Iran, un général a disparu !

Publié le par Adriana Evangelizt

Le général Iranien n'a pas disparu pour tout le monde. Ils l'ont sûrement torturé et peut-être est-il même mort. Mais ils lui auront fait dire avant où se trouvent les endroits nucléaires, c'est surtout ça qui les intéresse pour le futur bombardement.

Iran, un général a disparu !



Par le colonel Jean-Louis DUFOUR



Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004

En décembre 2006, Ali Reza Asghari, ancien sous-ministre iranien de la Défense, disparaît à Istanbul alors qu’il est en train de négocier un contrat de vente d’armes. Deux mois plus tard, en février, Téhéran admet enfin cette disparition. Au même moment, des journaux du Golfe insinuent que le Mossad ou la CIA auraient assassiné Asghari, un écho repris par la presse iranienne. Puis, la semaine dernière, l’hebdomadaire saoudien Ashark El-Awsat annonce la défection d’Ali Reza Asghari. L’intéressé se trouverait aux Etats-Unis. Le 13 mars, le Washington Post confirme l’information. Selon un responsable des Services américains cité par le quotidien, Asghari n’aurait été ni enlevé, ni assassiné; il aurait choisi de se rendre aux Etats-Unis et de coopérer librement avec eux.


La lutte(1) entre services spéciaux américains et iraniens est intense. L’affaire Asghari relèverait de cette guerre de l’ombre où tous les coups sont permis, de la propagande à la désinformation, des opérations de commando par procuration au recrutement d’agents et à l’incitation de hauts responsables à déserter leur camp. Le passé d’Asghari, général à la retraite, est digne d’intérêt. Il a occupé d’importantes fonctions ministérielles et aussi exercé divers commandements chez les Pasdarans(2). Ce transfuge, si c’en est un, est un gros poisson. On peut imaginer l’inquiétude des Iraniens. Peut-être connaît-il beaucoup de choses sur les liens Pasdarans-Hezbollah ou sur les rapports de l’Iran avec les milices shiites irakiennes, comme l’armée du Mahdi ou la brigade Badr. Qu’Asghari soit en possession de données sur l’implantation clandestine des Pasdarans hors d’Iran n’est pas non plus impossible. L’hypothèse selon laquelle le général Asghari serait un agent américain depuis déjà plusieurs années ne peut être écartée. Auquel cas, le Renseignement américain se serait montré plus performant qu’on ne l’imaginait jusqu’ici. A propos de cette affaire, seules des suppositions sont possibles. Voilà pourtant l’occasion de décrire les étapes habituellement observées lors d’un recrutement, sécurité, extraction(3), exploitation.

· Transfuge volontaire ou recruté

Il existe deux sortes de transfuges, les volontaires et les recrutés. Les premiers décident un beau matin, parfois sans contact préalable, de se présenter à l’ambassade d’un pays qu’ils souhaitent désormais servir. Les seconds sont approchés par un service secret étranger en fonction, d’une part, de la place qu’ils occupent dans la structure de l’Etat adversaire et de leurs connaissances supposées d’informations sensibles, d’autre part, de leur éventuelle propension à livrer ces informations. Difficile de dire, dans le cas d’Asghari, de quel type de transfuge il s’agit. A-t-il fuit sans contacts préalables avec les Etats-Unis, ou sa défection a-t-elle été organisée à l’issue de plusieurs années de services rendus? Que le général Asghari se soit rendu en Turquie pour le compte de son pays a pu faciliter les choses. La Turquie est un allié des Etats-Unis, les bases aériennes US y facilitent les mouvements clandestins d’aéronefs.


Le «traitement» d’un transfuge ne va pas sans enquête de sécurité approfondie. Il faut s’assurer que le candidat à la défection n’est pas un agent double, qu’il n’est pas surveillé par les polices de son pays, que ses motivations sont claires et qu’il est détenteur d’informations convoitées. Une fois les doutes levés, s’ils le sont, le transfuge peut alors rester en fonction et être employé sur place, ou bien être exfiltré(4), s’il est en danger, si la chose est possible sans risques excessifs, si les résultats attendus de son debriefing sont suffisamment importants pour engager une telle opération, quelquefois risquée, lourde et coûteuse.


Si Asghar est aux Etats-Unis, il est soumis avant exploitation à des examens médicaux et psychologiques. Son interrogatoire par des spécialistes viendra ensuite pour obtenir des réponses aux questions qu’on se pose outre atlantique à propos de l’Iran. Le fruit de ces entretiens pourra contribuer à concevoir de nouvelles actions ou simplement à mieux connaître la situation du pays et celle de son régime. Les informations recueillies intéressant nombre d’alliés des Etats-Unis, elles seront alors éventuellement échangées contre d’autres renseignements.


Ultérieurement on peut imaginer le général Asghari recruté par le Département d’Etat en qualité de consultant, ou par la CIA pour former de futurs agents ou diplomates appelés à servir en Iran. Notons enfin que la manière dont les Iraniens ont géré la défection aura été attentivement suivie par les Services intéressés. En effet, la réaction de Téhéran est de nature à livrer des indications sur l’importance du transfuge. Celle-ci est mesurée à l’aune du silence initial de l’Iran, de la procédure suivie pour annoncer sa disparition, des enquêtes menées, de l’identité ou de la qualité des personnes contactées en Turquie, aux Etats-Unis, ailleurs, pour retrouver sa trace. Ainsi va le renseignement. Son acquisition est fondamentale et son importance primordiale pour toute puissance aux prises avec un adversaire réputé dangereux pour sa sécurité. Même si de nos jours la guerre secrète constitue souvent un heureux substitut à la vraie guerre, mieux vaut néanmoins ne pas la perdre.



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Ames, un transfuge d’anthologie



Le 24 février 1994, à Arlington (Virginie), Aldrich Hazen Ames et son épouse Rosario sont arrêtés par le FBI. Motif: espionnage. Cela fait 9 ans que le couple travaille pour les Russes.
Ames sert à la CIA depuis 31 ans. Il parle le russe et travaille sur les Services secrets de l’Est. Il a servi en Turquie où il s’efforçait de recruter des agents soviétiques, également à Mexico et à Rome. Le 16 avril 1985, il contacte un officier du KGB à l’ambassade d’URSS à Washington. Très vite, contre un premier versement de 50.000 dollars, Ames livre à un diplomate soviétique des informations sensibles concernant des sources humaines de la CIA et du FBI ainsi que le détail d’opérations techniques clandestines menées par les Etats-Unis en URSS. En 1989, la CIA apprend que certains de ses agents soviétiques ont été arrêtés et exécutés. Une enquête approfondie commence. Elle va durer cinq ans. Le 20 octobre 1994, Ames est condamné à la détention perpétuelle, sa femme à cinq ans de prison.
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(1) Voir «Contraindre l’Iran», L’Economiste, 28 février 2007.
(2) Cette autre force armée iranienne appelée aussi les Gardiens de la Révolution a été créée par l’ayatollah Khomeiny, lequel se méfiait de l’armée régulière censée être toujours sous l’influence du Shah.
(3)-(4) Extraction ou exfiltration, se dit du départ organisé et clandestin d’une personne, ou d’un groupe de personnes, menacées dans le pays où elles se trouvent.

Sources
L'Economiste

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans MOSSAD IRAN

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