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  • : Les services secrets israéliens sont très performants mais surtout présents dans de nombreux pays du monde. Le Mossad est l'auteur de nombreux coups fourrés visant à déstabiliser les pays du Moyen-Orient. C'est le bras armé des instances sionistes qui oeu
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espionnage

Samedi 23 juillet 2005 6 23 /07 /2005 00:00

LA VOIX DE LEURS MAÎTRES

par Uri AVNERY

Il n'y a personne qui ressemble aux Britanniques. Si on considère les choses pour lesquelles ils s'enflamment. Il leur est arrivé quelque chose de terrible. Leur Premier ministre leur a menti ! Le pays entier en est bouleversé. Et - quelle horreur! - les services secrets se sont arrangés pour que ce qu'ils trouvaient corresponde aux déclarations de leur patron politique. Ahurissant ! En Israël, aux États-Unis et dans la plupart des pays du monde, cela aurait à peine mérité un paragraphe dans une page intérieure. Le Premier ministre a menti ? Et alors, quelle autre nouvelle ?

Au contraire, si le Premier ministre était pris à dire la vérité, c'est cela qui, aujourd'hui, devrait faire sensation. Quoi, il a dit la vérité ? Le Premier ministre ? Que se passe-t-il ? Que lui arrive-t-il ?

Et les services secrets ? Dans les contes pour enfants, les espions risquent leur vie pour découvrir des secrets et sauver leur pays.

C'est merveilleux! Et quel dommage que cela ait si peu à voir avec la réalité.

Les services secrets bien sûr recherchent des faits, mais surtout les faits qui conviennent aux politiques. Ils soumettent des rapports aux gouvernements, mais malheur au chef de service dont le rapport ne se conforme pas à leur programme. En bref, il n'y a pas un seul rapport des services secrets qui ne soit fait pour convenir au pouvoir, quel qu'il soit, qui ne triture pas les faits ou qui ne soit pas un simple mensonge.

Cela explique les échecs répétés des services dans presque tous les pays et dans presque toutes les situations d'urgence.

Quelques exemples fameux devraient suffire :

Un communiste allemand nommé Victor Sorge, qui espionnait au Japon, a fourni aux services secrets soviétiques en 1941 un rapport détaillé sur l'attaque allemande imminente contre l'Union soviétique, avec l'heure exacte à la minute près. Staline a refusé de croire ce rapport et a menacé d'envoyer en Sibérie tout agent de renseignement qui émettrait de telles absurdités. Résultat, des centaines de milliers de soldats de l'Armée Rouge ont été tués ou capturés quand l'attaque allemande («opération Barberousse») a eu lieu exactement à l'heure dite. C'était si incroyable qu'un historien russe contemporain a inventé une explication originale: Staline était sur le point d'attaquer Hitler quand il a été devancé par lui au dernier moment.

Dans le cas de l'attaque de Pearl Harbour, en décembre 1941, les services secrets américains avaient de nombreuses indications quant à l'intention des Japonais de détruire la flotte américaine du Pacifique. Mais quand l'attaque a eu lieu, la marine américaine a été prise de court. C'était si étrange qu'encore une fois l'hypothèse d'une conspiration a paru plausible: le Président Roosevelt avait pratiquement provoqué l'attaque japonaise pour pouvoir entraîner son pays réticent dans la guerre.

Avant l'attaque du 11 septembre sur les Tours jumelles, il y a eu plusieurs avertissements, mais tous sont restés bloqués dans les circuits des services secrets. Cela a crédibilisé une autre hypothèse de conspiration: que cette attaque avait été organisée par le Mossad, qui avait même averti les Juifs travaillant dans les Tours de ne pas se rendre au travail ce jour-là.

Les échecs des services secrets israéliens constituent une liste impressionnante. La veille de l'établissement de l'État, les services secrets (ou leurs prédécesseurs) n'avaient pas prévu l'attaque des armées arabes, laquelle a presque détruit le tout jeune nouvel État. En mai 1967, les services secrets ont été sidérés quand Gamal Abdel Nasser a envoyé une armée dans le Sinaï (déclenchant ainsi la chaîne d'événements qui ont conduit à la guerre de juin 1967). La révolution égyptienne de 1952 a pris les services secrets israéliens par surprise, comme l'a fait la révolution irakienne de 1958, et la révolution de Khomeiny en Iran alors même que les services secrets israéliens couvraient le pays dans l'Iran du Shah.


L'exemple le plus notoire a été, bien sûr la veille de la guerre d'octobre 1973. Les services secrets de l'armée israélienne savaient tout: le plan de guerre égyptien et les positions sur le terrain de toutes les unités égyptiennes. Ils les avaient vues occuper ces positions. Ils avaient écouté des dizaines de messages qui ne laissaient aucune doute sur le fait que l'attaque était imminente. La veille de la guerre, un Égyptien haut placé qui espionnait pour Israël a confirmé les rapports concernant l'attaque. Et pourtant, l'armée israélienne a été prise de court quand les Égyptiens ont traversé le canal de Suez sans opposition efficace.

L'enquête officielle sur cet échec des services secrets a donné naissance à l'expression hébraïque «conceptsia» - qui veut dire que les services secrets de l'armée ignoraient tous les faits évidents parce qu'ils étaient prisonniers de leur propre «concept» selon lequel les Égyptiens étaient tout à fait incapables d'attaquer.

C'est un phénomène naturel. Selon la psychologie «Gestalt», une personne a tendance à intégrer l'information qui est conforme à l'arrière-plan existant dans son esprit et a tendance à ignorer l'information qui le contredit.

Comme d'autres, les agents des services secrets ont des idées préconçues et des préjugés. Les éléments d'information qui ne correspondent pas ne passent pas dans les canaux. On les occulte et ils disparaissent.

Mais il y a une autre explication, beaucoup plus simple. Tout responsable de services secrets a un patron politique - Président, Premier ministre, ministre de la Défense, ministre de l'Intérieur. Sa carrière dépend du patron, tout comme les chances d'avancement de ses subalternes. Quand le patron nomme les chefs de services, il choisit des gens qui sont proches de son programme politique. À la longue, l'ensemble des services secrets devient un appareil qui fournit au patron l'information qu'il désire entendre et supprime celle qui lui déplaît. C'est vrai non seulement dans les dictatures comme celles de Staline, d'Hitler et de Saddam, mais aussi dans les régimes les plus démocratiques. Le chef des services de renseignement qui réussit est un acrobate qui passe entre les gouttes et sait comment adapter les informations aux intérêts des dirigeants politiques.

Par exemple: au cours de la plupart des années entre la guerre des Six-Jours et celle de Yom Kippour, Israël était dirigé par Golda Meir, une personne dure et pas très avisée. Elle n'a jamais pensé rendre les territoires qui venaient d'être conquis. Son ministre de la Défense, Moshe Dayan, l'idole des masses à l'époque, a déclaré que Charm-el-Cheikh (dans le sud Sinaï) était plus important que la paix. Pour faire avaler cela aux Israéliens, il fallait présenter les armées arabes comme une force négligeable, comme des bandes de couards qui battraient en retraite dès qu'ils verraient un simple sergent israélien. Le Renseignement militaire avait officiellement décidé qu'une attaque égyptienne n'avait qu'une «faible probabilité» de se produire. Deux mille soldats israéliens - et qui sait combien d'Égyptiens et de Syriens - l'ont payé de leur vie.

De Golda à George il n'y a qu'un pas. Bush voulait une guerre en Irak. Il ne pouvait pas dévoiler son véritable but à l'opinion: mettre la main sur les fabuleuses richesses pétrolières de ce pays, dominer les réserves mondiales de pétrole et arriver à étrangler les économies de l'Europe, du Japon, et de tout autre rival potentiel. Il avait besoin d'une raison beaucoup plus simple et incontestable: Saddam a des armes de destruction massive, il est de mèche avec Ben-Laden, il est sur le point d'attaquer les États-Unis.

Pour être convaincantes, des informations secrètes semblant dignes de foi étaient nécessaires. Et la CIA a produit des documents, que l'on savait déjà faux, qui montraient Saddam essayant d'acquérir de l'uranium auprès du Niger. Mettez cela dans le discours du Président sur l'état de l'Union et hop! Vous avez votre guerre. Les Américains ont-ils été bouleversés quand le mensonge a été découvert? Pas du tout. Ah bon, le Président a menti. La belle affaire. Et la CIA l'ai aidé à mentir. La belle affaire encore. L'important est que les fils de Saddam ont été tués dans une «élimination ciblée» style israélien. Quelle merveille!

Mais, au Royaume-Uni, il en va autrement. Vous avez une classe politique et des critères clairs de ce «qui se fait» et de ce «qui ne se fait pas». Les services de renseignement ont façonné leurs rapports en fonction des besoins de Tony Blair. Il n'avait pas à demander. Comme toujours, les agents des services savaient ce dont il avait besoin et ils ont fourni les histoires qui pourraient le satisfaire. Un des experts a informé la BBC, et un peu plus tard on a retrouvé son cadavre. Peut-être s'est-il réellement suicidé. Peut-être.

L'Angleterre est en effervescence et peut-être Blair et ses hommes de main le paieront. En Israël, grâce à Dieu, il n'y a pas ce genre de problème. Nos chefs des services de renseignement bavardent, bavardent et bavardent, et leurs jacasseries sont toujours en accord avec les besoins du Premier ministre. Quand les Premiers ministres changent, le discours des chefs de services change en conséquence.

La voix de leurs maîtres.

Sources : http://endehors.org/news/3050.shtml

Par Nikita Colonna-Santana - Publié dans : espionnage
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Samedi 23 juillet 2005 6 23 /07 /2005 00:00

L'article ci-dessous nous donne une idée des services de renseignements américains qui n'ont pas été capables de prévoir l'attentat du 11 septembre. Personnellement, nous pensons que s'ils n'en ont pas été capables c'est qu'il fallait que les attentats aient lieu et qu'ils ont laissé faire. Nous pensons même qu'ils sont carrément infiltrés par le Mossad.

 

 

LES AGENTS SECRETS SONT AUSSI DES BUREAUCRATES

par Martin MASSE

L'édition du 4 janvier de La Presse nous informe que depuis le 11 septembre, « la sécurité de l'État préoccupe les citoyens comme jamais. À un tel point que les professions d'agents de renseignements et de policiers reprennent fortement du galon. Les demandes d'emploi au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) connaissent une hausse spectaculaire. Et ceux qui ont le profil recherché ont de bonnes chances de trouver un emploi puisque le gouvernement fédéral vient d'ajuster ses budgets pour mieux lutter contre le terrorisme du 21e siècle. » 

Avec plus de 40% du PIB qui passe par le fisc, on aurait pu croire que la « sécurité de l'État » était déjà bien assuré, en tout cas sa sécurité financière, mais bon, il y a toujours place à amélioration. C'est donc 1,6 milliards $ de plus pour les organismes dans le domaine de la sécurité que le ministre des Finances Paul Martin a annoncé dans son dernier budget. Est-ce suffisant? Sera-t-on mieux informés sur les mouvements terroristes, et serons-nous mieux protégés, avec toutes ces dépenses et embauches de nouveaux agents de renseignement? Pas évident.  

 

Pousseux de crayon secrets  

Les « agents secrets » qui travaillent à la CIA ou au SCRS ne mènent pas vraiment une vie à la James Bond. En fait, la plupart d'entre eux sont des pousseux de crayon qui produisent des rapports que personne n'aura le temps de lire, comme on le fait dans la plupart des autres ministères. Comme l'écrit la journaliste de La Presse, la réalité d'un agent secret est celle d'un fonctionnaire « non armé, rédigeant ses rapports dans un petit bureau à Ottawa, carburant à l'eau plutôt qu'au dry martini ». On se « renseigne » théoriquement sur divers aspects de la réalité d'un pays étranger, sur l'évolution politique et militaire, sur les groupes violents qui pourraient infiltrer le Canada ou porter atteinte aux intérêts canadiens à l'étranger, en lisant des journaux, en surfant sur internet, en scannant de passionnants documents gouvernementaux, des rapports d'autres agences... Bref, on brasse beaucoup de papier.  


   
          N'importe quel agent de renseignement américain – en fait n'importe quel citoyen américain – aurait par exemple dû savoir qu'Oussama ben Laden préparait une attaque contre les États-Unis au cours des derniers mois. En effet, le 23 juin dernier, l'agence Reuters distribuait un reportage intitulé « Bin Laden Fighters Plan anti-US attack ». La nouvelle présidait que « des partisans du dissident saoudien exilé Oussama ben Laden planifient une attaque majeure contre des intérêts américains et israéliens ». Deux jours plus tard, c'est United Press International qui informait ses lecteurs que le mouvement Al Qaeda et la branche égyptienne du Jihad islamique avait initié des rapports plus formels.  


Comment a-t-on pu laisser passer quelque chose d'aussi gros? Les conservateurs bellicistes et autres amants de l'État prétendent que c'est parce que le budget de la CIA a trop été réduit depuis la fin de la guerre froide et que les agences américaines de sécurité n'ont plus les moyens de faire leur travail correctement. Ce ne sont pourtant pas les structures bureaucratiques qui manquent. Voici la liste des agences américaines de renseignements que l'on connaît (on ne sait pas tout, ce sont des services secrets tout de même), incluant ceux que les Américains partagent avec leurs alliés :  


 
Central Intelligence Agency 

  • The Directorate of Operations
  • The Directorate of Intelligence
  • The Directorate of Science and Technology (DS&T)
  • The National Intelligence Council (NIC)

Department of Defense   

  • National Security Agency (NSA)  
  • Defense Intelligence Agency (DIA)  
  • Central Measurements and Signature Intelligence Office (CMO)  
  • Tactical Intelligence And Related Activities (TIARA)  
  • The National Reconnaissance Office (NRO)  
  • The Defense Airborne Reconnaissance Office (DARO)  
  • Central Imagery Office (CIO)  
  • Army – National Ground Intelligence Center  
  • Navy – National Maritime Intelligence Center  
  • Air Force – National Air Intelligence Center  
  • Marine Corps Intelligence Activity  
  • Joint Intelligence Centers: 
    • United States Atlantic Command (ACOM)  
    • United States Central Command (CENTCOM)  
    • United States European Command (EUCOM)  
    • United States Pacific Command (PACOM)  
    • United States Southern Command (SOUTHCOM);  
    • United States Space Command (SPACECOM)  
    • United States Special Operations Command (SOCOM)  
    • United States Strategic Command (STRATCOM)  
    • United States Transportation Command (TRANSCOM)

The Department of State's Bureau of Intelligence and Research (INR)  
  
The Department of Energy: DOE's Office of Intelligence  
  
The Department of Treasury: Treasury's Office of Intelligence Support  
  
Federal Bureau of Investigation – National Security Division  
  
The National Foreign Intelligence Board (NFIB)  
  
The Intelligence Community Executive Committee (IC/EXCOM)  
  
National HUMINT Requirements Tasking Center  
  
Central Imagery Office (CIO)  
  
President's Foreign Intelligence Advisory Board (PFIAB)  
  
President's Intelligence Oversight Board (IOB)  
  
Senate Select Committee on Intelligence (SSCI)  
  
House Permanent Select Committee on Intelligence (HPSCI)   


   
          Selon le Christian Science Monitor, le budget global de toutes ces agences seraient d'au moins 30 milliards $ (US) par année. En guise de comparaison, c'est ce que dépense le gouvernement du Québec pendant un an. Le nombre d'employés de ces agences atteindrait 75 000 personnes. Peut-on vraiment croire que ce n'est pas assez et qu'avec 10 milliards $ et 25 000 agents secrets de plus on aurait pu déjouer les plans des terroristes ? 


   
          La réalité est que les agences de renseignement, malgré le glamour qui les entoure, sont des bureaucraties comme les autres, peuplées de bureaucrates comme les autres. Leur but n'est pas de remplir leur mission le plus efficacement et au coût le moins élevé possible, mais de protéger leurs intérêts corporatistes et d'accroître leur pouvoir. 


  
Agent 000 
  
          Un reportage du 1er janvier à la BBC nous informe qu'on s'attend à des changements importants dans les agences de renseignement de plusieurs pays à la suite des attentats du 11 septembre. Diverses enquêtes montreraient que les réglementations tatillonnes, les attitudes inflexibles, les analyses bâclées, sont le lot de ces agences et que cela doit changer radicalement si l'on veut combattre efficacement le terrorisme. Des échecs récents seraient dus non pas au manque d'information, mais aux querelles et rivalités intestines entre divers organismes et aux décisions politiques mal fondées. Le reportage cite Tom Blanton, qui dirige la National Security Archive à Washington: « La loi du secret à l'intérieur du gouvernement s'applique en fait envers d'autres agences et non envers des gens de l'extérieur. La CIA garde des choses secrètes parce qu'elle ne veut pas que le Département d'État les connaisse. L'armée empêche le partage d'information avec la marine, et ainsi de suite. C'est une arme pour empêcher les gens de mettre leur nez dans vos affaires et pour garder votre autonomie. »  


   
          Pour survivre, une entreprise privée doit offrir des produits ou services de qualité à un prix compétitif. Lorsqu'elle échoue de façon systématique, elle perd ses clients et ferme ses portes, pour être remplacée par d'autres entreprises qui remplissent mieux la tâche. C'est ce qui fait que l'économie de marché est un système qui s'améliore constamment, qui produit toujours plus et qui tend le mieux à remplir les désirs et besoins des consommateurs.  


   
          Au contraire, les bureaucraties n'ont pas de compte à rendre à leurs clients. Même si elles en doivent à leurs maîtres politiques – en général, des démagogues avides de pouvoir qui succombent plus facilement au lobby des syndicats et groupes d'intérêt qu'aux doléances des citoyens –, elles sont relativement autonomes et tout à fait à l'abri des pressions des consommateurs. Si elles sont peu efficaces et remplissent mal leur mission, le milieu politique en conclura qu'elles manquent de moyens et on votera un budget supplémentaire. Si elles échouent spectaculairement à leur tâche, comme les agences de renseignement en septembre dernier, on conclura qu'elles... manquent énormément de moyens et on votera un gigantesque budget supplémentaire.  


   
          En fait, 9-11 aurait dû nous amener à conclure que l'État, dans ce domaine comme dans tous les autres, est incapable d'accomplir sa tâche. Aux États-Unis, non seulement le gouvernement crée-t-il l'insécurité avec sa politique étrangère et militaire interventionniste et impérialiste (voir A NON-INTERVENTIONIST FOREIGN POLICY WOULD HELP PREVENT TERRORISM, le QL, no 92), mais les agences qu'il a mis sur pied pour le renseigner sur les menaces que fait peser cette politique échouent systématiquement à le faire. On aurait dû plutôt en éliminer quelques-unes et réduire le budget des autres, ou encore mieux toutes les privatiser. Au lieu de cela, des budgets et des pouvoirs accrus entraîneront simplement plus de gaspillage et plus de guéguerres internes. Déprimant, mais ceux qui le souhaitent peuvent toujours fuir la réalité et fantasmer sur des agents secrets vraiment efficaces en regardant des films de James Bond...!  

Sources : http://www.quebecoislibre.org/020105-2.htm


   

  

Par Nikita Colonna-Santana - Publié dans : espionnage
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Mardi 26 juillet 2005 2 26 /07 /2005 00:00
Espionnage . Le général Magdi Omar, ex-directeur du contre-espionnage égyptien, affirme qu'aujourd'hui les services de renseignement cherchent à influencer la prise de décision.
L'intelligence politique  avant l'information
Al-Ahram Hebdo : Est-ce que l'espionnage aujourd'hui est différent de celui qui prévalait il y a 20 ans ?

Magdi Omar : Les choses ont complètement changé parce que l'accès à l'information, c'est-à-dire l'objet même de l'espionnage classique, est beaucoup plus facile aujourd'hui. La circulation des informations se fait maintenant à travers les médias. L'agent qui trouve l'information et la transmet n'est plus aussi important. Ce rôle traditionnel continue à exister avec des nuances, pour confirmer certains renseignements ou trouver des documents pour les rendre plus crédibles. Cependant, l'agent qui joue maintenant un rôle clé est celui qui est proche des milieux de prise de décision et qui est capable de les influencer. Comme partout dans le monde, l'opinion publique est devenue un élément d'influence, y compris dans les pays du tiers-monde. Mais la différence c'est que dans ces pays, les médias ne reflètent pas forcément les réactions de la rue. Ils expriment plutôt la politique du régime. C'est pourquoi il est parfois important d'infiltrer un agent pour recueillir l'opinion de la population et l'utiliser à des fins politiques, peut-être même dans les médias pour mettre les gouvernements dans l'embarras.

— L'espionnage se limite-t-il toujours au domaine militaire ?

— La technologie militaire qui est le sujet le plus sensible est maintenant accessible à travers les exportateurs d'armes et des centres d'études, à l'exemple du SIPRI (Stockholm International Peace Researsh Institute) et l'Observatoire de l'armement qui publient arme par arme et pièce par pièce les détails des achats d'armes de chaque pays. Mais ce qui manque, c'est de pouvoir déterminer la capacité d'utiliser ces types d'armes, c'est-à-dire de savoir à quel point les militaires sont capables de traiter avec des armes et des moyens de communication sophistiqués. Cette capacité peut-être calculée cependant. Comment ? Soit à travers la performance dans des opérations précédentes soit à travers le système d'enseignement dans un pays donné. C'est-à-dire voir jusqu'où peut mener un système d'enseignement, et à quel point l'ordinateur et les systèmes informatiques sont utilisés. En Egypte, nous avons élevé le niveau des conscrits, notamment dans les corps des blindés, de l'artillerie et du signalement. Ceux-ci requièrent une certaine compétence. L'une des raisons de l'arrogance d'Israël est qu'il a beaucoup avancé sur le plan de la qualité et de la technologie. Pour ce, l'Etat hébreu s'imagine que l'Egypte, le plus grand pays arabe, ne peut lui faire face.

— Est-ce sur ce point que le Mossad a acquis sa réputation ?

— Le Mossad est un service très efficace. Il est plus ancien que l'Etat même d'Israël. Il a contribué à la création de celui-ci, tout comme l'armée. Son embryon était le service d'espionnage de l'organisation sioniste mondiale. Le fait que les membres de ces organisations juives se trouvaient partout dans le monde a fait qu'ils ont perfectionné différentes langues et connu les cultures des pays où ils se trouvaient. De quoi leur donner une marge très large pour utiliser l'espionnage comme arme. Le fait qu'ils étaient minoritaires dans leur société a fait qu'ils ont toujours cherché à se protéger, à travers l'argent, la connaissance des autres et à recruter des gens dans les sphères dirigeantes pour protéger leur commerce. Ceci s'accompagnait d'une très bonne connaissance de la technologie de l'espionnage. A la différence du Mossad, la CIA comptait toujours sur les acquisitions technologiques. La sécurité nationale américaine a des réseaux d'écoute partout dans le monde qui captent toutes les informations et les classe. Les Américains sont avancés dans l'espionnage électronique, mais ils ont des failles en matière d'espionnage humain. Ceci a été dévoilé après le 11 septembre 2001. Ceux qui étaient avancés sur le plan de l'espionnage humain étaient le Mossad et le M16 britannique. Les Israéliens ont devancé les Britanniques grâce à leur coopération avec les Américains, de sorte qu'ils disposent des deux types d'espionnage.

— Les services secrets égyptiens ont-ils marqué un certain recul par rapport aux années 1960 ?

— Il n'y a pas eu de recul, mais l'atmosphère qui existait à cette époque sous la présidence de Nasser, et qui a fait que ces services sont devenus très forts dans le monde arabe et bénéficiaient d'une grande estime, n'est plus. L'impression qui prévaut actuellement est que ces services opèrent de manière purement politique, surtout sur le dossier palestinien, c'est parce que celui-ci, historiquement et même avant la création de l'Autorité palestinienne, était entièrement entre les mains de cet organisme. Il existe aujourd'hui partout dans le monde l'intelligence politique. Les dossiers chauds qui ne peuvent attendre d'être gérés pas la bureaucratie des Affaires étrangères sont tenus par les services de renseignements. C'est comme George Tenet, directeur de la CIA, qui s'est montré très actif récemment au Proche-Orient. Les Etats-Unis ont des activités très importantes en Amérique latine, ils renversent des gouvernements et en créent d'autres. Les services égyptiens opèrent avec la même force. Nous avons la capacité d'agir à l'intérieur d'Israël comme on le veut, en tenant compte de leur très haut sens de la sécurité. Nous avons ce qu'on appelle l'intelligence scientifique. C'est-à-dire ce qui concerne la connaissance de la partie pratique de certaines sciences, notamment le système de communication qui pourrait servir à des fins d'intelligence et militaires. Une autre nouveauté, la coopération avec d'autres services amis, échanges d'informations, ou échanges d'informations contre du matériel. Les opérations conjointes sont le plus haut degré de cette coopération.

— Quelle est l'importance qu'Israël accorde aux affaires Pollard et Azzam ?

— L'affaire Pollard est importante parce qu'il a transmis à Israël de très importants renseignements, ce qui a fait que la commission de sécurité nationale du Congrès a refusé de le remettre à Tel-Aviv, comme le président Clinton l'avais promis à Netanyahu et Barak. Quant à Azzam, il n'est pas un agent aussi important. A mon avis, c'est le type d'agent qui recueille des informations témoignant du pouls de la population. L'objectif commun est qu'Israël veut montrer à ses agents actuels et futurs qu'il est prêt à les protéger de sorte qu'il lie leur destin aux grands dossiers politiques. C'est une ligne stratégique claire chez les Israéliens qui vise à forger une bonne réputation au Mossad. Tous les chefs de gouvernement israélien depuis l'affaire Azzam n'ont pas manqué de soulever la question à plusieurs reprises. C'est le Mossad même qui pousse le gouvernement à agir.

 

— Le fait que Sharon ait soulevé la question récemment obéit-il aux mêmes impératifs ?

— Les propos de Sharon sont plutôt destinés aux Palestiniens. C'est un message pour leur dire : demandez aux Egyptiens de libérer Azzam et nous libérerons en échange Marwane Barghouti. Lorsque la question de la libération des détenus palestiniens a été récemment soulevée, ils ont incité les Palestiniens à la soulever arguant du fait que l'Egypte pour être partenaire de la paix ne doit pas se contenter de faciliter les rencontres palestino-israéliennes, mais doit accompagner ces efforts d'une mesure politique : la grâce présidentielle pour Azzam. La position égyptienne est claire, le gouvernement n'intervient pas dans les affaires judiciaires.

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal

Sources : http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2003/8/13/doss2.htm

Par Nikita Colonna-Santana - Publié dans : espionnage
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Samedi 30 juillet 2005 6 30 /07 /2005 00:00

«Va, vis et deviens»

L'Exode éthiopien

par Bernard Loupias

Le film de Radu Mihaileanu sur la difficile intégration des juifs éthiopiens en Israël vaut d'abord pour son aspect documentaire

L'Exode éthiopienLe 18 mars 1979, «le Monde» publiait une tribune intitulée «Sauvez les Falashas!». Une fois de plus dans leur histoire plus que bimillénaire, les juifs éthiopiens se retrouvaient pris dans la tourmente, ici les soulèvements qui suivirent le renversement du négus par le colonel marxiste Mengistu, chaque camp suspectant évidemment les membres de cette minorité (qui se désignent comme Beta Israël - la Maison d'Israël -, et non comme Falashas, mot insultant à leurs yeux qui signifie «les exilés», «les étrangers») de faire le jeu du camp adverse... Dans son texte, M. Jean-Pierre Allali lançait ce cri d'alarme: «Aujourd'hui, les 28 000 Falashas d'Ethiopie sont en danger de mort», et appelait à une mobilisation mondiale pour les sauver. «Des actions sont à entreprendre, et pourquoi pas "un bateau pour les Falashas"?» Ce que M. Allali ne pouvait alors savoir, c'est que depuis deux ans, après une longue période d'inaction et de tergiversations, Israël avait plutôt décidé de voler à leur secours.


Voler, c'est le mot: entre mars 1982 et fin 1984, les services secrets israéliens mettront sur pied six opérations aériennes clandestines pour aller récupérer entre 3 000 et 4 000 juifs éthiopiens réfugiés dans le désert soudanais. L'exode des juifs du Tigré s'accélérant, les Israéliens, forts d'un accord secret avec le gouvernement soudanais (celui-ci acceptant de laisser partir les réfugiés contre une aide financière américaine accrue), allaient ensuite monter la fameuse opération Moïse: entre le 20 novembre 1984 et le 4 janvier 1985, 6 500 Beta Israël supplémentaires s'envolaient pour Israël. Six ans plus tard, ce sera l'opération Salomon. Et en deux jours, les 24 et 25 mai 1991, 14 000 juifs éthiopiens s'envoleront à leur tour pour la Terre promise, certains méditant une fois de plus ce verset de l'Exode (XIX,2): « Je vous ai transporté sur les ailes d'un aigle, et je vous ai amené jusqu'à moi»...


«Va, vis et deviens» commence en 1984 dans un camp au Soudan quand les agents du mossad font passer le mot: «C'est pour cette nuit.» Dans l'agitation, une mère chrétienne pousse son enfant à se fondre dans la foule pour qu'il ait la chance d'avoir un jour une vie décente: «Pars», lui dit-elle. Une jeune juive voit la scène et comprend... Elle prend l'enfant par la main et le présente comme son fils. Désormais, il sera Schlomo. La jeune femme ne survivra pas longtemps à la tuberculose qui la ronge et Schlomo est adopté par une famille israélienne d'origine française et laïque (la mère est jouée par Yaël Abecassis et le père par Roschdy Zem, tous deux impeccables). Rien ne sera simple pour Schlomo. S'il porte des lourds secrets (il n'est pas juif et ne doit pas se trahir, sa mère est vivante), il se heurtera au racisme, à la bigoterie (les rabbins les plus intégristes voulurent notamment re-circoncire les hommes, ce qui provoqua la révolte des Ethiopiens)... La plus grande qualité du film de Radu Mihaileanu, malheureusement assez lourdingue, plombé par une musique pénible et un happy end peu crédible, réside d'abord dans sa qualité documentaire: comme «Tu marcheras sur l'eau», il ouvre une nouvelle fenêtre sur l'incroyable complexité de la réalité israélienne. C'est déjà ça.


«Va, vis et deviens», de Radu Mihaileanu. En salles le 30 mars.



Radu Mihaileanu, réalisateur français d'origine roumaine, est notamment l'auteur de «Train de vie» (1998)et d'«Ile Saint-Louis» (2000).

Sources : NOUVEL OBS

Par Nikita Colonna-Santana - Publié dans : espionnage
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Samedi 30 juillet 2005 6 30 /07 /2005 00:00

LES SERVICES SECRETS ISRAELIEN

Israël est crédité des services de renseignements les plus performants du monde. La structure des services de renseignements israéliens (de 1977) a été révélée par les Iraniens, grâce à la découverte d'un document à l’ambassade américaine de Téhéran (1979). Cette réalité s'appuie entre autres - sur la masse énorme d'informations fournies par la diaspora israélite à travers le monde.

Les principaux services israéliens sont:

• Le Mossad, responsable des renseignements extérieurs;

• Le SHABAK (anciennement Shin Beth) (contre-espionnage et sécurité intérieure);

L'Agaf Modiin ou AMAN (service de renseignements militaire), qui couvre essentiellement le renseignement de défense.

L'He-Modi'in Ha-Sadeh, qui est l'un des corps de l'armée israélienne, responsable du renseignement opérationnel et regroupe des capacités de renseignement des armes et des services:

° le HA 'MAN (Intelligence Corps)

° le service de renseignements de l'aviation le service de renseignements naval

• Le Research & Political Planning Center (Machleket Hackeker) du Ministère des Affaires Etrangères.

Les activités de ces services sont coordonnées par le Comité des Chefs de Services, qui semble pourtant se réunir de manière irrégulière et relativement peu souvent.

Le rôle des services de renseignements israéliens est d'assurer l'alerte avancée (early warning) pour le cas d'une agression militaire ou terroriste contre l'Etat israélien ou contre ses nationaux.
L'extension de la notion de «nationalité» aux membres de la diaspora juive a souvent justifié les nombreuses activités clandestines des services de renseignements israéliens à travers le monde.

Dans leur ensemble les services israéliens ont démontré par le passé d'excellentes capacités de collecte. En revanche, la qualité des analyses - bénéficiant pourtant de moyens équivalents aux grands services occidentaux - a parfois connu des faiblesses accentuées par la situation délicate de l'Etat israélien. Ces «pannes» ont été relevées dans un document de la Central Intelligence Agency (CIA), intitulé « Israel Foreign Intelligence and Security Survey » (mars 1979), mis à jour lors de la prise de l'ambassade US de Téhéran.

Parmi les échecs les plus connus, on relève :

• l'absence de prédiction de l'offensive arabe d'octobre 1973;

• la non-anticipation de l'initiative de paix de SADATE en 1977.

A la suite des mauvaises performances des services de renseignements avant la guerre de 1973, a été mis sur pied la « Commission Agranat », chargée d'enquêter sur le fonctionnement de ces services et d'effectuer des recommandations pour leur amélioration. Les principales raisons trouvées aux faibles performances
analytiques ont été

• les structures de commandement et de transmission des informations, une attitude générale favorisant la «paresse intellectuelle»

• une mauvaise interprétation des faits due à des schémas de pensée étroits.

Il en est également résulté le développement du service de renseignements des affaires étrangères jusque-là faiblement doté.

Agaf Modiin (AMAN ou A'MAN)
(Renseignement militaire).

Service de renseignements militaire de l'état-major général israélien. Cree le 30 juin 1948 comme un service de la Branche des Operations de l'état-major général des Forces de Défense (IDF). Il est élevé au rang d'un branche à part entière de l'état-major général en 1953. Il emploie quelques 7000 personnes dont 2800 dans le Département de la Production (Machleket Ha'afaka) et 600 pour le seul Département de la Recherche (Machleket Mechkar). Il est réputé plus moderé que le Mossad.


Directeur de l'AMAN


Le directeur de l'AMAM est flanqué d'un officier de Renseignement Principal (Ktzin Modi'in Rashi) qui le décharge du travail administratif pour le fonctionnement du service
 

Le directeur de l'AMAM est flanqué d'un officier de Renseignement Principal (Ktzin Modi'in Rashi) qui le décharge du travail administratif pour le fonctionnement du service.


L'Intelligence Corps (CHA'MAN) est l'organe de collecte de l'AMAN et regroupe tous les moyens de collecte militaires (y compris les moyens de collecte techniques). Il coordonne l'activité des services de renseignement de l'armée de terre, de la Section de Renseignement de l'aviation, et du Renseignement naval (Modi'in Cheyl Hayam). Le CHA' MAN pratique également la collecte clandestine dans les zones de frontières d'Israël. Il engage a cet effet outre les moyens techniques, des commandos de reconnaissance ou forces spéciales, parmi lesquels le Sayeret Mat'kal. Le CHA'MAN comporte également une section technique (Ha'mador Ha'techni) chargée de l'étude et de l'évaluation des matériels militaires étrangers.

L'"Unité 8200" du CHA'MAN, basée à Herzliya au Nord de Tel-Aviv, exploite des stations d'écoute électronique sur les hauteurs du Golan, (notamment a Mar Avital et sur le Mont Hermon) ainsi que dans le désert du Néguev. Depuis 1996 elle dispose également de stations d'écoute en Turquie dirigées contre la Syrie.

La Production est chargée de l'exploitation des renseignements.

Elle se compose de trois unités :

- Département Recherche (Machleket Mechkar) lui-même subdivisé en divisions géographiques (principalement orientées vers les pays arabes et subsidiairement sur les autres régions du globe) et en divisions fonctionnelles qui traitent des problèmes spécifiques (renseignement technologique, terrorisme, etc.). Depuis 1967 les activités terroristes dans le secteur frontière - autrefois surveillées par les différents commandements militaires opérationnels - sont étudiées par la Division des Activités Terroristes Hostiles (Mador Faha).

- Département Technique (Machlaka Technit) charge de l'évaluation de matériels au niveau stratégique.

- Division Documentation responsable de l'archivage et de la gestion des données.

La Sécurité comprend outre la sécurité militaire (Bitachon Sadeh), une censure militaire (Ha'tzenzura Ha'tzva) aux pouvoirs étendus.

L'AMAN produit périodiquement à l'intention du ministre de la Défense et du Premier ministre, un National Intelligence Estimate qui présente l'appréciation de la situation politico-militaire régionale et internationale.

Apres la guerre de 1973 on a intégré dans l'AMAN:

- Le "Département de Connaissance de l'Ennemi" qui diffuse à la troupe des renseignements sur les tactiques et les armes en usage dans les pays arabes.

- La "Section Revue" chargée d'examiner les rapports, qu'en soit leur origine et d'en faire une appréciation critique. Ce rôle d'avocat du diable" a été instauré afin d'éviter que le rapport d'un lieutenant -par exemple soit évincé par l'avis négatif d'un supérieur.

L'AMAN comprend également une Ecole de Renseignement (Beit Ha'sefer Le'modi'in), dans laquelle sont formés les officiers de renseignement de l'armée et de l'AMAN.

Organisation de l'AMAN (1980-)

Echecs majeurs

L'incapacité de l'AMAN d'annoncer l'attaque égyptienne du 06 octobre 1973 a constitué son plus grave échec. En l'occurrence l'AMAN n'a pas réussi à évaluer et à interpréter l'abondance d'indications et d'informations disponibles et n'a pas pu déjouer le subtil travail de déception mis au point par les Egyptiens.

Le fait meme que le chef de l'AMAN, le général Eli Zeira était persuadé que les Arabes ne lanceraient pas d'attaque contre Israël a conditionné tout le travail d'exploitation aux niveaux subalternes et les avertissements ont été étouffés.

Les pannes du renseignement israélien avant la Guerre d'octobre 1973 ont fait l'objet de l'enquête de la Commission AGRANAT. Son rapport remis le 02 avril 1974 recommandait principalement :

*le limogeage du Directeur de l'AMAN, le major-général Eli Zeira, de son adjoint le général de brigade Arieh Shalev, du chef d'état major de l'armée, le lieutenant-général David Elazar, du commandant du Commandement Sud le major-général Shmuel Gonen, du chef du renseignement du commandement Sud le lieutenant colonel David Gedaliah.

*la réorganisation et l'amélioration de l'exploitation du renseignement par des moyens structurelles, une meilleure sélection du personnel d'analyse accompagnée de meilleures possibilités d'avancement.

-Ni l'AMAN, ni le Mossad n'avaient été en mesure de prévoir la volonté d'ouverture du Président Anouar El-Sadate, annoncée par ce dernier 09 novembre 1977.

-Implication dans l'affaire du massacre se Sabra et Chatila au Liban, qui a provoqué la démission de son chef d'alors Yeoshua Saguy. La commission Kahan a reproché en 1983 au chef de l'AMAN sa légèreté dans la préparation de l'opération des Phalangistes.

-Mise a jour d'une opération d'enlèvement d'un dirigeant terroriste du Hamas au Sud-Liban en septembre 1997 qui a conduit a l'aneantissement du commando de l'AMAN.

He-Modi'in Ha-Sadeh
(Corps du Renseignement Opérationnel)

Cinquième corps (armée) de l'armée israélienne (après l'infanterie, l'artillerie, les blindés et le génie), créé en avril 2000. Il est responsable de fournir le renseignement nécessaire à la conduite des opérations. Il dispose d'unités de reconnaissance :

Sayeret MATKAL (Unité 767), qui est une formation de forces spéciales, célèbre pour ses actions de commando et antiterroristes spectaculaires et audacieuses. Sa fonction première est cependant la reconnaissance lointaine en territoire ennemi.

Unité YAKHMAM (Yekhidat Modi'in Matara), également connue sous l'appellation d'Unité NIT 'ZAN ou Unité 636, qui est spécialisée dans l'identification et l'assignation des objectifs pour l'artillerie. L'existence de cette formation, destinée à opérer en territoire ennemi, n'a été révélée qu'en 1999. Elle est principalement déployée à la frontière nord d'Israël.

Unité T'ZASAM (T'zevet Siour Modi'in) (Unité 869), qui est une formation de reconnaissance lointaine, composée de trois compagnies, une par secteur critique (Liban, Syrie et Territoires occupés).

Leshkat le Keshrei Madao (LEKEM)

(Bureau de Relations Scientifiques)

Service de renseignements technologiques israélien dépendant du ministère de la Défense, créé par M. Shimon PERES en 1957. Initialement conçu pour recueillir des informations sur la technologie nucléaire, le LEKEM a rapidement dû orienter ses efforts sur l'acquisition de technologie aéronautique pour reconstituer une aviation performante après la Guerre de 1967. L'existence même du LEKEM est restée longtemps ignorée des services occidentaux, ainsi qu'en témoigne son absence sur les documents concernant les services israéliens, datés de 1977, trouvés à l'ambassade américaine de Téhéran.

Le LEKEM a été dissout en 1986, à la suite de la découverte, aux USA, des activités de Jonathan Jay POLLARD, qui espionnait au profit du LEKEM.

Un des succès majeurs du LEKEM a été l'obtention des plans d'éléments de l'avion de combat français MIRAGE III en Suisse entre la mi-1968 et septembre 1969. Alors sous embargo de la France, Israël ne pouvait obtenir de pièces de rechange pour ses chasseurs MIRAGE. Le LEKEM a alors répondu favorablement à l'offre spontanée de l'ingénieur suisse FRAUENKNECHT, employé de la firme SULZER à Winterthur, et qui avait été approché par des agents israéliens. Pour une somme totale de $ 200 000 (alors qu'Israël était prêt à payer une somme considérablement plus importante), FRAUENKNECHT a fourni au LEKEM, par semaine, environ 50 kg de documents destinés à la destruction. Les informations fournies par FRAUENKNECHT ont permis à Israël de réaliser le chasseur KFIR. FRAUENKNECHT a été arrêté, puis condamné en avril 1971 à 4 ans et demi de prison pour espionnage industriel et atteinte à la sécurité de l'Etat.


Mossad le'Mode'in ve'le'Tafkidim Meyouchadim (Mossad)

Service de renseignements extérieurs israélien. Sa dénomination complète est Ha 'Mossad le 'Mode 'in ve 'le 'Tafkidim Meyouchadim (Institut Central de Renseignements et d'Activités Spéciales), mais il est communément appelé Mossad (Institut). Son quartier-général est situé au King Saul Boulevard, Hadar Dafna Building, à Tel-Aviv. Ses effectifs sont évalués à
1 200-2 000 collaborateurs permanents, dont 500 agents de renseignements.

Le Mossad fonctionne comme une organisation-cadre qui exploite largement les capacités de coopérants (sayanim) de la diaspora juive à travers le monde. A titre d'exemple, à Londres seule, le Mossad disposerait de 7000 coopérants actifs ou en réserve. Cette structure de collecte unique fait la force de l'Institut. Elle n'a cependant pas toujours été secondée par une structure d'exploitation de qualité correspondante.

Créé le 1er avril 1951, par une directive de David BEN-GOURION datée du 2 mars 1951,
le Mossad était initialement conçu pour mener des activités clandestines. Il est issu du Shai, le service de renseignement de la Haganah, l'armée secrète juive en Palestine.

Le Mossad est responsable pour la collecte clandestine, les activités spéciales et le contre-terrorisme. En matière d'activités spéciales, son rôle est d'approuver ou de refuser les actions proposées par l'AMAN ou les services de renseignements de l'aviation ou de la marine, qui planifient et désignent les objectifs.

Les priorités du Mossad sont en premier lieu dirigées sur les pays arabes et les mouvements terroristes proche-orientaux et en second lieu sur les USA, notamment en ce qui concerne le renseignement technologique et les décisions pouvant affecter les relations israélo-américaines.

Le directeur-général du Mossad est simultanément coordinateur général (( Memuneh ), c'est-à-dire « primus inter pari») du renseignement israélien.
Parmi les personnalités qui ont fait partie du Mossad, on compte Yitzhak SHAMIR - devenu plus tard Premier ministre

-qui a collaboré 17 ans avec le service.

Le Mossad dispose de services spéciaux - désignés Komemiut ou Matsada - et responsable de nombreuses actions clandestines, dans le domaine de l'espionnage ou de la lutte antiterroriste.

Succès majeurs

• Obtention d'un discours secret de Nikita KROUCHTCHEV, lors d'une session secrète du 20e Congrès du Parti communiste de l'URSS (mai 1956). Cette action donnera ses lettres de noblesse au Mossad.

• Destruction de la centrale nucléaire Tammuz 17 (Osirak) à Tuwaitha (7 juin 1981) (Opération BABYLON)

• Diverses opérations spéciales

• Elimination de Fathi SHAKAKI, chef du Dihad Islamique (25 octobre 1995) à Malte.

Echecs majeurs

• La non-annonce aux USA de l'attentat qui a tué 241 Marines à Beyrouth en 1983, probablement afin de stimuler une détérioration les relations entre les USA et les pays arabes.

• La mise à jour de quelques sept réseaux d'espionnage en Egypte, durant la seule année 1996.

• La tentative d'assassinat sur Khaled MASHAL, chef du bureau politique du mouvement terroriste Hamas, à Amman (Jordanie) par empoisonnement (25 septembre 1997). La mise à jour de cette tentative a tendu les relations avec la Jordanie et affaibli la position d'Israël dans le processus de paix. Israël a dû faire parvenir un antidote, et libérer Sheikh y ASSIN, chef historique du mouvement Hamas et 19 combattants du Hamas.

• La tentative de pose de micros clandestins dans l'appartement d'un militant islamique (motif officiellement invoqué par les autorités suisses), à Berne, qui a conduit à l'arrestation de cinq agents du Mossad en février

1998. L'événement déclenche une crise entre la Suisse et Israël, qui précipite la démission de Danny YATOM, déjà critiqué pour l'échec jordanien.

Sherut Ha'Bitachon Ha'Klali (SHABAK) (SBK)

(Service de Sécurité Général) Service de sécurité et de contre-espionnage israélien, anciennement appelé Shin Beth. Il emploie quelques 1000 personnes et son quartier-général (autrefois à Jaffa) se situe, depuis juin 1970, au nord de Tel-Aviv. Il est responsable de la sécurité militaire et de la sécurité antiterroriste en Israël. Ses pouvoirs sont étendus et, par exemple, il pratique sur une base régulière des écoutes téléphoniques. Il est également responsable de la sécurité dans les aéroports et dans les appareils de la compagnie aérienne nationale El-AI.

Avec le développement de la résistance palestinienne à l'intérieur d'Israël,
le SHABAK a intensifié ses actions clandestines contre les fauteurs de troubles. A quelques reprises les actions brutales de ses agents ont placé le service sous les feux de l'actualité.

L'efficacité du SHABAK dans la lutte antiterroriste est indiscutée. Le SHABAK participe activement au groupe KILOWATT.

Le SHABAK est l'un des organes de renseignements les plus secrets d'Israël et peu de détails sont connus sur ce service - dont la structure et même le nom de son chef étaient interdits de publication selon la loi israélienne. Pour la première fois, au début 1996, le nom et le visage du nouveau chef du SHABAK ont été dévoilés au public lors de sa nomination.

A plusieurs reprises,
le SHABAK a fait l'objet de critiques ouvertes en raison de ses méthodes d'interrogatoire souvent « coercitives ». A la fin avril 1993, est entrée en vigueur une nouvelle législation lui interdisant les mauvais traitements envers des prisonniers

Rôle de la CIA au Proche-Orient

Les services de renseignements ont le plus souvent eu un rôle modérateur dans les grands événements et crises. L'implication de la CIA, comme garante des accords passés entre Israéliens et Palestiniens illustre un rôle nouveau pour les services de renseignements, même si le rôle de la CIA, qui sort alors de sa mission au profit du processus de décision américain, a été vivement critiqué aux USA.

La CIA a traditionnellement eu des contacts soutenus à la fois avec les Israéliens et les Palestiniens. Les contacts avec le Mossad remontent à 1951, puis s'est intensifiée avec la montée des mouvements nationalistes et terroristes au Proche-Orient. Les contacts entre la CIA et l'OLP datent de 1976. La CIA a alors identifié le rôle modérateur d'Arafat et de l'OLP, et a entrepris de soutenir son courant de pensée. Ainsi, c'est entre autres la CIA qui a facilité l'évacuation de l'OLP du Liban au début des années 80.

Sous les administrations REAGAN et BUSH, les relations avec l'OLP se sont affaiblies, pour reprendre sous l'administration CLINTON. Lors des négociations de Wye Plantation, en octobre 1998, c'est à la demande des deux parties que la CIA est entrée dans le processus de négociation. Le bureau de la CIA à Tel-Aviv assure la liaison entre les deux parties dans le contexte du renseignement et des services de sécurité. La CIA assiste le Service des Renseignements Généraux et le Service de Sécurité Préventive palestiniens, en matière d'instruction, d'organisation, mais aussi en matière d'infiltration des réseaux terroristes. Pour de nombreux commentateurs, ce rôle de la CIA pourrait être le modèle de nouveaux créneaux d'emploi des agences de renseignement dans la mise en place de processus démocratiques.

Posté par
Adriana Evangelizt

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Par Nikita Colonna-Santana - Publié dans : espionnage
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Lundi 17 octobre 2005 1 17 /10 /2005 00:00

Le service de renseignements israélien est secoué par une grave crise interne


Démissions en cascade au sein du Mossad

Le Mossad, le service de renseignements israélien, est secoué par une grave crise interne qui a suscité des démissions en série de ses responsables, depuis que le général de réserve Méir Dagan en a pris la tête en 2002, a rapporté hier en « une » le journal Yediot Aharonot. « Tremblement de terre au sein du Mossad », titre le journal qui fait état d’une « vague de départs » sans précédent de ses cadres qui accusent leur patron de conduire le prestigieux service de renseignements « vers une voie sans issue ».

Ces défections en cascade sont la conséquence d’une grave crise de confiance entre ces cadres et le général Dagan, souligne le journal, qui fait état du départ de six d’entre eux, dont les numéro deux et trois du Mossad, et le chef du département des opérations spéciales. En novembre 2004, déjà, la seconde chaîne de télévision israélienne avait fait état d’une grave crise interne au Mossad.

Plus de deux cents agents, dont sept chefs de départements, avaient alors démissionné, selon cette télévision privée dans un documentaire constituant un véritable réquisitoire contre le général Dagan,
politiquement très proche du Premier ministre Ariel Sharon.

Le documentaire, basé sur des interviews d’ex-responsables, affirmait que M. Dagan privilégiait trop l’« action directe » et qu’il avait relancé ses opérations de commandos à l’étranger, sans toujours tenir
compte des risques.

Méir Dagan, 60 ans, a été le conseiller politique d’Ariel Sharon lors de sa campagne électorale de 2001 pour le poste de Premier ministre. Il avait aussi été le conseiller de la lutte antiterroriste du précédent
Premier ministre de droite Benjamin Netanyahu (1996-1999). M. Dagan avait dirigé en 1970 une unité secrète de commandos, l’unité Rimon, qui, selon la télévision, exécutait sommairement des Palestiniens accusés de perpétrer des attentats dans la bande de Gaza alors occupée par Israël.

Sources : LORIENT LE JOUR

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt - Publié dans : espionnage
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Lundi 15 janvier 2007 1 15 /01 /2007 19:53

 

Un laser chinois qui dérange américains et israéliens 


 

Un satellite d’espionnage américain a récemment été la cible d’un laser chinois afin d’aveugler celui-ci alors qu’il passait au dessus de ce territoire. Les israéliens sont en train de vérifier les faits car les Chinois peuvent transmettre des lasers aux pays en crise avec Israël.

Selon des sources américaines : “Ce laser vise principalement les capteurs ultra sensibles des satellites, afin de les empêcher d’effectuer des observations à haute résolution. La destruction du satellite n’est cependant pas l’objectif visé et le dysfonctionnement causé par le laser n’est que temporaire.

Selon des officiels américains, la Chine a la capacité d’effectuer ce genre d’opérations, et l’a déjà démontré par le passé, en visant les satellites géants Keyhole à plusieurs reprises.

Les américains ont d’ores et déjà procédé à des tests laser sur leurs propres satellites afin de déterminer quel impact un laser pouvait avoir sur les capteurs à haute résolution embarqués. Les systèmes spatiaux tels que les satellites sont des cibles aisées et vulnérables, leurs orbites étant connues et leurs temps de passage aisément prévisibles”.

Sources
Israel Valley

Posté par Adriana Evangelizt

 
Par Adriana Evangelizt - Publié dans : espionnage
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Dimanche 28 octobre 2007 7 28 /10 /2007 15:23

Secret et conflit : de la ruse à l’infodominance


(extrait de « Autour des secrets » colloque du Forum de Nancy)


 

Partons de l’idée que le secret est une information que son détenteur rend délibérément inaccessible . D’où une relation duale et dramatique. L’essence du secret, à suivre l’étymologie (secernere) est d’être séparé, exclu . Or, une telle opération ne se fait pas sans travail ni résistance, sans peine ni opposition. Qui a un secret a nécessairement un adversaire, fut-il virtuel : au mieux ou au pire, celui qui menacerait ledit secret s’il venait à en apprendre l’existence. Cet adversaire, ce peut aussi être soi-même : c’est du moins ce que la psychanalyse nous enseigne : nos secrets nous menacent et nous les menaçons. Nous défendrons ici une conception du secret qui en fait une des formes, des causes et des instruments du conflit, au moins autant qu’un moyen de l’éviter. Le secret serait donc justiciable d’une approche polémologique (comment se produit le conflit), stratégique (comment les acteurs emploient force et intelligence à défendre et attaquer le secret) d’une histoire des techniques (avec quels moyens) et, on s’en doute, d’une médiologie, puisqu’il est ici question de ce que nous croyons et de la façon dont nous les transmettons ou pas.

Le secret ne constitue pas seulement un facteur discriminant entre ceux qui le possèdent et ceux qui en sont exclus. Ni une simple composante du pouvoir et par l’imprévisibilité qu’il confère et par le prestige qu’il confère. C’est un processus qui pourrait bien être faire partie des universaux anthropologiques. Le secret serait à ranger parmi les « propres de l’homme », comme la technique, le langage, l’organisation politique, auxquels il est toujours lié. Tous les hommes ont des secrets et nous serions tentés de dire qu’aucun animal n’en a, pas plus qu’il ne peut mentir. Certes, avec son corps, il peut réaliser des ruses et des feintes, cacher ce qu’il veut protéger, s’abstenir d’émettre des signaux, faire le mort, il peut en quelque sort « être » secret. Mais, pas plus qu’il ne peut exprimer une information imaginaire, il ne peut conserver ou dissimuler un énoncé. Avoir un secret, c’est-à-dire pouvoir le conserver, le refuser à tel, mais le livrer à tel autre, le partager ou le négocier, tout cela suppose des capacités culturelles.
Avec raison Simmel fait du secret le contrepoint de l’interdépendance et de la confiance nécessaire dans tout groupe humain, comme il voit dans le conflit la rançon de la coopération. Pas de société sans secret. Il est présent, en puissance, derrière tout ce qui nous réunit : la croyance, le politique, la production. Mais, en même temps, sa forme et son ampleur dépendent de facteurs historiques et technologiques.
Le secret peut porter sur le passé (qui a fait quoi), sur le futur, un plan, un traité, une conspiration (qui fera quoi) ou sur un présent virtuel (comment faire quoi) : c’est le cas des procédés qui permettent de rééditer une performance, comme un brevet, un logiciel, un plan. Mais surtout, il traverse tous les domaines de notre activité.

Des initiations sacrées aux arcanes de la puissance



Ainsi, il hante le sacré, dont le domaine déborde celui de religion, notion occidentale tardive. Des rites magiques aux théologies monothéistes en passant par les cultes à Mystères, il subsiste partout une forme quelconque d’initiation. Suivant une tendance peut-être générale, tout enseignement conférant des pouvoirs ou un statut, comme celui du jeune chasseur, du myste, de l’acousmate, ne saurait se dispenser sans rites, épreuves et serments de mutisme,menaces. La transmission doit être réservée à un impétrant spirituellement préparé et fiable. Faute de quoi la connaissance folle ou dangereuse serait profanée.

Ce secret rituel ou spirituel relie les initiés qu’ils cherchent l’art de chasser le bison, le salut de leur âme, les moyens de fabriquer la pierre philosophale ou les desseins du grand Architecte. Souvent, une forêt de symboles, un enchevêtrement d’indices ou d’arcanes sont censés protéger le secret des dieux ou du Cosmos. Sous des formes différentes, les trois monothéismes connaissent la tentation ésotérique voire gnostique : réinterpréter l’écriture sacrée ou la Création comme un cryptogramme. Entre l’initiation, qui consiste à maîtriser la transmission pour protéger la vérité, et l’ésotérisme qui suppose un sens dissimulé derrière le sens apparent, le sacré est toujours entouré de défenses.

Ce n’est pas moins vrai pour l’économie. Le secret est un moyen de produire de la rareté, donc d’augmenter ou de conserver une valeur. Cette rareté peut être celle des moyens. Garder l’exclusivité d’une technique, de l’emplacement d’une ressource, en constitue la forme la plus évidente. Il y a avantage à se réserver l’accès ou la fabrication de richesses. Ce fut vrai, des siècles durant, pour des matériaux ou des objets : soie, verre, épices, poudre, papier, porcelaine ont, suivant les périodes, fait la fortune de leurs détenteurs exclusifs. À l’époque industrielle, la formule du coca-cola ou tout autre secret protégé par des brevets ou des coffres-forts ont constitué un capital inestimable. C’est encore plus vrai avec la dématérialisation de l’économie. Quand celle-ci consiste toujours davantage à « vendre » de la connaissance ou des états de conscience, , comme actuellement, le secret devient la seule protection contre la duplication, facilitée par le numérique, et le seul remède contre l’obsession du piratage ou de la déstabilisation. Il devient le garant invisible d’un capital intangible.

L’instrument de l’échange lui-même, l’argent, suppose un secret, puisqu’il faut bien qu’une autorité ait le monopole de sa formule et nous préserve de sa prolifération. Ceci peut s’obtenir par un identifiant, tel le filigrane d’un billet qui résiste à l’imitation. Un système bancaire ou financier est une machine à gérer du secret, celui des comptes bancaires ou des transactions électroniques. Désormais, des méthodes sophistiquées combinant cryptographie et moyens de surveillance assurent que le paiement émane bien de un tel est bien valable sans dévoiler pour autant la nature de la transaction, ni celle des moyens de certification. Demain le moyen de sécuriser l’échange peut aussi être « biométrique ». L’identification à distance repose sur des techniques de mesure de nos impulsions nerveuses, d’identification de l’iris de notre œil ou de notre voix, de transmission et vérification de nos empreints digitales ou tous les autres procédés qui recourent à ce code secret oublié : notre code génétique.


Il est un domaine de l’activité humaine dont le rapport avec le secret est essentiel : le politique. Le politique est une activité conflictuelle opposant des groupes poursuivant des finalités inconciliables. Il recourt tout naturellement au secret quand il s’agit de surprendre et protéger. Des conspirateurs qui se dissimulent, une censure qui recèle des documents, une police secrète, d’autant plus efficace que les citoyens en ignorent les pouvoirs effectifs et les crimes réels, forment trois manifestations d’une seule logique. Elle vise à la conservation d’un avantage contre l’adversaire actuel ou potentiel, voire contre le peuple pour l’empêcher de s’indigner et se révolter. Il faut dissimuler l’inavouable, cacher ses fins être imprévisible, impressionner ceux qui ignorent la source et l’étendue de ses pouvoirs, se réserver la connaissance des moyens efficaces. Ces principes-là sont immémoriaux.

Des siècles avant notre ère, les philosophes chinois de l’école des « légistes » exaltaient déjà la nécessité politique du secret :
Quand « Le Prince a perdu son mystère/ Des tigres s’attachent à ses pas » avertissait le livre de Han Fei .
Ce classique chinois fait l’éloge de qui «ne révèle point ses ressorts». Notre propre tradition philosophique n’ignore pas l’efficacité de la ruse, depuis que les Grecs exatent la Métis, ni ne néglige l’art de cacher pour surprendre.

A la Renaissance, la pensée politique européenne fait du secret une virtu une qualité de l’homme d’exception. Ce caractère rend son possesseur plus redoutable (« Qui ne sait dissimuler ne sait régner » disait Louis XI). Savoir surprendre est une des aptitudes du Prince. Le secret se rattache aux « arcanes », méthodes occultes du souverain, arme d’exception répondant à des fins exceptionnelles. Les arcana Republicæ puissances dissimulées au sein de l’État, les arcana dominandi, méthodes pour manipuler le peuple ou l’opinion, les arcana belli techniques guerrières constituent une panoplie . Le jésuite Gracian exaltera pareillement le secret « sceau de la capacité » politique car « C'est la marque d'une supérieure maîtrise de soi et se vaincre en cela est un triomphe véritable."

Mais le secret politique devient vite plus trivial voire bureaucratique. Dans les sociétés modernes, il se gère en masse et au quotidien. Généralement, il suppose un méta-secret : le secret de ce qui est secret dans un certain ordre politique. L’instance politique détermine, au moins dans l’abstrait, la forme et l’intensité du conflit sur son territoire. De la même façon, elle contrôle droit du secret et droit au secret là où elle est souveraine. Elle l’alloue ou l’autorise à certains – secrets de l’intimité, de la vie privée – elle l’impose à d’autres - secret défense ou secret d’État, secret professionnel. Elle en contrôle les instruments. C’est ce que démontre l’interdiction faite aux citoyens de posséder ou d’exporter des logiciels de cryptologie trop puissants, au même titre que des armes de guerre . Dans nos systèmes, l’État dessine les territoires du secret sous forme d’un triagle : secret des citoyens entre eux, secret de l’État à l’égard les citoyens et celui des citoyens face à l’État. Dans tous les cas, il s’agit de tracer la frontière entre une connaissance licite (et le cercle des initiés peut être fort vaste) et sa diffusion nocive parce que contraire aux intérêts généraux, aux règles déontologiques, aux droits des individus, au moral de la population, etc.

Le régime le plus démocratique suppose de tels droits au secret, ne serait-ce que celui du vote ou de la correspondance. Ils protègent la vie privée et l’exercice de la pensée libre. Il limite la connaissance que les individus peuvent acquérir sur leurs vies respectives pour en rendre la cohabitation supportable. Enfin, ce même système démocratique ne peut totalement renoncer à son propre secret, pour conserver sa liberté d’action : procédés, fonds, services, traités secrets, et autres attributs d’une raison d’État échappent au droit ordinaire. Quant aux États totalitaires, le secret leur est consubstantiel : chacun se méfie de l’autre, personne n’ose dire à haute voix des vérités connues de tous, des « secrets ouverts ». Il se rend ainsi complice du silence général et renforce le pouvoir qui le surveille. Il se peut que celui-ci occulte des pans entiers de réalité la plus évidente : l’existence du Goulag, ou celle des villes stratégiques dites secrètes, non photographiées, non mentionnées sur les cartes, en ex-U.R. S.S.


Secret dans la transparence


Mais aujourd’hui ? Revenons sur cette notion ressassée selon laquelle notre société serait de l’information. Société du Savoir pour les optimistes : la connexion des intelligences et le partage des connaissances rendront désuète toute politique de rétention de l’information. Société du spectacle, pour les critiques : nous nous épuisons à poursuivre et consommer des signes, esclaves des apparences. Pour Guy Debord "Le secret généralisé se tient derrière le spectacle, comme le complément décisif de ce qu'il montre et, si l'on descend au fond des choses, comme sa plus importante opération." Et le père du situationnisme d’énumérer les traits principaux de nos modernes sociétés du spectacle : renouvellement technologique incessant, fusion économico étatique, secret généralisé, faux sans réplique, présent perpétuel.

Société de l’exhibition, peut-être : à l’ère de loft story, des Web cams, des psyshows, chacun, de l’homme politique au manager branché, dévoile sa personnalité voire son intimité. Histoire d’être « star un quart d’heure », de « changer le regard des autres » ou « d’être visible », on montre tout : âme, fesses et confesse.

Certains y trouvent des raisons d’optimisme. Les juges et les caméras pourchassent les mystères. Internet se moque des censures et des frontières. Les hommes politiques promettent plus de clarté et moins de langue de bois. De la transparence dans la politique, nous passons à la transparence de la politique. Elle devient l’art d’exprimer et satisfaire des « demandes ». L’entreprise se veut communicante, éthique et ouverte. La vie privée fait le succès public. Quelle place pour l’archaïque secret ? Baudrillard répond : « Que deviennent les choses jadis secrètes ? Elles deviennent occultes, clandestines, maléfiques : ce qui était simplement secret, c’est-à-dire donné à s’échanger dans le secret, devient le mal et doit être aboli, exterminé. »

Les forces dominantes semblent bien sonner le glas du secret :
- La Mondialisation : elle fait circuler choses, gens, idées, images
- Le Marché : il suppose l’échange généralisé
- Les Médias : les médias de masse mettent tout sur la place publique du village global ; les nouveaux médias informatiques offrent toutes les données « où je veux, quand je veux, comme je veux »
- La Morale ou plutôt le Moralisme triomphe : contre les systèmes autoritaires, les lois du silence ou les discriminations, il se réclame des différences et des transparences, du débat public, de la libre expression.

Pourtant, il semblerait, sinon que le secret soit partout -et la vérité ailleurs, comme le proclame X-Files - du moins que la lutte par, pour et contre le secret s’étende . Les indices pullulent : événements étouffés, données sensibles dissimulées.

Le secret suscite des politiques de rétention, surveillance, dissimulation, pénétration, tromperie impliquant des acteurs étatiques et infra-étatiques, économiques et idéologiques, des groupes et des particuliers. Quelques indices :

- Le nombre de documents classifiés (des millions !) augmente ,
- Les révélations vraies ou fausses sur diverses formes d’Omerta dans nos sociétés : agissements de pédophiles, turpides financières des partis politiques ou divers scandales de type épidémies agroalimentaires,
- Les fameuses « grandes oreilles » de la National Security Agency, qui, soit dit en passant, ont fait négliger la formidable montée en puissance de la N.R.O., National Recognition Organisation, les « yeux » des satellites espions ,
- Les luttes quotidiennes des internautes pour le droit de crypter, contre le traçage, et le fichage, pour la protection de la vie privée
- La place dans les doctrines militaires et géostratégiques de notions comme la domination informationnelle, la panoptisme , ou l’intelligence totale, via le cyberespace et l’espace stratosphérique .
-Les affaires d’infoguerre économique : elles se résument généralement à des affaires de vrais secrets violés ou de faux secrets révélés pour déstabiliser .
Alors, vrai ou faux ? Ou alors, bon secret, celui du citoyen, ultime refuge de la liberté versus mauvais secret, celui du Système, de Big Brother qui, pour recourir au contrôle invisible plutôt qu’à la violence visible, n’en serait pas moins redoutable ?

Pour répondre, il faut en revenir à la définition du secre comme conflit : à l’idée que le secret est secret contre quelqu’un dont il faut se protéger et qui représente un concurrent ou une menace.

Tout confirme cette parenté entre secret et conflit que ce soit comme enjeu (lutte pour connaître le secret ou le défendre), comme arme (la dissimulation des moyens ou des objectifs pour mener l’offensive) ou enfin comme mode d’évitement du conflit (en cachant à l’autre sa faute ou sa faiblesse). Le secret est une relation agonale, où les objectifs de chacun des camps sont incompatibles. Chacun s’efforce de vaincre la résistance de l’autre, passivement ou activement. Interdire de faire par l’usage de la force, (y compris sous la forme extrême qui consiste à éliminer l’autre), et interdire de savoir par l’usage d’informations, (dont évidemment le secret), sont, au final, deux manifestations d’un même dessein.

Un secret pour personne n’existe pas, sinon sous la forme plaisante du secret de Polichinelle. Un secret caché à tous, sans détenteur, est une contradiction dans les termes. Un secret sans objet est apparence ou farce. N’étant ni l’invisible, ni l’ineffable, ni l’incompréhensible, ni l’inconnu même s’il en adopte les apparences, le secret n’est pas non plus le mystère. Le mystère émane de choses qui échappent, et, peut-être, échapperont toujours à notre intelligence. Le secret suppose des gens qui possèdent une information et ne la laissent pas connaître à d’autres. Il doit être connu d’au moins une personne et caché à une autre. Il doit, pouvoir s’énoncer sous forme de description d’une réalité vraie ou fausse. Qu’il porte sur une information imaginaire ou délirante n’en change pas la nature.

Bref, si pour qu’il y ait secret, il faut qu’il y ait risque réel ou imaginaire, sa connaissance se trouver valoriésée. Valorisé négativement quand sa perte entraînerait un dommage, le secret peut l’être positivement : celui qui est seul à détenir l’information, réalise des performances propres ou, plus simplement, vend son information rare. Mais même cette valeur positive renvoie toujours au risque de perte. Le secret ne vaut que tant qu’il est contrôlé et que l’on sait qui sait. Il suppose nécessairement une crainte : crainte d’un événement (si on savait mon secret, je serais arrêté, par exemple), d’un jugement (je serais disqualifié aux yeux de l’opinion) ou de la perte d’une exclusivité (je ne serais plus le seul à pouvoir faire ceci). Il sous-entend antagonisme au moins potentiel envers un adversaire concret ou envers une force abstraite Loi, Opinion, Société. Le secret garantit immunité, exclusivité ou supériorité.

Cette trilogie détenteur-contenu-menace, appelle un quatrième élément : la protection. Il faut des moyens matériels pour maintenir ce rapport délibéré et asymétrique. Il se peut que l’existence même du secret soit ignorée, qu’il n’en existe ni indice ni soupçon et seul le détenteur puisse le trahir et se trahir par un aveu. Dans ce cas limite, la situation est simple : le silence suffit. Il faudrait alors parler d’une stratégie d’abstention : ne pas dire, ne pas trahir, agir sur soi, ne pas laisser filtrer d’indice. Mais cette stratégie appelle vite des compléments : stratégies de rétention, contrainte, ou confusion. Elles agissent sur les choses qu’elles cachent, sur les gens qu’elles empêchent de savoir ou de faire savoir et enfin sur les signes qu’elles brouillent.

Technologies de la dissimulation

Souvent donc, le secret requiert des manœuvres complexes : dissimulation ou protection de traces physiques -enfermer un document dans un coffre, interdire une zone d’accès- ou dissimulation des signes et signaux -chiffrement , stéganographie ou tactiques de déception -. Enfin, il y a la contrainte pure et simple. Elle peut consister en une menace, celle des foudres de la loi, des lois de l’honneur de l’omerta maffieuse ou de la colère divine.
Le secret repose autant sur des moyens techniques de maîtriser traces, signes ou gens, sur des organisations et sur des puissances symboliques, que sont les croyances partagées. Cette relation conflictuelle implique des politiques raffinées. Ceci est d’autant plus vrai qu’interviennent des outils ou processus de haute technologie pour conserver, transporter ou traiter de l’information .

La technologie numérique rend la notion de secret plus protéiforme que jamais. Le secret protégeait contre l’imitation, la dénonciation ou l’anticipation - disons contre le Même, le Supérieur, l’Adversaire. Il a acquis d’autres fonctions. Désormais il protège contre la localisation dans l’espace, le traçage dans le temps, le profilage, la prédiction de comportements, la prise de commande, celle d’un ordinateur ou d’un réseau. Loin de faire reculer le secret, la technologie lui trouve plus d’emploi que ne l’aurait prévu notre imagination.

Il est des secrets dont l’unique fonction est de rester tels. Peu importe leur contenu, seule compte leur rareté organisée. Ils identifient des possesseurs légitimes, certifient ou limitent le nombre de copies autorisées, qu’il s’agisse d’objets ou de données reproductibles. Telle est la fonction d’un mot de passe, d’un marqueur caché, ou d’une ligne de code informatique interdisant la duplication d’un original. De tels secrets conventionnels garantissent non seulement que l’information n’est pas prélevée, mais aussi qu’elle n’est pas falsifiée. Le secret conventionnel atteste également qu’elle émane bien de qui l’on croit et prouve qui y a accès. La complication de ces systèmes de connaissance restreinte est à la mesure de la rapidité et de l’ubiquité des transmissions en réseau. Là où il y a des nœuds de pouvoir, prolifèrent secret et contrôle. Deleuze en avait bien vu le rapport avec les techniques de rétention et de certification: " Dans les sociétés de contrôle l'essentiel n'est plus une signature ou un nombre, mais un chiffre : le chiffre est un mot de passe, tandis que les sociétés disciplinaires sont réglées par des mots d'ordre. "

Une polémologie du secret à inventer devrait aussi faire la part belle aux mentalités, aux stratégies et aux idéologies. Notamment à celles qui imprègnent l’actuelle doctrine stratégique des U.S.A. Elle s’articule autour de la notion de domination informationnelle ou infodominance . C’est, dans l’idéal, la situation du stratège qui dispose sur le champ de bataille de capteurs perfectionnés, de satellites et instruments d’interception, de moyens de communication et réaction instantanée. Cette vision postule le panoptisme au profit de l’armée dominante qui doit tout savoir de l’adversaire. Ce dernier est rendu sourd, aveugle, incapable de communiquer, ses infrastructures critiques bien vite paralysées par un bombardement chirurgical ou une cyberattaque. Du point de vue qui nous intéresse ici, cela équivaut à la volonté de percer tous les secrets grâce à la technologie. La guerre zéro-risque suppose l’intelligence-zéro secret.

L’infodominance a débordé ce domaine strictement militaire pour devenir un projet géostratégique. Dans un monde qu’ils pensent déterminé par la révolution numérique, les U.S.A. se voient chargés d’une mission de « monitoring de la globalisation » . Cela implique la détection, la prévention ou au pire la préclusion, c’est-à-dire la répression par la force le plus tôt possible, de tout trouble : État voyou, opération mafieuse, péril écologique, terrorisme... À l’échelle militaire tactique ou géopolitique, pareille ambition de contrôler toute l’information suppose une transparence absolue au profit de l’acteur principal, l’hyperpuissance.

L’infodominance, c’est donc le monopole planétaire du secret. Réel ou fantasmatique : cela est une autre question. Car il se pourrait bien qu’en s’efforçant de rendre le monde extérieur lisible, gérable et prédictible, donc de conserver à son seul profit la possibilité du secret, la société de l’information la plus avancée du monde, d’une part, s’assigne une mission impossible et, d’autre part, se désigne d’elle-même comme cible de tous les ressentiments.

Même obsession du secret chez d’autres acteurs, en apparence tout à l’opposé, les internautes libertaires ou protestataires. Tout tourne autour du secret, celui qu’ils réclament et qu’ils veulent illimité ou le secret qu’ils soupçonnent ou dénoncent derrière toute forme d’autorité ou d’institution.
Les facteurs qui poussent à cette guerre généralisée ne tiennent pas seulement à l’imaginaire des hackers ou aux imaginations des généraux. Des raisons plus tangibles poussent États, entreprises, groupes militants ou particuliers à s’affronter par, pour, contre le secret.

D’abord, il existe de plus en plus d’informations stratégiques dont il y a intérêt à conserver le monopole, ne serait-ce qu’en termes de valeur marchande : découvertes et techniques performantes ou connaissances plus triviales, comme une base de données sur les habitudes de consommateurs. Même prolifération des informations dont il faut empêcher la reproduction pour des raisons patrimoniales, des droits intellectuels et financiers sur des données reproductibles. La frontière s’atténue entre connaissances rares, celles que collecte l’intelligence dite ouverte, et les véritables secrets protégés par la loi ou par des boucliers numériques.

Comme, de surcroît, l’acteur économique doit pressentir les tendances porteuses dans les innovations ou les goûts du public, et mettre en avant son image et sa réputation, il redoute autant la perte du secret, qu’il porte sur ce qu’il sait (et qui constitue sa réelle richesse) que sur ce qu’il est (et qui le rend vulnérable).

À mesure que l’économie devient immatérielle, s’accroît intérêt qu’il y a à empêcher la concurrence d’accéder à des informations sensibles, un fichier de clientèle ou un projet de recherche et développement. Il faut interdire la diffusion ou l’usage de données, ou plus brutalement encore se défendre contre l’espionnage économique, la déstabilisation . Parallèlement à la défense de la « réputation » et à la prévention de la « crise informationnelle », la protection du patrimoine numérique donc de son intégrité, de son authenticité, de sa pérennité ou sa confidentialité deviennent une branche capitale de l’activité économique , Le risque de ne pas savoir à temps ou de laisser savoir engendre une insécurité obsédante. Et nous ne traiterons pas ici de l’immense domaine de l’économie criminelle, forcément clandestine.

Le domaine du contrôle

Autrefois avoir un secret c’était avoir le monopole d’une information vraie, rare ou importante. Désormais le secret protège aussi des bases de données, et des systèmes entiers du prélèvement ou de la falsification de l’information. Il est au cœur des réseaux et des flux. Si les secrets sont désirables, ils sont aussi vulnérables et redoutables. Tous les traits que l’on prête aux nouvelles technologies - se jouer du temps et de la distance, rendre accessibles et navigables des mémoires quasi illimitées, réunir en un code unique sons, images, textes et programmes, permettre la connexion de toutes les intelligences : tout cela implique autant de possibilités de violer des secrets.

Nos mémoires sont « externalisées » c’est-à-dire confiées à des puces de silicone et électrons invisibles. Il devient aisé de les pénéterer instantanément, par des moyens modestes, sans péril. En période de « monoculture technique » si une faille apparaît dans un système de sécurité, la façon de contourner ses défenses est vite connue. Nos transactions ou communications se font à distance, électroniquement, d’où la multiplication de traces qu’il est possible de récupérer, rapprocher pour « profiler » les individus. Avec les télé-transactions, il est facile de se faire passer pour un autre et d’agir à sa place. Dans la mesure où nous employons les mêmes vecteurs, protocoles et logiciels, l’intérêt d’en percer le secret augmente. Dans une économie du temps et de l’accès, le secret compte davantage. L’information est du temps concentré ; c’est un procédé qui permet d’économiser du temps et des ressources pour obtenir un résultat. Le secret gardé est du temps garanti.

L’effraction informatique est invisible et indolore et la pénétration immatérielle : parfois la victime ne réalise pas que le secret a été violé. Ou, dans le cas de marquage, de “chips”, elle ignorera qu’il existe un moyen de reconstituer ses activités : il subsiste toujours une trace de tout ce que l’on a reçu et émis, un indice de tous ses mouvements physiques ou virtuels (connexions). Ceci fonctionne dans les deux sens : “prélèvement” d’informations, mais aussi pénétration. Cookies, chevaux de Troie, virus, bombes à retardement.... introduisent frauduleusement dans les systèmes informatiques des machines de guerre qui opèrent destruction, désorganisation, falsification, mais aussi des machines de contrôle. Celles-ci permettront de prélever de l’information ou d’exécuter des instructions. Les techniques de défense changent : ne pas laisser de points de passages aux signaux hostiles, sélectionner ces signaux, faire en sorte que l’information protége contre l’information. Dans le monde virtuel plus que dans le réel, distinguer l’ami de l’ennemi est crucial. D’où de nouveaux secrets en cascade : qui discriminer, comment discriminer.

De là aussi, le rôle de l’identification -authentification et signature-. Le “prouve qui tu es” répond à la revendication d’anonymat de l’usager. Il vit armé de codes, obsédé par la confidentialité, menacé par des délits informationnels ou des outils de fichage. Comme citoyens nous haïssons le secret (celui de l’État, ce que nous cachent les puissants, ce que nous taisent les médias...), comme particuliers nous le réclamons : nous ne voulons plus être filmés, écoutés, décryptés... Paradoxe : il faut un moyen secret pour s’identifier, et un moyen secret pour être assuré de son anonymat. Ce peut être un logiciel, un mot de passe,.

Ces équations - traçabilité, plus accessibilité, plus externalisation des savoirs, plus dépendance des procédés de traitement - se prêtent aussi bien à l’action hégémonique des puissants par surveillance et contrôle qu’à l’activité de déstabilisation des faibles. Désormais, le secret doit protéger l’information contre les risques de publicité, et, dans le même temps, en garantir la disponibilité et la lisibilité : il est indissociable du système même d’information, au cœur du processus de traitement et de décision. La puissance se confond avec la faculté de savoir ou de dissimuler.

Les technologies post-modernes donneraient alors une singulière actualité à la sentence de Lao-Tseu : “ Les armes du pouvoir ne se laissent point apercevoir ” (Tao-te-king verset 36)

Sources Le site de François-Bernard Huyghe

Posté par Adriana Evangelizt


Par Adriana Evangelizt - Publié dans : espionnage
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