement, les militaires israéliens jouent la stratégie de la tension, sans vouloir aller jusqu’à la guerre. Ils n’hésitent pas à menacer le régime baasiste de nouvelles actions radicales. Dans ce contexte, l’Union soviétique prévient Damas et Le Caire, le 13 mai 1967, d’une invasion prochaine de la Syrie par l’armée israélienne. L’inquiétude de Moscou semble fondée sur les informations obtenues, et qui concernent cette stratégie de la tension. L’absence de concentrations militaires à la frontière ne prouve rien, Israël ayant la capacité d’opérer très rapidement la mobilisation de ses forces.

Dès le 14 mai, l’armée égyptienne se déploie dans le Sinaï. Son action peut être comprise comme étant de nature dissuasive. Mais Nasser agit à la fois en fonction du jeu politique arabe – isoler la Jordanie pour la contraindre à basculer du camp saoudien vers le camp égyptien – et avec l’objectif d’éliminer les traces de l’agression de 1956. Cela le conduit à demander, le 15 mai, le départ des casques bleus de la frontière internationale. L’Organisation des Nations unies (ONU) décide alors le retrait total de ses forces du Sinaï et de la bande de Gaza : privées de l’accord du Caire, celles-ci deviendraient juridiquement des forces d’occupation.

Israël assiste impuissant à la perte d’un de ses gains les plus importants de la guerre de 1956 (3). Plus grave encore, le 17 mai, deux avions de reconnaissance égyptiens passant par la Jordanie ont survolé, sans avoir été interceptés par l’aviation israélienne, la centrale nucléaire de Dimona, prouvant ainsi la vulnérabilité de celle-ci – qui, il est vrai, n’est pas très loin de la frontière. La conviction des responsables israéliens est qu’une opération aérienne « préventive » contre leurs installations nucléaires rencontrerait une certaine compréhension, voire une large approbation internationale. Cette préoccupation va perdurer jusqu’au bout de la crise et provoquer le premier rappel de réservistes. Loin d’assurer une dissuasion, le programme nucléaire sera un facteur essentiel dans la marche à la guerre.

Le pas suivant – la fermeture, le 22 mai, du détroit de Tiran, qui sépare le golfe d’Akaba de la mer Rouge – est effectué par Nasser, toujours désireux de revenir à la situation antérieure à la crise de Suez. Le Raïs est prêt à prendre le risque de la guerre et pense que son armée a les moyens d’affronter l’ennemi si celui-ci attaque. Certains de ses responsables militaires envisagent même une opération dans le Néguev destinée à établir la liaison avec la Jordanie, mais Nasser y oppose son veto. Publiquement, il met sur le même plan Israël, l’impérialisme et la « réaction » (les monarchies saoudienne et jordanienne, le chah d’Iran).

Nasser, ce faisant, sous-estime la puissance militaire de l’adversaire : pour lui, Israël ne peut attaquer que s’il dispose d’une aide étrangère et, d’autre part, ne peut mener une guerre sur deux fronts. Or aucune puissance européenne, estime-t-il, ne la lui fournira, pas plus que les Etats-Unis empêtrés dans la guerre du Vietnam. L’Egypte a les moyens de ses ambitions, car elle dispose d’une dissuasion suffisante pour décourager toute attaque. Son leader ne comprend pas qu’Israël n’a besoin que du soutien politique (et non de la participation militaire) des Etats-Unis et du Royaume-Uni.

La propagande du Caire se déchaîne contre Israël, l’impérialisme et la réaction. La Jordanie est la première à se rallier à Nasser, dont la popularité, après le 22 mai, est à son zénith. En même temps, le rusé calculateur qu’il est ne prend pas en compte les risques induits par la propagande. Il lui est difficile de s’en tenir à un succès, réel mais limité. Son discours malgré tout mesuré (il ne parle pas d’action offensive) est recouvert par ses propres organes radiophoniques. Sa radio, La Voix des Arabes, parle de liquidation totale de l’Etat d’Israël, de son imminente destruction, et les autres organes arabes reprennent ce discours, résumé en Occident par une formule qui n’a jamais été utilisée : « Jeter les Juifs à la mer. » Si Nasser veut simplement en revenir à la situation d’avant 1956, sa propagande, elle, parle d’avant 1948.

Israël espère achever ce que sa guerre d’indépendance n’a pas réalisé :
la conquête de la Cisjordanie

Pris totalement par surprise, les militaires israéliens poussent leur gouvernement à prendre l’initiative de la guerre. Leurs services de renseignement sont incapables de prévoir la suite pour la simple raison que la direction égyptienne improvise en permanence, parfois de façon contradictoire. Eshkol veut s’en tenir à une action diplomatique. La presse israélienne évoque un « nouvel Holocauste », créant ainsi une atmosphère de catastrophe imminente.

La décision d’envoyer le ministre des affaires étrangères Abba Eban à Paris et à Washington retarde la prise de décision. Le général de Gaulle, lui, affirme qu’il s’opposera à quiconque prendrait l’initiative des hostilités. Londres et Washington considèrent la fermeture du détroit de Tiran comme une agression, mais ne veulent pas d’une guerre. Les deux capitales envisagent une démonstration navale internationale pour marquer la liberté de passage dans le golfe d’Akaba : les « régates de la mer Rouge ». Le président Lyndon Johnson fait passer le message qu’« Israël ne sera pas seul, à moins qu’il décide d’agir seul » (« Israel will not be alone unless it decides to go alone », 26 mai 1967) et demande un délai pour trouver une solution politique.

Diplomatiquement, l’Union soviétique, bien que n’étant pas consultée, appuie la politique de Nasser. Le Kremlin demande seulement aux Egyptiens d’agir avec prudence et de ne pas engager les hostilités. Toutes ces adjurations confirment, aux yeux de Nasser, la force de sa position et le poussent à consacrer le nouveau rapport de forces dans le Sinaï et à profiter au maximum de la situation pour mettre en déroute le « camp de la réaction ». Pas question de revenir en arrière : ce serait un revers majeur pour les forces progressistes. Ces dernières ont gagné la guerre de propagande, rendant impossible, pense-t-il, une intervention militaire américaine qui provoquerait l’embrasement de la totalité de la région et l’effondrement des régimes liés à l’Occident. Il ne reste qu’à attendre que la Jordanie capitule et que l’Arabie saoudite suive, isolant complètement l’Iran. L’enjeu n’est plus le Sinaï, mais l’ensemble de la péninsule arabique avec ses ressources pétrolières.

Le Caire rejette toutes les initiatives de solution politique qui comprendraient la reprise de la navigation israélienne dans le golfe d’Akaba. Londres et Washington se rendent compte de l’impossibilité de réaliser concrètement les « régates de la mer Rouge ». Le risque est d’en arriver à la fermeture du canal de Suez, à l’arrêt de l’approvisionnement en pétrole et au retrait par les pays arabes de leurs avoirs en livres sterling – ce qui entraînerait l’effondrement de la monnaie britannique. Du coup, la question change de nature : il s’agit désormais de savoir lequel des deux blocs (nous sommes alors en pleine guerre froide entre l’Occident et le « camp socialiste ») aura le contrôle du Proche-Orient et de ses ressources pétrolières et financières. Une intervention militaire, même symbolique, des deux puissances anglo-saxonnes profiterait essentiellement aux Soviétiques.

La dissuasion nassérienne fonctionne admirablement, mais elle reste fondée sur la sous-estimation de la force militaire d’Israël, bien plus puissant qu’en 1956. Avec une totale irresponsabilité, les dirigeants égyptiens refusent de prendre en compte l’effet de leurs déclarations sur les opinions publiques occidentales et internationales.

Alors que Nasser radicalise son discours, le haut commandement israélien accentue ses pressions sur le gouvernement. Alors commandant d’une division, le général Ariel Sharon va jusqu’à envisager verbalement un coup d’Etat militaire. L’alignement total de la Jordanie sur la RAU précipite les événements, d’autant que l’Arabie saoudite est contrainte de suivre. Israël paraît totalement encerclé par une coalition arabe. Le pire cauchemar de ses stratèges.

Eshkol doit céder le 1er juin. Il forme un gouvernement d’union nationale. Moshe Dayan devient ministre de la défense et le chef de la droite, Menahem Begin, ministre sans portefeuille. Ce sont des partisans avoués de l’expansion territoriale. Outre la survie, il est aussi question d’achever ce que la guerre d’indépendance n’avait pu réaliser, notamment la conquête de la Cisjordanie.

Ayant abandonné l’espoir d’une solution diplomatique, l’administration américaine est prête à laisser Israël agir tout en s’en démarquant pour ne pas être compromise aux yeux des Arabes. Le 31 mai, le chef du Mossad – les services de renseignement israéliens –, Meir Amit, arrive à Washington pour discuter de la situation. Le lendemain, il rencontre le secrétaire à la défense Robert McNamara et le chef de la Central Intelligence Agency (CIA). Il sait parler aux Américains et adapte leur « théorie des dominos » au Proche-Orient : si Nasser l’emporte dans cette manche, toute la région jusqu’à la frontière soviétique basculera sous domination arabe. Israël a besoin d’un engagement américain à long terme et d’une protection immédiate contre une éventuelle interférence soviétique. Ses interlocuteurs marquent clairement qu’ils partagent cette analyse.

Pour sauver l’Arabie saoudite, Washington autorise tacitement Tel-Aviv à entrer en guerre

Dans les premiers jours de juin, plusieurs canaux transmettent ce message. Dans un télégramme circulaire aux ambassades américaines dans le monde arabe daté du 3 juin, le secrétaire d’Etat Dean Rusk explique la position de son administration : il n’y a plus de place pour une solution raisonnable face à la psychologie de « guerre sainte » des Arabes et à son équivalent israélien, la « psychologie de l’Apocalypse ». Les Etats-Unis ne peuvent plus encourager Israël à la « retenue » dans ce que ce dernier considère comme la défense de ses intérêts vitaux. Les Arabes comme les Israéliens sont confiants dans le sort des armes. Quelqu’un a donc commis une erreur majeure de calcul.

Le 4 juin, Walter Rostow, conseiller du président américain, envisage l’avenir dans un mémorandum. Il utilise toutes les précautions rhétoriques nécessaires afin de poser la guerre et la victoire israélienne comme des hypothèses. Les Arabes modérés, c’est-à-dire virtuellement tous les Arabes qui craignent l’expansion de Nasser, préfèrent le voir abattu par les Israéliens plutôt que par des forces extérieures. De nouvelles potentialités s’ouvriraient alors : la modération s’établira au Proche-Orient, dont les Etats mettront l’accent sur le développement économique, la collaboration régionale. Plus, si une solution est trouvée au problème des réfugiés palestiniens, Israël sera accepté comme partie intégrante de la région. On est en face d’une transition historique de transformation de la région. Ayant reçu toutes les assurances nécessaires de Washington, Israël n’a plus besoin d’attendre. La décision finale est prise par le gouvernement ce 4 juin 1967.

La guerre de juin 1967 est bien née d’erreurs de calcul de la part de toutes les parties. Le terme apparaît à de nombreuses reprises dans la documentation disponible. La confusion juridique des arrangements de 1957 concernant la libre circulation dans le golfe d’Akaba et le détroit de Tiran a rendu difficiles la définition du casus belli comme la définition de l’agresseur – celui qui impose le blocus et celui qui tire le premier ? Du côté arabe, le moteur des événements a été la guerre froide opposant la RAU à l’Arabie saoudite, plus que le conflit israélo-arabe. Par leur rhétorique et leur attitude, les pays arabes se sont placés dans la plus mauvaise situation par rapport à l’opinion publique internationale.

Entamé sous la présidence de John F. Kennedy, le rapprochement militaire israélo-américain a accentué la radicalisation des positions, faisant admirablement fonctionner la rhétorique de la disqualification assimilant l’impérialisme, la réaction et le sionisme. C’est pour sauver l’Arabie saoudite que les Etats-Unis autorisent tacitement Israël à entrer en guerre. Ceux qui, à Washington, envisagent – déjà ! – une sorte de « nouveau Moyen-Orient » le font dans le cadre de changements de régime, mais dans le respect de l’intégrité territoriale des Etats existants. Ils donnent ainsi raison aux discours des progressistes arabes, qui ont toujours dénoncé ce type de complots occidentaux, mais ils s’illusionnent sur leur capacité de faire respecter l’ordre territorial après une occupation militaire.

Si la perspective d’un agrandissement territorial n’est pas à l’ordre du jour au début de 1967, juridiquement, Israël n’a jamais renoncé à l’intégralité de la Palestine mandataire. Certains en parlent encore. Beaucoup y pensent toujours. Personne ne veut voir que la renaissance politique palestinienne, accélérée par la guerre, va inexorablement ramener le conflit à sa dimension première, la lutte des deux peuples revendiquant la Terre sainte.

(1) La République arabe unie a été créée en 1958 par la fusion de l’Egypte et de la Syrie. Un coup d’Etat à Damas a mis fin à l’expérience en 1961. Mais l’Egypte a gardé ce nom jusqu’en 1971.

(2) Un armistice a été signé entre Israël et la Syrie le 20 juillet 1949 et a défini deux zones démilitarisées à la frontière entre les deux pays. La question de la souveraineté sur ces zones est laissée en suspens.

(3) A l’issue de la guerre de 1956, des observateurs de l’ONU se sont installés à Gaza et à Charm El-Cheikh et garantissent la liberté de circulation dans le golfe d’Akaba (notamment vers le port d’Eilat).

Sources Le Monde Diplomatique

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt - Publié dans : Les Espions et le nucléaire
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Dimanche 28 octobre 2007 7 28 /10 /2007 15:10

Stratégie du secret

Le « flou nucléaire » israélien

par Joseph Algazy


Journaliste, Tel-Aviv

Deux chercheurs israéliens, Avner Cohen et Yoel Cohen, viennent de publier chacun un livre qui traite du « flou nucléaire » considéré comme un élément stratégique de la politique israélienne. L’un et l’autre soulignent que leur livre a été, avant publication, « traité » par la censure et que, comme il est d’usage dans ce pays, ils sont contraints d’affirmer que certaines informations sont fondées sur des sources étrangères.

La principale thèse d’Avner Cohen (1) est l’existence d’une « sainte trinité » du nucléaire israélien : le flou comme politique officielle, la censure comme pouvoir coercitif et le tabou comme attitude sociale. Non seulement cette « sainte trinité » a renforcé le secret sur la question, mais elle a légitimé l’absence de tout débat public. A partir du moment où Israël a eu recours au mensonge pour défendre ses secrets nucléaires vis-à-vis de l’étranger, il en a fait autant avec ses citoyens, y compris les membres de la Knesset, et même le gouvernement.

Avner Cohen le constate à juste titre : Israël est actuellement le seul des huit Etats disposant de l’arme nucléaire à maintenir le plus grand flou sur cette capacité. Paradoxalement, même les révélations de Mordehai Vanunu, un ancien technicien de Dimona, sur le programme nucléaire militaire d’Israël dans le Sunday Times (2), il y a près de vingt ans, n’ont rien changé.

Dans la première partie de son livre, Avner Cohen démonte méticuleusement le système utilisé par l’establishment israélien pour maintenir ce flou, à l’extérieur comme à l’intérieur. Il raconte ainsi les difficultés qu’il a personnellement rencontrées pour avoir – vainement – tenté, dans les années 1990, de faire connaître dans son pays le résultat de ses recherches sur le nucléaire en Israël. Après avoir publié aux Etats-Unis, en 1998, un livre intitulé Israël et la Bombe (3), il a été menacé d’arrestation et n’a pas osé, plusieurs années durant, rentrer chez lui. A son retour, en 2001, il fut soumis à de longs interrogatoires : certains organes de sécurité l’accusaient d’« espionnage grave ».

Selon Avner Cohen, le « grand symbole » du grand tabou israélien, c’est la centrale nucléaire de Dimona. Quant à son « petit symbole » – l’Institut biologique de Ness Ziona –, l’auteur en traite, avec des pincettes, dans la dernière partie de son ouvrage. Il évoque en particulier l’affaire Marcus Klingberg. Ce professeur, qui y travaillait, fut arrêté en 1983, jugé à huis clos et condamné pour haute trahison et grave espionnage pour le compte de l’Union soviétique à une peine de vingt années de prison. Son arrestation, son procès, sa condamnation, et même son existence, furent, pendant une dizaine d’années, l’objet du secret le plus total. Gravement malade, Klingberg a été libéré de prison en 1998, mais soumis à un sévère système de restrictions, y compris d’assignation à domicile. Après avoir dû vivre sous haute surveillance, il a enfin pu quitter le pays au début de 2003 pour s’installer en France. Avner Cohen conclut ce chapitre en affirmant qu’au « flou nucléaire » s’ajoute, en Israël, un « flou chimique-biologique »...

Pour sa part, Yoel Cohen consacre la majeure partie de son livre (4) à l’affaire Vanunu. Arrêté et condamné à dix-huit années de prison pour avoir fourni des informations sur Dimona, Mordehai Vanunu a été libéré, après avoir purgé l’intégralité de sa peine, le 21 avril 2004. Le livre comporte un entretien avec lui et, pour la première fois, cite de longs extraits des protocoles de son procès – y compris des témoignages de hauts responsables des services de sécurité d’Israël et de l’ancien premier ministre Shimon Pérès. Le dirigeant travailliste est considéré aussi bien en Israël qu’à l’étranger comme le « père du nucléaire israélien ». A la question de savoir si les révélations de Vanunu n’avaient pas renforcé la capacité dissuasive d’Israël, il aurait répondu, lors d’un briefing de presse : « Je ne sais pas – au moins pas dans un cadre ouvert... »

Tel-Aviv n’a jamais reconnu les faits dénoncés par le technicien de Dimona, et notamment son enlèvement en Italie par les services secrets de son pays, puis son transport manu militari en Israël. Or le juge d’instruction italien Dominici Sicca, après enquête, a conclu en juin 1998 que Vanunu avait en réalité collaboré avec le Mossad afin de rendre publique la capacité nucléaire d’Israël. L’intéressé nie catégoriquement cette allégation. A Yoel Cohen, il a répondu : « La bombe ne dissuade pas. Eux [les autorités israéliennes] la détiennent pour ne pas faire la paix. »

Ce qui frappe enfin, dans le livre d’Avner Cohen comme dans celui de Yoel Cohen, c’est la complaisance et l’hypocrisie des gouvernements des Etats-Unis comme des pays de l’Union européenne à l’égard de l’activité nucléaire d’Israël.

(1) Avner Cohen, Le Dernier Tabou. Le secret de la situation nucléaire d’Israël et ce qu’il faut en faire (en hébreu), Kinneret, Zmora-Bitan, Dvir, Or Yehouda, Israël, 2005, 334 pages, 78 shekels.

(2) Sunday Times, Londres, 5 octobre 1986.

(3) Avner Cohen, Israel and the Bomb (en anglais), Columbia University, New York, 1998, 470 pages, 70 dollars (édition de poche en 1999, 478 pages, 21,95 dollars).

(4) Yoel Cohen, Le Guetteur de Dimona. Vanunu, Israël et la bombe (en hébreu), Editions Babel, Tel-Aviv, 2005, 416 pages, 98 shekels.

Sources Le Monde Diplomatique

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