Alors, après maintes investigations, le Mossad s'est trouvé forcé d'avouer que cet homme avait réellement existé. Les services israéliens auraient soupçonné sa présence, tenté de le repérer, mais toujours en vain. Il s'était parfaitement adapté à la société israélienne et avait envoyé des informations sensibles à la direction égyptienne. Ezra Hareil, chef du Mossad, avait dit : « On avait senti une infiltration égyptienne dans notre appareil sécuritaire, mais on n'a jamais douté de Jack Pitoun ».
Pitoun, qui faisait alors partie de la haute société israélienne, n'était en réalité que Réfaat Al-Gammal, un Egyptien né en 1926 à Damiette. Bien formé par les renseignements égyptiens sur les méthodes de l'espionnage, Réfaat, âgé de 28 ans, est arrivé en Israël en 1955, utilisant ainsi un faux passeport portant le numéro 1 446 742, émis à Tel-Aviv. Il s'est donc fait passer pour un juif égyptien né à Mansoura en Egypte. Après avoir créé une société de tourisme pour couvrir ses activités, Réfaat avait réussi à gagner la confiance de tous ceux qui l'entouraient.
Dans les années 1980, le Jérusalem Post a fini par reconnaître que Pitoun avait réussi à tromper les appareils de renseignements israéliens et avait envoyé au Caire des informations très importantes sur les préparatifs israéliens pour l'attaque de juin 1967 et de la guerre d'Octobre 1973. Le journal avait même révélé qu'il avait connu des secrets très stratégiques en établissant des relations étroites avec nombre de dirigeants politiques et militaires israéliens comme Golda Meir, Ezer Weizeman et Moshé Dayan. Ce dernier lui avait même proposé un jour un portefeuille ministériel. Mais Réfaat ayant peur que le Shin Beth (Sécurité intérieure) ne dévoile sa personnalité, a préféré décliner l'offre.
La vie de Réfaat Al-Gammal a fait l'objet d'un feuilleton à la télévision égyptienne dans les années 1980. Sous le titre de Raafat Al-Haggane. Après sa diffusion, l'Observer avait écrit : « L'histoire d'Al-Haggane vient de jeter la lumière sur la guerre des renseignements au Proche-Orient. On avait imaginé que le Mossad maîtrisait cette guerre. Mais Al-Haggane était un génie égyptien qui a réussi à réaliser les objectifs de son pays et à mourir de mort naturelle sans être démasqué ».
Mais il était, sans doute, très difficile pour le Mossad de s'avouer vaincu dans cette guerre des renseignements. Les services israéliens ont ainsi assuré que ce n'était qu'un agent double, expliquant que le Mossad l'avait arrêté et s'était entendu avec lui afin de fournir à l'Egypte des informations fausses, notamment pendant la guerre de 1967.
La plus récente tentative israélienne à cet égard est le livre Les Espions publié récemment et rédigé par deux écrivains israéliens. Ceux-ci essayent dans ce livre de déformer le rôle héroïque de Réfaat et de porter atteinte aux services égyptiens. Ils écrivent ainsi : « Réfaat, qui est célébré en Egypte comme un héros national, n'est en réalité qu'un agent double qui a servi Israël plus que l'Egypte ».
Les spécialistes égyptiens restent pourtant formels et évoquent les renseignements précieux qu'il a transmis à l'Egypte en différentes occasions, notamment certains secrets sur la ligne Bar Lev, établie sur la rive-est du Canal de Suez par Israël, et qui ont permis aux forces égyptiennes de la démanteler.
Sourcs : http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2003/8/13/doss2.htm

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