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Jeudi 1 novembre 2007

Attentat du Mossad : de l’échec au désastre

4 octobre 1997

L'Humanité

 



L’attentat manqué contre un dirigeant du Hamas tourne au désastre. Non seulement Benyamin Netanyahu a dû libérer Ahmed Yassine, mais il doit faire face à une crise diplomatique avec le Canada.


MONSIEUR NETANYAHU, premier ministre d’Israël, a tout de même de la chance : sa dernière action d’éclat - le meurtre raté par deux agents du Mossad d’un dirigeant du Hamas en plein centre d’Amman, il y a huit jours - n’a été révélée au public que la veille du nouvel an juif. Ce qui lui a évité une avalanche d’articles dans la presse israélienne qui ne reparaîtra que dimanche. Elle sera alors de toute façon soumise à la censure, comme l’ont été hier les agences de presse qui sont revenues sur cette affaire (voir fac-similé ci-dessous).

L’affaire fait tout de même beaucoup de bruit, et pas seulement en Israël. Ainsi le Canada a-t-il rappelé jeudi son ambassadeur à Tel-Aviv, furieux du fait que les deux agents présumés du Mossad qui ont essayé de tuer Khaled Mechaal étaient porteurs de passeports canadiens. Des passeports dont Ottawa a confirmé hier qu’ils étaient faux. On s’en doutait depuis que les deux agresseurs, arrêtés peu après leur forfait par la police jordanienne, avaient refusé d’entrer en contact avec l’ambassade du Canada à Amman. Des diplomates israéliens au Canada ont été convoqués jeudi au ministère des Affaires étrangères et le ministre, Lloyd Axworthy, a déclaré que le Canada prenait toute cette affaire « très au sérieux ». Il devait rencontrer aussi son homologue jordanien, Faiez Tarawneh, à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.

Israël a exprimé jeudi soir ses « regrets » et souligné « sa volonté de poursuivre ses liens d’amitié avec le Canada ». Mais selon Victor Ostrovsky, lui-même ancien agent du Mossad et auteur d’un livre sur les services secrets israéliens, l’utilisation de passeports canadiens volés ou falsifiés est une vieille tradition de la « maison ». Visiblement, elle continue, en dépit des promesses solennelles faites à plusieurs reprises par Tel-Aviv de mettre fin à ces pratiques.

Les critiques ont également commencé à fuser en Israël, malgré le nouvel an. Benyamin Netanyahu sera sans doute appelé à rendre des comptes pour avoir au minimum autorisé, sinon ordonné lui-même, une telle opération sur le sol d’un des rares pays arabes en bons termes avec Israël.

Le Mossad, quand à lui, devra expliquer un échec aussi voyant alors qu’il est considéré comme l’un des « services » les plus efficaces du monde… et les plus discrets. Des responsables de la sécurité israélienne, cités par la radio, ont déjà réclamé la constitution d’une commission d’enquête. « C’est vraisemblablement le plus grand désastre de l’histoire du Mossad. Il est certain que ses chefs devront rendre des comptes et il se peut que le premier ministre Benyamin Netanyahu ne soit pas épargné », estimait hier un spécialiste des services secrets, Amir Oren. « Quelqu’un va devoir payer pour ce désastre. Il ne serait pas étonnant que le chef du Mossad en personne, Danny Yatom, saute, d’autant qu’il entretient de mauvais rapports avec le premier ministre. »

Le commando chargé de tuer Mechaal l’a blessé avec un produit chimique avant de prendre la fuite à bord d’une voiture. Deux de ses membres se sont fait prendre après une course-poursuite à travers les rues d’Amman. Ils auraient utilisé la même voiture - une Hyundai - qui avait été louée par deux gardes de l’ambassade d’Israël, blessés quelques jours plus tôt à Amman, selon la télévision publique.

Israël s’est refusé à confirmer ou à démentir mais, selon Benny Morris, coauteur d’un ouvrage sur le fonctionnement des services secrets israéliens, cet action avortée « porte toutes les marques d’une opération » du Mossad mais elle était « techniquement mal préparée et diplomatiquement malvenue ».

Le premier ministre israélien avait tenté de réparer les dégâts en dépêchant dimanche à Amman des émissaires - dont le ministre de la Défense, Yitzhak Mordechaï, et celui des Infrastructures nationales, Ariel Sharon. Mais face à la colère du roi Hussein qui menaçait de rompre les relations avec Tel-Aviv, il a dû libérer le fondateur de Hamas, Ahmed Yassine. Ce dernier, toujours hospitalisé à Amman, a reçu jeudi la visite du président palestinien Yasser Arafat, accompagné du roi.




FRANÇOISE GERMAIN-ROBIN.

Sources L'Humanité

Posté par Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : LES BAVURES DU MOSSAD
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Jeudi 5 juillet 2007


L'affaire de l'espion israëlien trop zélé

TEMPS MAUSSADE POUR LES TAUPES

Par Karim BENDAOUD



Un espion qui réussit à blouser ses propres services secrets, surtout quand ceux-ci ont pour dénomination Mossad, voilà qui n'est pas banal. C'est pourtant le résumé de l'affaire dont le jugement a commencé le 17 décembre. Yéhuda Gil, appelé désormais "l'espion qui mentait", a failli provoquer une guerre entre son Israël, son pays, et la Syrie en lançant de fausses informations. Un fou mythomane ? L'histoire pourrait faire sourire si après enquête, certaines révélations ne démontraient pas une folie finalement assez organisée. Et surtout une haine caractérisée de l'Arabe qui n'admet, on le voit, aucune limite. D'autant que cette affaire ne sert ni à la réputation d'efficacité du Mossad ni au bon déroulement du processus de paix.

"Je ne fais aucune confiance aux Arabes", répétait-il à l'envi. Lui, c'est Yéhuda Gil, le maître-espion israélien qui, à l'ouverture de son procès, en ce mercredi 17 décembre, plaidait non coupable dans l'affaire qui a mis à mal l'image des services secrets israéliens, plus connus sous le nom de Mossad. Gil, qui risque une peine de 15 ans, est notamment accusé d'avoir porté atteinte à la sécurité de l'État et d'avoir failli provoquer une guerre entre Israël et la Syrie. Rien que ça.


Une histoire compliquée et pleine de répercussions. Pour ses qualités de parfait polyglotte, Yehuda Gil, aujourd'hui âgé de 63 ans, avait été embauché, en 1970, par le Mossad. Connu pour être un excellent sergent recruteur, il avait également réussi, comme on dit, de  "jolis coups".

"Coup de bluff"

Mais, depuis la fin des années quatre-vingt, Gil rédigeait des rapports complètement fantaisistes, relevant même de la mythomanie, sur de prétendues intentions belliqueuses de la Syrie à l'égard d'Israël. L'affaire éclate le jour où, en août 1996, il annonce une attaque surprise de cette même Syrie contre le Golan, risquant ainsi de déclencher un conflit armé entre les deux voisins. Heureusement, une contre-expertise est venue des renseignements militaires, qui commençaient à se méfier de Gil. Contre l'avis de son état-major, le ministre israélien de la Défense, Yitzhak Mordechai, refuse de placer l'armée en état d'alerte. Toutes les informations collectées sur le terrain ont confirmé les soupçons des Renseignements Militaires. Le Mossad se décide alors à ouvrir une enquête interne. Celle-ci est stoppée net par son nouveau patron, Danny Yatom, qui n'en voyait sans doute pas la nécessité. Pourtant, quand ses officiers lui révèlent que certaines rencontres évoquées par Yéhuda Gil dans ses rapports n'avaient jamais eu lieu, Yatom accepte la réouverture de l'enquête. Le Shin Beth, la sécurité intérieure, prend le relais, après le cumul des éléments à charge. Soumis à un interrogatoire serré, l'espion finit par craquer et avouer la supercherie. Il reconnaît avoir communiqué de fausses informations mais nie avoir eu l'intention de mettre en danger la sécurité d'Israël.


Prétendant avoir infiltré au plus haut niveau le régime de ce pays, il a toujours refusé de partager sa taupe avec quiconque. En fait de taupe, il s'agissait d'un général syrien qui a été neutralisé depuis belle lurette. Mettant systématiquement en doute les intentions pacifiques du président Hafed El Assad, intentions qu'il qualifiait de "coup de bluff" destiné uniquement à tromper la vigilance militaire d'Israël, il étayait ses dires par les prétendus renseignements que lui fournissait sa "source" syrienne.

La haine de l'Arabe

Certes, des évaluations contraires, favorables au président El Assad, avaient également cours et l'emportaient généralement sur le courant négatif. Mais celui-ci, fruit de la désinformation, n'en aurait pas moins renforcé le camp des "faucons" et influencé certaines décisions politico-militaires d'Israël. On apprendra, plus tard, que, rejetant tout compromis territorial, Gil avait milité pendant quelque temps au sein d'un petit parti d'extrême-droite prônant l'expulsion pure et simple des Palestiniens. Après l'arrestation de l'espion-menteur, plusieurs dizaines de milliers de dollars ont été retrouvés par la police dans sa villa. Mais nulle trace des 150.000 autres billets verts destinés à son prétendu informateur. Mais, on l'aura compris, l'argent n'était pas la seule motivation de Gil. La haine des Arabes est également un bon facteur de motivation.


Les services secrets israéliens n'avaient pas besoin de cette nouvelle affaire. Objet d'un véritable culte en Israël, leur image avait déjà souffert de la désormais tristement célèbre affaire Khaled Mechâal, qui en avait fait la risée de toutes les chancelleries. Cette histoire avait failli être fatale aux relations entre Tel-Aviv et Amman. L'affaire Yéhuda Gil, qualifiée de "tremblement de terre" par Ze'ev Schiff, l'expert militaire du quotidien "Ha'aretz", qui l'a révélée au grand jour, a pris des proportions qui dépassent le cadre israélo-israélien. "C'est le plus grand scandale de l'histoire du renseignement israélien", commente Schiff, ajoutant que "c'est toute la réputation des renseignements israéliens qui est en jeu. Une gangrène dont nous aurons du mal à nous remettre". Petite cause, grands effets, l'histoire, ou plutôt les histoires de Yéhuda ont peut-être eu un impact direct sur le processus de paix au Proche-Orient. À cause de l'espion qui mentait, le processus de paix dans la région est peut-être passé à côté d'une grande occasion de faire des progrès.


Reste tout de même à délimiter, maintenant que Gil est hors d'état de nuire, les responsabilités exactes de chacun. Comment, en effet, ne s'est-on pas aperçu plus tôt des dépassements de Yéhuda Gil ? Est-il réellement mythomane ou alors agissait-il en connaissance de cause ? Et pour le compte de qui ? Se faisait-il manipuler ? Et si oui, par qui ? Autant de questions qui ne connaîtront de réponses qu'à la reprise du procès, dans le milieu de ce mois de janvier. En connaîtra-t-on tous les détails ? Rien n'est moins sûr, étant donné qu'il se déroulera à huis-clos. Encore une occasion pour lui de raconter des histoires. Dans l'ombre de son cachot, il pourra continuer à narrer à ses codétenus comment il a réussi à blouser les services secrets israéliens réputés parmi les meilleurs au monde. Yéhuda Gil, qui, entre deux missions, enseignait à ses hommes "l'art du mensonge", avait fini par se prendre à son propre jeu, réussissant, par la même occasion, à jeter l'opprobre sur le Mossad. Entreprise qui s'est toujours avérée difficile, voire impossible pour nombre de services étrangers.

Sources Maroc Hebdo

Posté par Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : LES BAVURES DU MOSSAD
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Lundi 17 octobre 2005

Un article de 1997 qui montre que rien ne change... on s'ingère partout, on se fait des faux-papiers... tout le Moyen-Orient est infesté et la France aussi bien sûr... y'a qu'à voir la nouvelle posture de Chirac dans la politique moyenorientale... ça veut tout dire ! Des sales fouines qui fourrent leur nez partout. Rien de mieux.

Attentat du Mossad : de l’échec au désastre

L’attentat manqué contre un dirigeant du Hamas tourne au désastre. Non seulement Benyamin Netanyahu a dû libérer Ahmed Yassine, mais il doit faire face à une crise diplomatique avec le Canada.

MONSIEUR NETANYAHU, premier ministre d’Israël, a tout de même de la chance : sa dernière action d’éclat - le meurtre raté par deux agents du Mossad d’un dirigeant du Hamas en plein centre d’Amman, il y a huit jours - n’a été révélée au public que la veille du nouvel an juif. Ce qui lui a évité une avalanche d’articles dans la presse israélienne qui ne reparaîtra que dimanche. Elle sera alors de toute façon soumise à la censure, comme l’ont été hier les agences de presse qui sont revenues sur cette affaire (voir fac-similé ci-dessous).

L’affaire fait tout de même beaucoup de bruit, et pas seulement en Israël. Ainsi le Canada a-t-il rappelé jeudi son ambassadeur à Tel-Aviv, furieux du fait que les deux agents présumés du Mossad qui ont essayé de tuer Khaled Mechaal étaient porteurs de passeports canadiens. Des passeports dont Ottawa a confirmé hier qu’ils étaient faux. On s’en doutait depuis que les deux agresseurs, arrêtés peu après leur forfait par la police jordanienne, avaient refusé d’entrer en contact avec l’ambassade du Canada à Amman. Des diplomates israéliens au Canada ont été convoqués jeudi au ministère des Affaires étrangères et le ministre, Lloyd Axworthy, a déclaré que le Canada prenait toute cette affaire « très au sérieux ». Il devait rencontrer aussi son homologue jordanien, Faiez Tarawneh, à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.

Israël a exprimé jeudi soir ses « regrets » et souligné « sa volonté de poursuivre ses liens d’amitié avec le Canada ». Mais selon Victor Ostrovsky, lui-même ancien agent du Mossad et auteur d’un livre sur les services secrets israéliens, l’utilisation de passeports canadiens volés ou falsifiés est une vieille tradition de la « maison ». Visiblement, elle continue, en dépit des promesses solennelles faites à plusieurs reprises par Tel-Aviv de mettre fin à ces pratiques.

Les critiques ont également commencé à fuser en Israël, malgré le nouvel an. Benyamin Netanyahu sera sans doute appelé à rendre des comptes pour avoir au minimum autorisé, sinon ordonné lui-même, une telle opération sur le sol d’un des rares pays arabes en bons termes avec Israël.

Le Mossad, quand à lui, devra expliquer un échec aussi voyant alors qu’il est considéré comme l’un des « services » les plus efficaces du monde... et les plus discrets. Des responsables de la sécurité israélienne, cités par la radio, ont déjà réclamé la constitution d’une commission d’enquête. « C’est vraisemblablement le plus grand désastre de l’histoire du Mossad. Il est certain que ses chefs devront rendre des comptes et il se peut que le premier ministre Benyamin Netanyahu ne soit pas épargné », estimait hier un spécialiste des services secrets, Amir Oren. « Quelqu’un va devoir payer pour ce désastre. Il ne serait pas étonnant que le chef du Mossad en personne, Danny Yatom, saute, d’autant qu’il entretient de mauvais rapports avec le premier ministre. »

Le commando chargé de tuer Mechaal l’a blessé avec un produit chimique avant de prendre la fuite à bord d’une voiture. Deux de ses membres se sont fait prendre après une course-poursuite à travers les rues d’Amman. Ils auraient utilisé la même voiture - une Hyundai - qui avait été louée par deux gardes de l’ambassade d’Israël, blessés quelques jours plus tôt à Amman, selon la télévision publique.

Israël s’est refusé à confirmer ou à démentir mais, selon Benny Morris, coauteur d’un ouvrage sur le fonctionnement des services secrets israéliens, cet action avortée « porte toutes les marques d’une opération » du Mossad mais elle était « techniquement mal préparée et diplomatiquement malvenue ».

Le premier ministre israélien avait tenté de réparer les dégâts en dépêchant dimanche à Amman des émissaires - dont le ministre de la Défense, Yitzhak Mordechaï, et celui des Infrastructures nationales, Ariel Sharon. Mais face à la colère du roi Hussein qui menaçait de rompre les relations avec Tel-Aviv, il a dû libérer le fondateur de Hamas, Ahmed Yassine. Ce dernier, toujours hospitalisé à Amman, a reçu jeudi la visite du président palestinien Yasser Arafat, accompagné du roi.

Sources : LIBERATION

Posté par Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : LES BAVURES DU MOSSAD
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Mardi 26 juillet 2005

Quand on lit l'article ci-dessous, on comprend mieux les dégâts que peuvent causer le Mossad et autres services secrets israéliens. On comprend surtout qu'ils voulaient pousser Bush à attaquer l'Irak... et ça s'est fait... ils sont sur place sur le terrain pour aider les américains tant dans les interrogatoires des prisonniers voir photo ICI que pour commettre des attentats.Il y a longtemps que toutes les voitures piégées et diverses prises d'otages qui se multiplient en Irak ne  nous leurre plus. Ils passent leur temps à s'ingérer dans les pays du monde entier. Une plaie dangereuse pour notre monde.

Dommages collatéraux de la guerre en Irak

LE MOSSAD EST-IL ENCORE CREDIBLE ?

Un rapport de la Knesset met en évidence la détérioration de la crédibilité des services de renseignement israéliens depuis leur participation à la campagne d’intoxication sur les prétendues armes de destruction massive irakiennes. Conduite sur le même mode qu’aux États-Unis et en Grande-Bretagne cette campagne avait suscité une psychose d’autant plus aiguë dans l’État juif que les services avaient évoqué une possibilité de « gazage » de la population par Saddam Hussein pour détruire Israël. L’enquête parlementaire, présidée par le député du Likoud, Yuval Steinitz, n’a pas permis de déterminer si les services s’étaient trompés ou s’ils avaient cédé à des pressions du cabinet Sharon.

Le dossier des fantomatiques armes de destruction massive irakiennes n’en finit pas de déclencher des interrogations au sein des instances de contrôle de l’exécutif, eux États-Unis, au Royaume-Uni et dernièrement en Israël. Après le rapport du Lord Hutton, qui s’est chargé de « blanchir » le Premier ministre britannique, Tony Blair, c’est une commission d’enquête parlementaire israélienne qui a rendu ses conclusions, lundi 29 mars 2004. Elle visait à évaluer la réalité de la menace d’une frappe irakienne sur Israël, évoquée par les services de renseignement israéliens à l’aube de la seconde guerre du Golfe.

Cette menace était présentée comme bel et bien réelle au cours des six mois qui précédèrent le déclenchement de l’invasion des troupes de la Coalition en Irak. En mars 2003, l’armée israélienne avait notamment déployé ses défenses antimissiles dans la région de Tel-Aviv, afin de pouvoir se prémunir contre une éventuelle attaque de missiles irakiens. La population avait été invitée à s’équiper du matériel nécessaire à sa protection, tel que de l’eau minérale, des conserves, des batteries, des torches, ou encore du ruban adhésif pour isoler une pièce de l’extérieur. Pourtant, le chef des services de renseignement militaire israéliens, le général Aharon Zeevi, avait d’ores et déjà constaté que l’Irak n’avait pas déployé de missiles Scud dans la partie ouest de son territoire, rendant très improbable l’éventualité de frappes dirigées contre Israël [1]. Mais ses propos passèrent inaperçus, dans la flot d’informations alarmistes diffusées par les médias et les autorités israéliens. Un discours rôdé bien avant le début des hostilités. Il est même possible d’affirmer que, par ses déclarations publiques répétées sur la « menace irakienne », l’administration israélienne a largement participé à la campagne de désinformation menée principalement par les États-Unis et la Grande-Bretagne.

La première de ces déclarations remonte au 13 août 2002, soit deux semaines avant que le vice-président états-unien Dick Cheney ne désigne la « cible irakienne », lors d’un discours prononcé devant des vétérans états-uniens [2]. Elle émane du Premier ministre lui-même, Ariel Sharon, qui déclare, à cette occasion, qu’Israël « ripostera » à toute agression irakienne qui pourrait suivre une offensive états-unienne contre Bagdad. L’armée israélienne annonce par ailleurs avoir mis au point un nouveau modèle de masque à gaz, plus efficace et facile d’utilisation. Le ministère de la Santé, sur la base de ces informations, prépare alors une éventuelle campagne de vaccination générale contre la variole [3]. Début août, le même ministère avait déjà annoncé que cent membres de son personnel avaient été sélectionnés pour fabriquer le plasma humain nécessaire à la préparation d’un vaccin contre la peste bubonique que pourraient contenir les missiles irakiens. Le lendemain, malgré les appels au calme du ministre de la Défense, Benyamin Ben Eliezer, le directeur général du ministère de la Défense, Amos Yaron, annonce la distribution prochaine de pilules d’iode à la population, afin de réduire les effets des radiations radioactives [4]. Ce qui a naturellement alimenté la psychose et contribué à accréditer l’idée selon laquelle Saddam Hussein disposerait d’armes nucléaires.

Israël est alors persuadé de l’imminence de l’offensive états-unienne sur l’Irak. Pourtant, la question n’a pas encore été déférée devant l’ONU, les inspecteurs en désarmement n’ont pas encore été rappelés en Irak, et aucun ultimatum n’est pour l’instant évoqué. Il n’empêche, le Premier ministre adresse, dès le 15 août 2002, une lettre à l’administration états-unienne pour l’inviter « à ne pas retarder les opérations prévues en Irak » [5]. Les médias israéliens s’emparent du sujet et en traitent en permanence. Le souvenir est encore vivace des 39 missiles irakiens qui avaient frappé Israël au cours de la première guerre du Golfe, en 1991. Les chroniqueurs militaires habitués des plateaux de télévision sont unanimes : les missiles que Bagdad pourrait à nouveau lancer sur Israël seront dotés de têtes chimiques ou biologiques susceptibles de causer des milliers de victimes. La ruée sur les masques à gaz est immédiate. L’État lui même détaille la marche à suivre en cas d’attaques : sirènes d’alerte, préparation des chambres protégées, recours aux abris, emploi des masques à gaz. Ceux-ci font d’ailleurs l’objet d’une distribution sélective [6], tandis que la menace de « gazage » permet, compte tenu de la charge émotive du mot pour les survivants de la « solution finale », de susciter une peur panique généralisée. Une brochure détaillant les mesures à prendre en cas d’attaque est distribuée à chaque famille, début février 2003. Elle indique notamment comment préparer un abri et le prémunir contre une attaque chimique ou bactériologique. Une liste de produits à acheter y est adjointe.

De telles actions d’envergure, appuyées par des relais médiatiques, ne peuvent se fonder sur de simples convictions personnelles des chroniqueurs militaires. Ceux-ci relaient en réalité les informations qu’ils ont pu lire dans des rapports venus des services de renseignement, que l’on s’est chargé de leur faire parvenir « en toute confidentialité ». C’est donc que le Mossad, ainsi que les autres services de renseignement israéliens, a participé à la campagne d’intoxication lancée par George W. Bush et Tony Blair à partir d’août 2002 [7]. C’est à cette conclusion que parvient, en décembre 2003, un rapport du Centre Jaffee d’études stratégiques, à Tel Aviv. Son auteur, le général de réserve Schlomo Brom, écrit ainsi que les commissions d’enquête travaillant, aux États-Unis ou au Royaume Uni, sur les « erreurs » des services de renseignement « oublient qu’il y avait un troisième partenaire important soutenant ces informations [selon lesquelles Saddam Hussein disposait d’armes de destruction massive et des moyens de s’en servir] et ce troisième partenaire était Israël ». Il poursuit : « Les services de renseignement israéliens ont été un partenaire à part entière pour la présentation des capacités non-conventionnelles irakiennes par le Royaume-Uni et les États-Unis, (...) et les échecs de la guerre en Irak démontrent des échecs et des faiblesses inhérents aux services de renseignement et aux décideurs israéliens. De tels erreurs pourraient se reproduire à l’avenir si la question ne fait pas l’objet d’une enquête complète, et si les conclusions qui s’imposent n’en sont pas tirées ».

Selon lui, « les services de renseignement ont grandement exagéré le risque d’une attaque non conventionnelle sans oser dire qu’il était à peu près nul » [8]. Ce n’est qu’à la veille de l’offensive, une fois que la population s’était parfaitement équipée en vue d’une telle attaque, qu’Ariel Sharon annonça, le 15 mars 2003, qu’il existait « 1% de chances qu’Israël soit attaqué ». Le rapport du Centre Jaffee souligne « le prix financier élevé » des mesures défensives prises par Israël. Mais ce n’est pas là le plus grave : en exagérant la menace, le renseignement israélien a surtout considérablement affaibli sa crédibilité auprès de la population israélienne et des services de renseignement étrangers. Pourtant, Schlomo Brom se refuse à envisager des « pressions politiques » visant à accréditer l’idée d’une menace imminente de l’Irak pour appuyer l’offensive des États-Unis, soutenus par Israël. Il s’agit selon lui d’une défaillance des services de renseignement, liés au syndrome de la guerre d’octobre 1973, lorsque ces mêmes services n’avaient pas réussi à anticiper l’attaque contre Israël. La vision israélienne de la menace irakienne est donc simplement due à « une conception dogmatique. Les agences de renseignement ont été submergées par une vision mono-dimensionnelle de Saddam qui le décrivait comme l’incarnation du Mal, un homme soumis à l’obsession de développer des armes de destruction massive pour frapper Israël entre autres ». Mais il n’exclut pas pour autant que des soupçons de manipulation politique n’entachent durablement la crédibilité des agences : « les agences de renseignement étrangères pourraient perdre confiance dans les informations israéliennes, et soupçonner Israël de leur en fournir de fausses afin de convaincre les autres pays d’adopter sa position politique ».

 

Parallèlement, une sous-commission chargée du renseignement a été mise en place par la Knesset, dès août 2003, pour étudier ces errements du renseignement israélien. Son président n’est autre que Yuval Steinitz, parlementaire du Likoud et président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense. Le rapport, dont les conclusions ont été publiées dimanche 28 mars 2004, aboutit au même constat que le général Brom : il reproche aux services de renseignement d’avoir exagéré la menace d’armes non conventionnelles irakiennes, tout en ignorant les projets nucléaires libyens. Là encore, les parlementaires ne concluent pas à la tromperie délibérée : « la commission (...) n’a pas trouvé de signes qui montrent une tentative de déformer les renseignements pour mettre en avant la nécessité d’entrer en guerre ». Le cas de la Libye est au moins aussi grave pour la crédibilité des services israéliens : en effet, selon le rapport, « nous nous sommes réveillés un beau matin pour être informés par des agences de renseignement étrangères de sa course vers les armes nucléaires qui pourrait menacer l’existence même de l’État d’Israël ».

Les services de renseignement israéliens sont composés du renseignement militaire, du Mossad, et de l’Agence pour la Sécurité d’Israël (ASI). Les deux premières agences s’occupent du renseignement étranger, et notamment des programmes stratégiques d’armement au Proche-Orient, tandis que l’ASI se focalise essentiellement sur la sécurité intérieure et les Palestiniens. Ils sont tous trois réputés pour leur efficacité, au point que le Mossad est même amené à vendre une partie des renseignements qu’il collecte auprès d’agences étrangères. Une pratique rendue possible par l’extrême fiabilité accordée par la communauté internationale du renseignement aux travaux des agents israéliens. C’est cela même qui est menacé par la participation d’Israël à la campagne d’intoxication relative aux armes de destruction massive prétendument détenues par Saddam Hussein. Israël, qui avait été le premier pays à faire état du programme nucléaire iranien au milieu des années 1990, pourrait ainsi se retrouver discrédité, et ne plus bénéficier de la même attention qu’auparavant, de la part des services occidentaux, principalement en Europe. Ses avertissements sur les programmes d’armement de ses voisins - et de ses adversaires - pourraient désormais être ignorés. Il faut donc, conclut le rapport, restaurer cette crédibilité.

Il convient d’aller plus loin que ces simples constatations. Le fait que les responsables des agences de renseignement aient pu être convaincus de la nécessité de mentir, et donc de mettre en jeu leur crédibilité, révèle, au contraire de ce qu’ont affirmé les deux rapports israéliens, l’ampleur des pressions politiques pesant sur eux et les poussant à défendre une position belliciste. La transformation d’un service de renseignement en organe de propagande n’est pas un signe de bonne santé démocratique. Mais au moins cet épisode aura-t-il eu le mérite de faire tomber la confiance aveugle que les Israéliens et les gouvernements étrangers accordaient au Mossad. Aujourd’hui, il est un fait avéré que même le meilleur service de renseignement du monde n’est pas à l’abri de manipulations politiciennes. Il faudra donc se méfier des données qu’il produit, notamment au sujet de la Syrie, prochaine cible probable des États-Unis.

[1] « Israël accélère ses préparatifs en prévision d’un conflit en Irak », par Jean-Luc Renaudie, AFP, 5 mars 2003.

[2] « Vice President Speaks at VFW 103rd National Convention », WhiteHouse.gov, 26 août 2002.

[3] « Israël sur ses gardes », par Marc Henry, Le Figaro, 13 août 2002.

[4] « Israël va distribuer des pilules anti-radioactivité à la population », AFP, 14 août 2002.

[5] « Israël organise la résistance contre l’Irak », par Serge Dumont, Le Soir, 17 août 2002.

[6] La Cour suprême israélienne rejettera notamment un appel présenté par des médecins israéliens et palestiniens pour la distribution de masques à gaz à l’ensemble de la population palestinienne. De plus, les masques vendus aux travailleurs immigrés des quartiers pauvres, venus d’Afrique, de Chine, d’Asie et d’Europe de l’est, se sont révélés périmés, de l’aveu même de Tsahal.

[7] Pour le détail de ce dispositif, voir « Un réseau militaire d’intoxication », Voltaire, 8 décembre 2003.

[8] « Les services de renseignement critiqués pour avoir exagéré la menace irakienne », AFP, 4 décembre 2003.

Sourceds : RESEAU VOLTAIRE

 

par Nikita Colonna-Santana publié dans : LES BAVURES DU MOSSAD
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Mardi 26 juillet 2005

SERVICES SECRETS : LA GREVE DU MOSSAD

"Je ne peux pas révéler ma vraie identité, sinon je risque d'être tué". Identifié par la police helvétique sous deux noms d'emprunt, Isaac Bental et Jacob Track, c'est un agent du Mossad qui se trouve en ce moment en procès en Suisse. Arrêté en 1998 pendant qu'il espionnait, près de Berne, un Suisse d'origine libanaise soupçonné d'être un dirigeant du Hezbollah, il est devenu un emblème pour ses collègues en Israël. "Le gouvernement de notre pays n'assure pas correctement sa défense" protestent les soldats de l'ombre du Mossad et menacent même de se mettre en grève en refusant toute mission à l'étranger.

En effet, depuis trois ans les espions israéliens sont en crise. A l'époque, le Premier Bibi Nétaniahou les avait chargés de liquider Khaled Meshal, un responsable de Hamas qui se trouvait en Jordanie (voir notre édition du 09.11.98). Un pays "ami". Mais l'attentat est un échec. Les deux agents secrets se font prendre après avoir administré un puissant poison à leur victime. La Jordanie oblige donc Israël à fournir immédiatement l'antidote et, dans la foulée, obtient même la libération de Ahmed Yassine, le leader historique du Hamas. Depuis, les rapports entre le gouvernement israélien et ses services secrets n'ont pas cessé de se dégrader et le numéro deux du Mossad, Amiran Lévine, avait même été poussé à la démission par le gouvernement d'Ehud Barak.

Le "permis de tuer" des agents du Mossad ayant été partiellement suspendu, ses agents menacent donc de se mettre en grève pour défendre les acquis de leur emploi...

Sources : http://www.amnistia.net/news/articles/mossadgr/mossadgr.htm

par Nikita Colonna-Santana publié dans : LES BAVURES DU MOSSAD
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